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1670, ques mauvais plaisans, reculé les bornes du vrai

semblable dans ce genre? La conférence avec les ambassadeurs de Siam, et les épreuves subies si patiemment par l'aspirant écran du Roi , justifient complétement la cérémonie du muphti.

On a aussi affirmé, du temps de Molière, qu'un de ses amis, Rohaut, lui avait servi d'original pour tracer son Maître de philosophie. On disait même que, pour rendre la copie plus ressemblante au modèle, il avait envoyé Baron prier ce philosophe de lui prêter son chapeau, qui était d'une forme toute particulière; mais que Rohaut, informé du rôle que l'on voulait faire jouer à son chapeau, le refusa'. Cette anecdote ne saurait être vraie; Rohaut n'avait pas à craindre d'être mis en scène et d'être tourné en ridicule par celui qui s'honorait de son amitié, et ce qui certaineinent n'est pas plus digne de foi, c'est que son Traité de physique ait fourni à Molière, comme on le prétendait encore, une partie de la leçon de son philosophe. On se convainc de l'inexactitude de cette assertion en lisant cet ouvrage, qui d'ailleurs ne parut qu'en 1671, c'est-à-dire un an après le Bourgeois gentilhomme.

Ce fut mademoiselle Beauval, dont nous avons déjà eu occasion de parler, qui joua d'original

nel

1. Grimarest, p. 257 et suiv.

le rôle de Nicole. Le Roi, auquel elle n'avait pas 1650. eu le bonheur de plaire, dit à Molière peu avant la première représentation à Chambord, qu'il fallait la remplacer. Le jour de la fête était trop prochain pour qu'une autre actrice pût apprendre le rôle. Force fut donc de le laisser à .mademoiselle Beauval, qui le remplit avec un tel talent que Louis XIV. après la pièce dit à Molière : « Je reçois votre actrice'. »

Lepublic avait abandonné depuis quelque temps le théâtre de Molière pour se porter à celui de Scaramouche, revenu à Paris, après une absence de trois ans. Cet acteur, ayant amassé dix ou douze mille livres de rente qu'il avait placées à Florence, sa patrie, avait eu le désir de s'y aller fixer. Il y avait envoyé d'abord ses enfans et sa femme, et était demeuré en France, jusqu'à ce qu'il eût obtenu de son gouvernement l'assurance de n'être pas inquiété pour ses anciennes condamnations, et de Louis XIV la permission de retourner dans son pays. Le Roi la lui donna , mais en le faisant prévenir qu'il ne devait pas songer à obtenir jamais celle de revenir en France. Scaramouche, dans les idées duquel il n'entrait pas de projet de retour, s'embarrassa peu de la

1. Histoire du Theatre français (par les frères Parfait), 1. XIV, p. 531.

1670. condition et partit. Mais à son arrivée à Florence,

il reçut un accueil auquel il ne s'attendait guère. Sa femme, qui avait goûté tous les charmes du veuvage, lui fit une réception à le dégoûter de rester long-temps près d'elle. Comme elle s'était emparée des capitaux qu'il avait amassés, il fut forcé, pour vivre, de reprendre son métier de farceur. Après avoir parcouru pendant quelque temps l'Italie, il fit solliciter le Roi de France de l'autoriser à rentrer. Ce prince, malgré ses anciennes menaces , y consentit. La ville des prouva fort cette condescendance ; mais elle s'empressa néanmoins de courir en masse aux représentations de ce nouvel enfant prodigue. M. Jourdain eut seul le talent de la ramener au Palais-Royal'.

La troupe de Molière avait repris en 1660 une ancienne comédie intitulée Don Quichotte ou les Enchantemens de Merlin, arrangée par mademoiselle Madeleine Béjart ’. Cette pièce, grace à l'intérêt que la belle-søur de Molière avait à ce qu'on la jouât souvent, était restée au répertoire. L'auteur du Tartuffe et du Misanthrope y remplissait le rôle de Sancho. Un jour, qu'on la représentait, c'était en 1670, comine il

1. Grimarest, p. 125 et suiv. OEuvres de Molière, édition donnée

par M, Aimé-Martin, tom. I, p. lxxxviij, note. 2. Dissertation sur Molière, par M. Beffara , p. 21.

devait paraître sur son âne, il se mit dans la 1670: coulisse pour ne pas se faire attendre, et pour saisir le moment où il fallait entrer en scène. « Mais l'âne, qui ne savait pas son rôle par cæur, » dit Grimarest, n'observa point ce moment; et » dès qu'il fut dans la coulisse, il voulut entrer, » quelques efforts que Molière employât pour » qu'il n'en fît rien. Il tirait le licou de toute sa » force; l'âne n'obéissait point et voulait paraître. » Molière appelait, Baron! La Forét! à moi; ce » maudit âne veut entrer!... Cette femine était » dans la coulisse opposée, d'où elle ne pouvait » passer par-dessus le théâtre pour arrêter l'âne; » et elle riait de tout son cœur de voir son maître » renversé sur le derrière de cet animal, tant il » mettait de force à tirer son licou pour le re» tenir. Enfin destitaé de tout secours et dé» sespérant de pouvoir vaincre l'opiniâtreté de » son âne, il prit le parti de se retenir aux ailes » du théâtre et de laisser glisser l'animal entre » ses jambes pour aller faire telle scène qu'il ju» gerait à propos. Quand on fait réflexion au ca» ractère d'esprit de Molière, à la gravité de sa » conversation, il est risible que ce philosophe » fut exposé à de pareilles aventures et prit sur » lui les personnages les plus comiques'. »

1. Grimarest, p. 110 et suiv.- OEuvres de Molière , édition donnée par M. Aimé-Martin , t. sciv, et note.

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Il fut encore chargé de composer une pièce à grand spectacle pour les fêtes du carnaval de 1671. Il songea à la fable de Psyché qui appartient à l'antiquité, et que La Fontaine en 1669 avait naturalisée dans notre littérature en rajeunissant et en adaptant à nos goûts des fictions surannées. Mais voyant arriver le terme qu'on lui avait assigné et n'ayant encore mis que la première main à son ouvrage, il prit le parti de s'adjoindre deux collaborateurs, Corneille et Quinault, qui travaillèrent sur le plan qu'il avait entièrement tracé. Il ne composa que le prologue, le premier acte et les premières scènes du second et du troisième. Corneille, dont la modeste complaisance en cette occasion dément sa prétendue inimitié contre Molière , fit le surplus, et à soixante-cinq ans retrouva toute la vigueur, tout le feu de sa jeunesse , pour écrire la scène brulapte de la déclaration de Psyché à l’Amour. Quant à Quinault, il se chargea d'entremêler chaque

acte

de lieux communs de morale lubrique,

c'est-à-dire qu'il laissa échapper de sa plume les intermèdes de cette pièce à l'exception du premier, qui est de Lulli , semblant prendre à tâche de justifier d'avance, dans ces compositions éphémères, l'arrêt que Boileau devait un jour si

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