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alors plus de 46 ans, puisque ses père et mère se marièrent le 11 juillet 1594. (Dissertation sur Molière , par M. Beffara, pages 25 et 26.)

(14) Voici le passage de la comédie d'Élomire hypocondre, acte IV, sc. 2 :

En quarante et quelque peu devant,
Je sortis du collège, et j'en sortis savant;
Puis venant d'Orléans , où je pris mes licences ,
Je me fis avocat au retour des vacances;
Je suivis le barreau pendant cinq ou six mois,
Où j'appris à plein fond l'ordonnance et les lois.
Mais, quelque temps après, me voyant sans pratique ,
Je quittai là Cujas, et je lui fis la nique :
Me voyant sans emploi, je songe où je pouvais
Bien servir mon pays des talens que j'avais ;
Mais ne voyant point où, que dans la comédie,
Pour qui je me sentạis un merveilleux génie,
Je formai le dessein de faire en ce métier
Ce qu'on n'avait point vu depuis un siècle entier,
C'est à dire, en un mot, ces fameuses merveilles

Dont je charme aujourd'hui les yeux et les oreilles. (15) Voici ce que dit Tallemant des Réaux , en terminant la revue des acteurs qu'il avait vus jouer : « Il » faut finir par la Béjard ; je ne l'ai jamais vue jouer, » mais on dit que c'est la meilleure actrice de toutes. » Elle est dans une troupe de campagne. Elle a joué » à Paris ; mais ça été dans une troisième troupe,

qui n'y fut que quelque temps. Un garçon, nommé » Molière, quitta les bancs de la Sorbonne pour la v suivre. Il en fut long-temps amoureux, donnait des » avis à la troupe, et enfin s'en mit et l'épousa. Il a » fait des pièces où il y a de l'esprit, mais ce n'est pas

» un merveilleux acteur, si ce n'est pour le ridicule. » Il n'y a que sa troupe qui joue ses pièces. Elles sont v comiques. »

On voit qu'il est difficile d’être plus mal instruit que Tallemant dès Réaux. Il confond Madelaine Béjart, l'actrice de l'Illustre théâtre avec Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjart, sa jeune sour, que le garçon nommé Molièrė épousa. Celle-ci était à peine née, lors de la prétendue sortie de Molière de la Sorbonne.

(16) Cette tradition se trouve consignée dans le quatrain placé au bas du portrait de Scaramouche :

Cet excellent comédien *
Atteignit de son art l'agréable manière ;

Il fut le maître de Molière,

* Et la nature fut le sien. (Le Poète sans fard, ou discours satiriques, par le sieur G.(Gacon), Cologne, 1696, p: 162, in-12). .

(17) Lə nom de MOLIÈRE avait déjà été porté par l'auteur d'un roman en un volume in-8, publié en 1620, intitulé la Semaine amoureuse (par François Molière, sieur d’Essertines ), et par celui d'un autre roman ayant pour titre, Policène“, publié en trois volumes dans la même année, et réimprimé plusieurs fois, notamment en 1635, en deux volumes. On lit dans la Vie de Molière , par Voltaire, et dans plusieurs Dictionnaires et Histoires du Théâtre-français, que ce dernier homonyme de notre auteur était comédien, et qu'il fit une tragédie intitulée Polixène ; comme on n'y mentionne pas son roman du même

titre, il nous parait constant qu'il y aura eu erreur de la part de ces historiens, qui auront fait un tragique de ce romancier.

Les contemporains de notre auteur l'ont tantôt nommé Molière , tantôt de Molière. On trouve aussi l'un et l'autre sur le titre et dans les privilèges des éditions originales de ses pièces ; mais dans aucune des signatures que l'on possède de lui, il n'a fait précéder son nom de la particule nobiliaire ; et dans [Impromptu de Versailles, il nomme sa femme Mademoiselle Molière. Il est à remarquer que dans tous les actes de l'état civil le concernant, faits pendant sa vie, qui nous sont parvenus, on ne l'a appelé que Molière simplement, et que ce n'est qu'à partir de son acte de décès qu'on l'a gratifié de la particule. Il y a même à la Bibliothèque du Roi une quittance d'arrérages de rente, donnée par sa veuve, où il est appelé Poquelin Sieur de Molière, désignation qui n'appartenait qu'aux gentilshommes, tout au moins écuyers. Il est évident que ces différences ne doivent s'expliquer que par la vanité de Mademoiselle Molière. La Fon. taine fut mis à l'amende pour avoir également pris une qualité qui ne lui appartenait pas ; mais on ne peut guère supposer au Bonhomme le même mobile qu'à la femme de son ami.

(18) Les frères Parfait disent dans leur Histoire du Théâtre-Français, tom. IV, p. 238 : «Gros-Guillaume »jouait à visage découvert; et ses deux camarades » Gautier-Garguille et Turlupin toujours masqués. Il »eut la hardiesse de contrefaire un magistrat à qui

» une certaine grimace était familière, et il le contre» fit trop bien ; car il fut décrété, lui et ses compa» gnons. Ceux-ci prirent la fuite; mais Gros-Guil» laume fut arrêté et mis dans un cachot : le saisisse»'ment qu'il en eut lui causa la mort; et la douleur » que Gautier-Garguille et Turlupin en ressentirent » les emporta aussi dans la même semaine. »

Gautier-Garguille composa des chansons qui furent imprimées en 1634, et réimprimées en 1658. Le privilège du Roi qui les accompagne est trop curieux pour que nous ne le citions pas ici, du moins en partie : « Notre cher et bien-aimé Hugues Guéru, dit » Fléchelles , l'un de nos comédiens ordinaires, nous » a fait remontrer, qu'ayant composé un petit livre b intitulé, les nouvelles Chansons de Gautier-Garguille, » il le désirait mettre en lumière et faire imprimer; » mais il craint qu'autres que lui... ne de contre» fissent, et n'ajoutassent quelques chansons plus dis» solues que les siennes..... » :"(19) DOMINIQUE, surnommé Arlequin, acteur de la troupe italienne, laissa son nom à son emploi. Au théâtre, et sous son masque, il savait exciter le rire des spectateurs les plus sérieux ; mais, à la ville, il était mélancolique et triste. Étant allé un jour chez un fameux médecin pour le consulter sur la maladie noire dont il était attaqué, celui-ci , qui ne le connaissait pas, lui dit qu'il n'y avait d'autre remède pour lui que

d'aller souvent rire aux bouffonneries d’Arlequin. «En ce cas, je suis mort, répondit le pauvre » malade; car c'est moi qui suis Arlequin. » Les Ita

liens jouaient des pièces françaises ; les comédiens nationaux prétendirent qu'ils n'en avaient pas le droit. Le Roi voulut être le juge de ce différend; Baron se présenta pour défendre la prétention des comédiens français, et Arlequin vint pour soutenir celle des Italiens. Après le plaidoyer de Baron, Arlequin dit au Roi : « Sire, comment parlerai-je ? » Parle comme tu voudras , répondit le Roi. - Il n'en » faut pas davantage, dit Arlequin, j'ai gagné ma cause.» On assure que cette décision, quoique obtenue par subtilité, eut son effet, et que depuis les comédiens italiens jouèrent des pièces françaises • ( Histoire de Paris, par Dulaure, 1re édit., tom. IV, pag. 549. )

Dans les mémoires de Dangeau, on lit sous la date du 2 août 1638 : « Arlequin est mort aujourd'hui à » Paris. On dit qu'il laisse 300,000 livres de bien. » On lui a donné tous les sacremens, parce qu'il a pro» mis de ne plus monter sur le théâtre. ». Cet Arlequin était le sieur Dominique, comédien plaisant, salé, mettant du sien sur-le-champ et avec variété, ce qu'il y avait de meilleur dans ses rôles ; il était sérieux, studieux et très-instruit. Le premier président de Harlay, qui le rencontra souvent à la bibliothèque de Saint-Victor, fut si charmé de sa science et de sa modestie, qu'il l'embrassa et lui demanda son amitié. Depuis ce temps-là jusqu'à la mort de ce rare acteur, M. de Harlay le reçut toujours chez lui avec une estime et une distinction particulière ; le monde qui le sut prétendait qu'Arlequin le dressait aux mines, et qu'il était plus savant que le magistrat; mais que

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