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> elle ne peut éviter ceux du ciel. Il ne doit pas 1667. » abuser de la bonté d'un grand prince, ni de la piété d'une reine si religieuse, à qui il est à

charge et dont il fait gloire de choquer le sen» timent. L'on sait qu'il se vante hautement qu'il » fera paraître son Tartuffe d'une façon ou d'au» tre, et que le déplaisir que cette grande reine en » a témoigné n'a pu faire impression sur son es

prit ni mettre des bornes à son insolence. Mais » s'il lui restait encore quelque ombre de pudeur, » ne lui serait-il pas fâcheux d'être en buite à » tous les gens de bien, de passer pour un libertin dans l'esprit de tous les prédicateurs, et » d'entendre toutes les langues que le Saint

Esprit anime condamner publiquement son blas» phême; et enfin, je ne crois pas faire un juge» inent téméraire d'avancer qu'il n'y a point » d'homme si peu éclairé des lumières de la foi

qui, sachant ce que contient cette pièce, puisse » soutenir que Molière, dans le dessein de la jouer, » soit capable de la participation des sacremens, qu'il puisse être reçu à pénitence sans une réparation publique , ni même qu'il soit digne » de l'entrée des églises après les anathèmes que » les conciles ont fulminés contre les auteurs de » spectacles impudiques ou sacrilèges. »

Auteurs de nos jours, qui voyez vos ouvrages écartés de la scène par une politique ombrageuse,

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»

1969. ce langage de la délation mystique ne vous est

point inconnu. Plus d'une fois vos persécuteurs hypocrites auront, sans pudeur, compromis les noms les plus augustes, pour essayer de justifier leurs lâches proscriptions. Consolez-vous en vous rappelant que Molière but jusqu'à la lie ce calice amer dont on voudrait vous abreuver! Consolez-vous en pensant que la postérité a fait justice de ces outrages!

Ce libelle insidieux fut présenté au Roi'; et l'adroite perfidie avec laquelle l'auteur s'était couvert du manteau de .la religion , pour déverser sur Molière ses calomnies, imposèrent à ce prince et le jetèrent dans un nouvel embarras. « Quand celui qui se sert d'un tel prétexte , dit » fort bien l'auteur d'une réponse à ces Observa» tions, n'aurait

pas

raison, il semble qu'il y au» rait une espèce de crime à le combattre. Quel» ques injures qu'on puisse dire à un innocent, » on craint de le défendre lorsque la religion y est » mêlée ; l'imposteur est toujours à couvert sous » ce voile, l'innocent toujours opprimé, et la vé

rité toujours cachée. On-craint de la mettre au » jour, de

>>

peur d'être regardé comme le défen» seur de ce que la religion condamne, encore qu'elle n'y prenne point de part et qu'il soit

i Premier Placet au Roi, à la tête du Tartuse.

» aisé de juger qu'elle parlerait autrement si elle 1667. » pouvait parler elle-même',

Ces attaques concertées produisirent malheureusement cet effet sur le monarque. Il sentit tout ce qu'il y avait d'odieux dans les calculs des ennemis de Molière cherchant à jeter la discorde jusque dans sa propre famille, et à représenter la Reine, sa mère, comme révoltée de l'impiété de cet auteur, et comme sollicitant sans cesse, mais en vait, la suppression de ses ouvrages. Néanmoins l'adroit prétexte de l'accusation le fit encore passer pendant un certain temps par dessus la perfidie des accusateurs. Il combla toutefois, comme nous l'avons déjà vu, Molière et sa troupe de faveurs nouvelles, mais il ne leva pas l'interdiction.

C'est sans aucun doute à l’imprudente audace d'une nouvelle attaque que l'on doit attribuer la cessation de cette rigoureuse mesure. Pour essayer de justifier leurs hostilités acharnées, les ennemis de l'auteur du Tartuffe firent paraître un infame libelle qu'ils répandirent sous son nom’ (3). Il est probable que ce fut l'excessive lâcheté de ce moyen qui valut à Molière la perinission que son premier placet n'avait pu encore

1. Lettre sur les observations d'une comédie du sieur Molière, intitulée le Festin DE PIERKE, Paris, 1665.

2. Grimarest , p. 186.

arracher au Roi. Ce prince sentit qu'il ne pou1667.

vait s'opposer plus long-temps à ce qu'il confondît ses détracteurs par l'innocence de son ouvrage. Il permit donc avant son départ pour l'armée de la Flandre que cette comédie fût soumise au jugement du parterre, mais en y mettant pour condition que l'auteur donnerait à son principal personnage un autre nom que celui de Tartuffe, qui était devenu , même avant la représentation, la plus cruelle injure pour les plus fieffés hypocrites; que quelques passages, qui avaient eu plus particulièrement l'honneur de soulever la cabale , seraient ou supprimés ou adoucis; enfin, que l'on ne pourrait être porté par aucun détail à supposer que l'auteur eût eu l'intention de prendre son original parmi les ministres des autels. Croyant acheter une paix durable, Molière consentit avec résignation à tout ce que demandait la conscience timorée du Roi. Sa pièce fut appelée l'Imposteur, son principal personnage Panulphe, tous les passages suspects furent supprimés, et l'hypocrite fut vêtu de manière à ce qu'avec la plus mauvaise foi imaginable on ne pût reconnaître en lui un caractère sacré'.

Ce fut le 5 août que l'Imposteur, ainsi châtié,

1. Second placet au Roi, à la tête du Tartuffe.

fut représenté pour la première fois en public. Il 1667. serait, dans toute autre circonstance, assez superflu de dire qu'il obtint un très grand succès; mais ici on ne saurait trop appuyer sur ce fait, puisque c'est lui qui augmenta encore la colère, la fureur des ennemis de l'auteur. Les applaudissemens du parterre ranimèrent leur rage à peine endormie , et Molière eut bientôt lieu de se repentir de son triomphe.

Le lendemain de cette première représentation, le premier président de Lamoignon, au nom du parlement, fit signifier à la troupe de Molière la défense de jouer l'Imposteur. La première permission ayant été donnée verbalement, on se trouva dans l'impossibilité de la représenter, et force fut d'attendre un nouvel ordre de Sa Majesté ' (4).

Le 8 août, deux acteurs de la troupe, La Thorillière et La Grange partirent de Paris en poste, pour aller présenter au Roi, qui se trouvait alors au siège de Lille , le second des placets qui précèdent le Tartuffe. Le Prince lui répondit qu'à son retour il ferait de nouveau fxaminer la pièce et qu'ils la joueraient. Confians en cette promesse

1. Extrait des recettes et des affaires de la Comédie, depyis Páques de l'année 1659 jusqu'au 31 août 1685, appartenant au sieur de La Grange, l'un des comédiens du Roi; in 4o. manuscrit.

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