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» sur le point de l'arrêter. C'était sur les neuf heures » du soir ; il s'en alla, et, étant sur le pas de la » porte, il dit : « J'en suis fâché ; j'aurais tiré ce pau» vre Montfleuri d'affaire; mais il ne passera pas mi» nuit : » ce qui arriva ».

Sans doute cette rupture de veine n'est pas un événement ordinaire; mais on répugne moins à y ajouter foi qu'à l'histoire du sorcier de la petite-fille de Montfleuri. Cette première version est d'ailleurs confirmée par un journal du temps, la Gazette de Du Lorens, du 17 décembre 1667 (Histoire du Théâtre - Français, par les frères Parfait, tome VII , p. 132); et une semblable fin n'était pas sans exemple parmi les acteurs de ce temps. Le célèbre Mondory tomba en apoplexie et mourut peu après, pour avoir joué avec trop de chaleur le rôle d'Hérode, de la Mariamne de Tristan, (Histoire du Théâtre-Français, par les frères Parfait , tome V, p. 97 ); et Brécourt mourut, au mois de février 1685, pour s'être rompu une veine dans le corps, en représentant, à la co'ır, le principal rôle de sa comédie de Timon. ( Histoia : du Théâtre-Français, t. VIII, p. 407).

Chapuzeau , dans Le Théâtre - Français, p. 177 et 178, parle de Montfleuri comme d'un excellent comédien ; mais, avant que l'école de Molière l'eût emporté, les cris forcés et l'exagération étaient loin d'être regardés comme des défauts.

(12) Grimarest, qui rapporte une partie de ces faits, en détruit, selon son habitude, la vraisemblance en disant que Molière avait imposé à Racine la condition de lui apporter un acte par semaine, et que celui-ci avait pillé presque tout son travail dans la pièce de Rotrou. Il commence aussi par dire que, lorsque Molière forma le dessein de lui proposer ce sujet, il ne savait le prendre , et qu'il avait chargé ses comédiens de le terrer à quelque prix que ce fût. Ne semblerait-il pas que Racine était alors complètement ignoré et qu'il était besoin de mettre vingt personnes à sa recherche ? et cependant, il avait été plus d'une fois présenté au Roi ; il avait déjà composé plusieurs odes qui lui avaient valu des récompenses , et assez de célébrité pour être compris cette même année, avec Molière, dans une liste des gens de lettres les plus distingués, aux quels Louis XIV accorda des pensions.

L'abbé Mervesin, au témoignage duquel, dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres , il ne faut pas ajouter une grande foi, prétend dans son Histoire de la Poésie française ; p. 234, que Racine suivit plus, pour cette pièce , les conseils de Boileau que ceux de Molière. Cette assertion est contraire à toutes les autres autorités.

(13) Voici cette liste. Nous la transcrivons sans y rien changer :

Au sieur Pierre Corneille, premier poète dramatique du monde , deux mille frạncs.

Au sieur Desmarets, le plus fertile auteur et doué de la plus belle imagination qui ait jamais été, douze cents francs.

Au sieur Menage, excellent pour la critique des pièces , deux mille francs.

Au sieur abbé de Pure , qui écrit l'histoire en latin pur et élégant, mille francs.

Au sieur Corneille jeune , bon poète français et dramatique, mille francs.

Au sieur Molière, excellent poète comique, mille francs.

Au sieur Benserade , poète français fort agréable , quinze cents francs.

Au père Lecointre de l'Oratoire , habile pour l'histoire, quinze cents francs. ·

Au sieur abbé Cottin, orateur français , douze cents francs.

Au sieur Vallier , professant parfaitement la langue arabe , six cents francs.

Au sieur Perrier , poète latin , huit cents francs. Au sieur Racine, poète français, huit cents francs.

Au sieur Chapelain, le plus grand poète français qui ait jamais été et du plus solide jugement, trois mille francs.

Au sieur abbé Cassagne , poète, orateur et savant en théologie , quinze cents francs.

Au sieur Perrault, habile en poésie et en belleslettres , quinze cents francs.

Au sieur Mézeray, historiographe, quatre mille francs.

1. Voici deux lettres peu connues, de Mézeray à Colbert, au sujet de cette pension exorbitante , qui donnent la mesure de l'indépendance des historiens au dix-septième siècle.

« Oserai-je vous réitérer, par cette seconde lettre, les mêmes prières » que j'ai déjà pris la hardiesse de vous faire par ma première, dont voici

Racine n'était encore connu , à cette époque, que par quelques poésies assez faibles, qui justifient la modicité de sa pension ; mais rien ne saurait justifier l'exiguité de celle de Molière, les éloges donnés à Chapelain et l'omission de Boileau , déjà connu par des satires. Ce qui explique du moins toutes ces

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les mèmes termes. Ce que m'a dit M. Perrault de votre part a été » un terrible coup de foudre qui m'a rendu tout-à-fait immobile, et qui » m'a ôté tout sentiment; hormis celui de vous avoir déplu. Ma seule » espérance est, Monseigneur, que Dieu vous ayant rendu la santé, vous n ne me défendrez pas aujourd'hui de prendre part à la réjouissance » publique; et que, pendant cette satisfaction universelle des gens de

bien, vous ne voudrez pas que je sois le seul qui demeure dans une

tristesse mortelle. Permettez-moi donc, s'il vous plaît, Monseigneur, » dans cette heureuse conjoncture, d'implorer le secours de votre géné» reuse bonté; je la supplie très-humblement d'intercéder pour moi

auprès de vous, et de m'obtenir ma grace, que je vous demande avec » une entière soumission et un profond respect. Je ne prétends point,

Monseigneur, justifier mes manquemens autrement qu'en les répa» rant, et en justifiant la rectitude de mes intentions par une prompte » et sincère obéissance; ce qui me sera d'autant plus facile, qu'une » seconde édition de nion ouvrage étant augmentée de plus de trois » cents articles, et d'un grand nombre de choses aussi utiles que rares » et curieuses, effacera et anéantira bientôt la première; car , » le savent ceux qui entendent le commerce des livres, c'est une ex» périence infaillible, que les impressions postérieures, quand elles » se font du vivant des auteurs et qu'elles sont plus amples et plus cor

rectes, font périr tout-à-fait les précédentes, en sorte qu'on n'en tient plus compte et que même on n'en voit plus du tout. C'est dans cette disposition, Monseigneur, que j'ai prié M. Perrault de vous assurer que je suis prêt à passer l'éponge sur tous les endroits que vous juge» rez dignes de censure dans mon livre, et de vous protester en même temps que je veux employer tous mes efforts et si peu de talent que Dieu m'a donné pour faire connaître à toute la terre que vous n'avez

comme

bizarreries, c'est que ce fut l'auteur de la Pucelle luimême qu'on chargea de dresser cette liste. Aussi li

» jamais fait de créature qui soit à vous par un attachement plus vérita» ble, ni qui puisse avoir plus de passion pour tout ce qui vous touche » qu'en aura, jusqu'au dernier jour de sa vie, etc....

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« Je vous rends très-humbles graces de l'ordonnance de deux mille » livres qu'il vous a plu de m'envoyer. Je l'ai reçue avec le même respect » et avec la même reconnaissance que si elle eût été entière et telle que » feu Monseigneur le Cardinal me l'avait obtenue du Roi, et que vousv même, Monseigneur, aviez eu la bonté de me la faire continuer durant » plusieurs années; mais je vous avouerai franchement, Monseigneur, » que j'ai sujet de craindre qu'on ne m'ait encore imputé quelque nou» velle faute, et que ce retranchement n'en soit une punition. Si j'en » pouvais avoir connaissance, je me mettrais en devoir ou de m'en » justifier ou de la réparer selon vos ordres. Je m'examine, pour cet » effet, à la dernière rigueur ; je cherche jusqu'au fond de mon ame, » et ma conscience ne me reproche rien. Je travaille , Monseigneur, » selon vos intentions et selon les règles que vous m'avez prescrites. » Je porte mes feuilles à M. Perrault, j'avance le travail autant qu'il » m'est possible. Ainsi, Monseigneur, je ne puis trouver d'autre cause » de ma diminution que mon peu de mérite; mais la générosité du » plus grand des rois et la faveur de votre protection peuvent bien en» core suppléer à ce défaut comme elles y ont suppléé jusqu'à l'année » présente. C'est avec cette espérance, Monseigneur, que je prends la » hardiesse d'avoir recoạrs à votre bonté, toujours si favorable aux gens » de lettres et aux créatures de feu Monseigneur le Cardinal, dont » la mémoire vous est si chère. Ne retranchez pas, s'il vous plaît, une » partie de vos graces à une personne qui perdrait plutôt la vie, que de » rien diminuer du zèle qu'il a pour votre service, et de l'attachement » inviolable avec lequel il fait gloire d’être, etc.

Mézeray, historiographe. »

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