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le rôle de Nicole. Le Roi, auquel elle n'avait pas 1670. eu le bonheur de plaire, dit à Molière peu avant la première représentation à Chambord, qu'il fallait la remplacer. Le jour de la fête était trop prochain pour qu'une autre actrice pût apprendre le rôle. Force fut donc de le laisser à mademoiselle Beauval , qui le remplit avec un tel talent que Louis XIV. après la pièce dit à Molière : « Je reçois votre actrice': »

Lepublic avait abandonné depuis quelque temps le théâtre de Molière pour se porter à celui de Scaramouche, revenu à Paris, après une absence de trois ans. Cet acteur , ayant amassé dix ou douze mille livres de rente qu'il avait placées à Florence, sa patrie, avait eu le désir de s'y aller fixer. Il y avait envoyé d'abord ses enfans et sa femme, et était demeuré en France, jusqu'à ce qu'il eût obtenu de son gouvernement l'assurance de n'être pas inquiété pour ses anciennes condamnations, et de Louis XIV la permission de retourner dans son pays. Le Roi la lui donna, mais en le faisant prévenir qu'il ne devait pas songer à obtenir jamais celle de revenir en France. Scaramouche, dans les idées duquel il n'entrait pas de projet de retour, s'embarrassa peu de la

1. Histoire du Theatre français (par les frères Parfait), 1. XIV, p. 531.

1670. condition et partit. Mais à son arrivée à Florence,

il reçut un accueil auquel il ne s'attendait guère. Sa femme, qui avait goûté tous les charmes du veuvage, lui fit une réception à le dégoûter de rester long-temps près d'elle. Comme elle s'était emparée des capitaux qu'il avait amassés, il fut forcé, pour vivre, de reprendre son métier de farceur. Après avoir parcouru pendant quelque temps l'Italie, il fit solliciter le Roi de France de l'autoriser à rentrer. Ce prince, malgré ses anciennes menaces , y consentit. La ville des prouva fort cette condescendance ; mais elle s'empressa néanmoins de courir en masse aux représentations de ce nouvel enfant prodigue. M. Jourdain eut seul le talent de la ramener au Palais-Royal'.

La troupe de Molière avait repris en 1660 une ancienne comédie intitulée Don Quichotte ou les Enchantemens de Merlin, arrangée par mademoiselle Madeleine Béjart ’. Cette pièce, grace à l'intérêt que la belle-søur de Molière avait à ce qu'on la jouât souvent, était restée au répertoire. L'auteur du Tartuffe et du Misanthrope y remplissait le rôle de Sancho. Un jour, qu'on la représentait, c'était en 1670, comine il

1. Grimarest, p. 125 et suiv. OEuvres de Molière, édition donnée

par M, Aimé-Martin, tom. I, p. lxxxviij, note. 2. Dissertation sur Molière, par M. Beffara , p. 21.

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devait paraître sur son âne, il se mit dans la 1670. coulisse pour ne pas se faire attendre, et pour saisir le moment où il fallait entrer en scène. « Mais l'âne, qui ne savait pas son rôle par caur, » dit Grimarest, n'observa point ce moment; et dès qu'il fut dans la coulisse, il voulut entrer, quelques efforts que Molière employât pour qu'il n'en fît rien. Il tirait le licou de toute sa » force; l'âne n'obéissait point et voulait paraître. » Molière appelait, Baron! La Forêt! à moi; ce

maudit ane veut entrer!... Cette femine était » dans la coulisse opposée, d'où elle ne pouvait » passer par-dessus le théâtre pour arrêter l'âne; » et elle riait de tout son coeur de voir son maître » renversé sur le derrière de cet animal, tant il » mettait de force à tirer son: licou pour le re» tenir. Enfin destitué de tout secours et dé

sespérant de pouvoir vaincre l'opiniâtreté de » son âne, il prit le parti de se retenir aux ailes » du théâtre et de laisser glisser l'animal entre » ses jambes pour aller faire telle scène qu'il ju» gerait à propos. Quand on fait réflexion au ca

ractère d'esprit de Molière, à la gravité de sa » conversation, il est risible que ce philosophe » fut exposé à de pareilles aventures et prit sur » lui les personnages les plus comiques'. »

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1. Grimarest, p. 140 et suiv. OEuvres de Molière , édition donnée par M. Aimé-Martin , t. sciv, et note.

1671.

Il fut encore chargé de composer une pièce à grand spectacle pour les fêtes du carnaval de 1671. Il songea à la fable de Psyché qui appartient à l'antiquité, et que La Fontaine en 1669 avait naturalisée dans notre littérature en rajeunissant et en adaptant à nos goûts des fictions surannées. Mais voyant arriver le terme qu'on lui avait assigné et n'ayant encore mis que la première main à son ouvrage, il prit le parti de s'adjoindre deux collaborateurs, Corneille et Quinault, qui travaillèrent sur le plan qu'il avait entièrement tracé. Il ne composa que le prologue, le premier acte et les premières scènes du second et du troisième. Corneille, dont la modeste complaisance en cette occasion dément sa prétendue inimitié contre Molière , fit le surplus, et à soixante-cinq ans retrouva toute la vigueur, tout le feu de sa jeunesse , pour écrire la scène brulaate de la déclaration de Psyché à l’Amour. Quant à Quinault, il se chargea d'entremêler chaque acte

de lieux communs de morale lubrique,

c'est-à-dire qu'il laissa échapper de sa plume les intermèdes de cette pièce à l'exception du premier, qui est de Lulli , semblant prendre à tâche de justifier d'avance, dans ces compositions éphémères, l'arrêt que Boileau devait un jour si

injustement étendre jusqu'à ses opéra. Enfin le 1671. cygne de Florence, Lúlli mnit en musique ce poëme qui fut soumis au jugement de la cour, en janvier 1671, sur le théâtre des Tuileries, et à celui de la ville, le 24 juillet suivant sur le théâtre du Palais-Royal '.

On conçoit facilement le succès que dut avoir une pièce qui à l'intérêt même du sujet et à celui qu'inspiraient les noms de ses auteurs, joignait encore toute la féerie des arts, offrait aux yeux les tableaux les plus magiques des enfers, de la terre et des cieux. Aussi d'augustes et d'unanimes suffrages à la cour, et trente-deux recettes productives à la ville, furent-ils la récompense de cette imporlante association littéraire.

La chronique prétend que la représentation de cet ouvrage fut pour l'honneur marital de Molière un écueil nouveau, et d'autant plus affreux qu'il y était poussé par celui qu'il avait toujours traité comme son fils. « Tant

que

made» moiselle Molière avait demeuré avec son mari » dit l'auteur de la Fameuse comédienne , elle » avait haï Baron comme un petit étourdi qui les mettait fort souvent mal ensemble par ses rap

1. Voir notre édition des OEuvres de Molière, t. VII, p. 310, note.

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