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LIVRE SECOND.

(1) L'Histoire du Théâtre-Français des frères Parfait contient (tom. XI, pag. 323, 324 et 325), plusieurs passages d'auteurs contemporains , qui tous font l'éloge de la grace et des talens de la femme de Molière. On y voit « qu'elle avait la voix extrême» ment jolie , qu'elle chantait avec un grand goût le » français et l'italien, et que personne n'a mieux su » se mettre à l'air de son visage par l'arrangement » de sa coiffure, et plus noblement par l'ajustement » de son habit; que La Grange et elle faisaient voir » beaucoup de jugement dans leur récit ; et que leur » jeu continuait encore lors même que leur rôle était » fini; qu'ils n'étaient jamais inutiles sur le théâtre ; » qu'ils jouaient presque aussi bien quand ils écou» taient que lorsqu'ils parlaient...; que si mademoi» selle Molière retouchait quelquefois à ses cheveux , » si elle raccommodait ses nouds ou ses pierreries , » ses petites façons cachaient une satire judicieuse et spirituelle ; qu'elle entrait par là dans le ridicule » des femmes qu'elle voulait jouer.

On lit aussi dans une Lettre sur. la Vie et les ouvrages de Molière et sur les comédiens de son temps, insérée au Mercure, mai 1740, et attribuée à la femme de l'acteur Poisson, fille de Du Croisy, laquelle fi.,

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comme son père, partie de la troupe de Molière, et joua d'original le rôle de l'une des Graces de Psyché : « Elle ( mademoiselle Molière ) avait la taille mé» diocre, mais un air engageant, quoique avec de » très - petits yeux, une bouche fort grande et fort » plate ; mais faisant tout avec grace, jusqu'aux plus » petites choses , quoiqu'elle se mît très-extraordinai» rement, et d'une manière presque toujours opposée » à la mode du temps.

(2) Voici la teneur de leur acte de mariage inscrit aux registres de Saint-Germain-l'Auxerrois :

« Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin, » et de feue Marie Cresé d'une part, et Armande-Gre» sinde Béjard, fille de feu Joseph Béjard, et de Ma» rie Hervé, d'autre part, tous deux de cette paroisse, » vis-à-vis le Palais-Royal, fiancés et mariés, tout en» semble, par permission de M. de Comtes, doyen de » Notre-Dame et grand vicaire de monseigneur le o cardinal de Retz, archevêque de Paris , en présence »dudit Jean Poquelin , père du marié, et de André » Boudet, beau-frère du marié, de ladite Marie Hervé, » mère de la mariée , Louis Béjard et Madelaine Bé» jard, frère et sæur de ladite mariée. »

Cet acte est signé J-B. Poquelin (c'est Molière ); J. Poquelin (c'est son père); Boudet (son beaufrère); Marie Hervé; Armande-Gresinde Béjard; Louis Béjard et Béjart' ( Madelaine), seur de la mariée.

1. Dans les actes qui concernent cette famille on trouve écrit, tantòt Béjart et tantôt Béjard.

Grimarest a prétendu que Molière, redoutant le dépit jaloux de Madelaine Béjart, lui cacha pendant neuf mois son mariage avec Armande, et que ce ne fut qu'au bout de ce temps qu'un éclat de la jeune personne étant venu révéler ce mystère, il put consommer cette union. C'est une fable grossière. On ne tint point ce mariage caché à Madelaine Béjart, puisqu'elle signa l'acte de mariage de sa soeur.

(3) « Il y avait eu vraisemblablement entre Made» laine Béjart et Molière une association pour

l'admi» nistration du spectacle; car 'on trouve sur le registre » de La Grange, sous les dates des 20 juillet, 3 et 17 » août 1659, des sommes payées pour vieilles déco» rations et frais, à mademoiselle Béjart et à Molière. (Dissertation sur Molière, par M. Beffara, pag. 21.)

(4) Le comte du Broussin ne tint cette conduite que pour plaire au Commandeur. Molière ne lui en garda pas rancune; car nous le verrons, en 1664, lire chez lui une partie du Misanthrope ; mais Boileau, bien qu'il fréquentât ces deux seigneurs, dit en 1673, en parlant de Molière, dans son Epître VII :

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L'ignorance et l'erreur à ses naissantes pièces
En habits de marquis, en robes de comtesses,
Venaient pour diffamer son chef-d'oeuvre nouveau,
Et secouaient la tête à l'endroit le plus beau.
Le commandeur voulait la scène plus exacte;
Le vicomte indigné sortait au second acte.

(5) « Le Portrait du Peintre ne fut pas imprimé tel » qu'il avait été offert sur le théâtre. » (OEuvres de Mo

lière avec les remarques de Bret. Paris, 1773, t. II, pag. 576.)

Molière dit dans l'Impromptu de Versailles, en parlant de ses ennemis : « Je leur abandonne de bon »cæur mes ouvrages, ma figure, mes gestes... pour » en faire tout ce qui leur plaira....; mais, en leur » abandonnant tout cela, ils me doivent faire la grace v de me laisser le reste, et de ne point toucher à des » matières de la nature de celles sur lesquelles on m'a » dit qu'ils m'attaquaient dans leurs comédies ; c'est » de quoi je prierai çivilement cet honnête monsieur, qui se mêle d'écrire pour eux. »

Ces matières graves sont, selon les uns, ses principes religieux, que Boursault semblait vouloir attaquer à propos du sermon d'Arnolphe :

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Votre ami, du sermon nous a fait la satire;
Et, de quelque façon que le sens en soit pris,
Pour ce que l'on respecte on n'a point de mépris.

D'autres pensent que c'était l'honneur marital de Molière, qui avait été attaqué dans un passage supprimé du Portrait du Peintre.

(6) Molière fait allusion dans les Facheux, acte I, scène 1, aux convulsions de civilités que les gens de cour prodiguaient aux personnes qu'ils rencontraient. Il revient encore à ce ridicule usage dans sa tirade du premier acte du Misanthrope, act. I, sc. 1 :

Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
Qu’affectent la plupart de nos gens à la mode, etc.

(7) L'anecdote suivante, empruntée au Bolæana , donnera la mesure de l'esprit du duc de la Feuillade, et de son amitié pour les hommes de talent :

« Le vieux duc de la Feuillade ayant rencontré M. Despréaux dans la galerie de Versailles, lui récita un sonnet de Charleval, adressé à une dame; et le sonnet finissait par ces vers :

Ne regardez point mon visage;
Regardez seulement à ma tendre amitié.

«M. Despréaux lui dit qu'il n'y avait rien d'extraordinaire dans ce sonnet; que d'ailleurs il ne donnait pas une idée riante de son auteur, et que, même à la rigueur, la dernière pensée pourrait passer pour un jeu de mots. Là-dessus, le maréchal ayant aperçu madame la Dauphine qui passait par la galerie, s'élança vers la princesse, à laquelle il lut le sonnet, dans l'espace de temps qu'elle mil à traverser la galerie. « Voilà un beau sonnet, M. le Maréchal, v répondit madame la Dauphine, qui ne l'avait peut

écouté. Le maréchal accourut sur - lechamp pour rapporter à M. Despréaux le jugement de la princesse, en lui disant d'un air moqueur, qu'il était bien délicat de ne pas approuver un sonnet que le Roi avait trouvé bon, et dont la princesse avait confirmé l'approbation par son suffrage. « Je ne » doute point, répliqua M. Despréaux, que le Roi » ne soit très-expert à prendre des villes et à gagner » des batailles ; je doute encore aussi peu que ma» dame la Dauphine ne soit une princesse pleine d'es

être pas

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