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(15) Le jeune enfant que l'on renfermait dans cet harmonieux étui devint un excellent comédien. C'est le fameux Raisin , artiste d'un vrai talent, qui joua avec un égal succès les rôles à manteau , ceux des valets rusés, des petits maîtres et des ivrognes. Homme du monde, plein d'originalité et d'esprit, conteur aimable, il n'avait qu'un seul défaut, celui de s'adonner au vin avec excès : il aurait, dit-on, troqué volontiers sa femme contre une bouteille de Champagne. Il mourut en 1693, année où le vin manqua. On fit à cette occasion le huitain suivant :

Quel astre pervers et malin ,
Par une maudite influence,
Empêche désormais qu'en France
On puisse recueillir du vin ?
C'est avec raison que l'on crie
Contre la rigueur du destin,
Qui nous ôte jusqu'au Raisin
De notre pauvre comédie.

(Anecdotes dramatiques, t. III, p. 422.)

(22) Baron, fils d'un acteur et d'une actrice, était alors orphelin ; a sa mère était si belle, que lorsqu'elle se présentait pour paraître à la toilette » de la Reine-mère, Sa Majesté disait aux dames qui » étaient présentes : « Mesdames, voici la Baron ; » et » elles prenaient la fuite. Son père mourut d'un acci» dent très-singulier : il faisait le rôle de don Diègue, » dans le Cid; son épée lui était tombée des mains , » comme la circonstance l'exige dans la scène qu'il » avait faite avec le comte de Gormas ; et, en la re

» poussant du pied avec indignation, il en trouva » malheureusement la pointe, dont il eut le petit doigt » piqué; on traita le soir cette blessure comme une bagatelle ; mais quand il vit, deux jours après, que » la gangrène faisait tout apprêter pour lui couper » la jambe , il ne voulut pas le souffrir : « Non, non, » dit-il; un roi de théâtre comme moi se ferait huer » avec une jambe de bois. » Il aima mieux attendre » doucement la mort, qui l'emporta le lendemain. » (Lettre à mylord ***, sur Baron et mademoiselle Lecouvreur ; par George Wink ( d'Allainval), 1730).

(23) Le nom de famille de ce comédien était Mignot. La Serre dit que Molière le consola et l'embrassa. (24) Le passage que nous

insérons dans notre texte est tiré de l'édition originale de la description des Plaisirs de l'Ile enchantée , publiée en 1665, par Ballard , et plusieurs fois réimprimée du vivant de Molière. « Mais, dans l'édition de ses OEuvres , dit » M. Auger, donnée en 1682, par La Grange et Vinot, » le passage est altéré d'une manière fort remarqua» ble. Dans cette phrase , a son extrême délicatesse » pour les choses de la religion ne put souffrir cette » ressemblance du vice avec la vertu , » on a substitué » aux mots ne put souffrir, ceux-ci, eut de la peine à » souffrir ; et cette autre phrase. « Il la défendit pour» tant en public, et se priva soi-même de ce plai»sir », a été changée en celle-ci : « Il défendit cette » comédie pour le public, jusqu'à ce qu'elle fût entièv rement achevée et examinée par des gens capables den

» juger; pour n'en pas laisser abuser à d'autres moins

capables d'en faire un juste discernement. ». Ces » changemens, faits après coup, ont évidemment » pour objet de transformer en une suspension mo» mentanée la défense absolue et définitive qu'avait » faite Louis XIV. Aurait-on voulu par là garantir » du reproche d'inconséquence le monarque qui finit » par permettre la représentation de cette même » pièce qu'il avait d'abord jugé impossible de donner » au public. » (OEuvres de Molière ,'avec un commen» taire par M. Auger, t. VI, p. 203, note).

(25) L'auteur de la Fameuse comédienne dit( p. 14), que « le comte de Guiche comptait pour peu de for» tune le bonheur d'être aimé des dames » ; cependant d'autres contemporains prétendent qu'il fut très-épris de madame Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans.

(26) La Fameuse comédienne dit que Molière est redevable de ce service à l'abbé de Richelieu, qui le premier avait eu mademoiselle Molière pour maitresse, et qui, ayant saisi une lettre qu'elle avait écrite au comte de Guiche dans le temps de sa passion pour lui, furieux d'avoir été pris pour dupe et d'avoir payé si cher les faveurs d'une femme qui les prodiguait à tant d'autres, instruisit le pauvre mari de tout ce qui se passait. A en croire le récit du biographe, Lauzun n'était pas seul chargé de la consoler des froideurs du comte de Guiche. Elle avait encore pris, dans ce but, un lieutenant aux Gardes et beaucoup d'autres jeunes gens.

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(27) Il mourut le 4 novembre 1664. Sa part fut continuée à sa femme jusqu'à Pâques 1665 (M. Lemazurier, t. III, p. 378 des OEuvres de Molière , avec un commentaire par M. Auger). Madeleine Béjart disait « qu'elle ne se consolerait jamais de la perte » de ses deux bons amis : l'un était Gros-René , et » l'autre le cardinal de Richelieu. » (Pensées , remarques et observations de Voltaire , ouvrage posthume , p. 121 ; Paris, Barba et Pongens, 1802).

(28) Brécourt se prit un jour de querelle avec un cocher, sur la route de Fontainebleau , et le tua d'un coup d'épée. Il fut obligé de fuir en Hollande, et entra dans une troupe française que le prince d'Orange avait organisée. Il n'obtint la permission de revenir dans sa patrie qu'en prenant, pour le ministère français, le rôle d'agent de police.

En 1678, étant à la chasse du Roi, à Fontainebleau , il fut attaqué par un sanglier qui l'atteignit à la botte et le tint long-temps en échec. Brécourt parvint à lui enfoncer son épée dans le corps jusqu'à la garde. Le Roi, qui avait été témoin de cette lutte, lui demanda s'il n'était pas blessé, et lui dit qu'il n'avait jamais vu donner un si vigoureux coup d'épée.

Un contraste assez singulier qu'on n'avait point encore fait ressortir, c'est que cet infatigable duelliste composą un écrit intitulé : Louange au Roi sur l'édit des Duels. Il est également auteur de quelques pièces de théâtre bien dignes de l'oubli où elles sont ensevelies depuis long-temps. Nous avons rapporté sa fin tragique, Note II de ce livre. Il mourut, laissant pour vingt mille francs de dettes au delà de sa succession. (Histoire du Théâtre-Français, par les frères Pårfait, t. VIII, p. 406 et suiv. ; Le Théâtre-Français, par Chapuzeau , p. 188).

Dans l'édition des OEuvres de Boileau, de 1701, au sujet de ce vers de la satire III,

Molière avec Tartuffe y doit jouer son rôle,

on lit la note suivante, qui est de Boileau lui-même : » Le Tartuffe, en ce temps-là, avait été défendu et » tout le monde voulait avoir Molière, pour le lui » entendre réciter. »

(30) « N'est-il pas extrêmement vraisemblable, a dit » M. Étienne dans sa notice sur le Tartuffe , que le » sieur de Rochemont, qui en est l'auteur, n'est au» tre que le curé de... , dont parle Molière dans son » premier placet au Roi? Qu'on rapproche en effet » les passages qu'on vient de lire (ceux que nous » avons cités), des expressions mêmes du poète co» mique : « V. M. a beau dire, et M. le légat et » MM. les prélats ont beau donner leur jugement, » ma comédie, sans l'avoir vue, est diabolique, » et diabolique mon cerveau ; je suis un démon vêtu » de chair et habillé en homme; un libertin, un o impie digne d'un supplice exemplaire. Ce n'est » point assez que le feu expie en public mon offense : »j'en serais quitte à trop bon marché. Le zèle cha» ritable de ce galant homme de bien n'a garde de

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