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» damné. » (Anecdotes dramatiques, tom. II, p. 205.)

(38) Nous savons que dans l'édition des OEuvres de Racine avec le commentaire de La Harpe, Paris, Agasse, 1807, et dans toutes les éditions publiées depuis, on lit : « Montfleuri a fait une requête contre >> Molière, et l'a donnée au Roi. Il l'accuse d'avoir

épousé la fille et d'avoir autrefois vécu avec la mère; » mais Montfleuri n'est point écouté à la cour. » Voici les raisons qui nous ont déterminé à adopter l'autre version :

Il est d'abord bien constant que les ennemis de Molière firent courir le bruit qu'il avait épousé sa propre fille. Le mémoire contre Lulli, cité pag. 90 de cette Histoire, le passage de la fameuse Comédienne , transcrit pag. 130, et plusieurs autres écrits, en fournissent la preuve. Il serait donc absurde de penser que Montfleuri, qui voulait perdre Molière, se fût contenté de l'accuser d'une bassesse, quand d'autres personnes faisaient planer sur lui le soupçon d'un crime.

Cela admis, comment supposer ensuite que Racine ait dénaturé la requête de Montfleuri comme on le lui fait faire dans la version nouvellement adoptée. Cette requête avait reçu une grande publicité, et il lui était impossible de n'en pas connaître, ou d'en connaître mal l'objet.

On accuse Louis Racine d'avoir altéré le texte de son père en plusieurs endroits de sa Correspondance, et l'on a apporté à l'appui de ce reproche des autographes de ce grand écrivain qui offrent en effet quelques différences. Louis Racine a pu se permettre des

changemens qui ne portaient aucune atteinte à la mémoire de son père; mais, à coup sûr, il n'eût pas été lui prêter des torts de ceur aussi grands envers son bienfaiteur. Il nous parait donc de toute vraisemblance que l'autographe sur lequel on s'est appuyé pour faire subir ce changement au texte des anciennes éditions n'était qu'un brouillon inexact, et que Louis Racine n'avait donné le sien que d'après la lettre véritable. Cela ne fût-il pas , qui reconnaîtrait, même dans cette seconde leçon, une de

Ces haines vigoureuses
Que doit donner le vice aux ames généreuses?

(39) Les acteurs de l'hôtel de Bourgogne ne profitèrent pas long-temps des talens de leur nouvelle camarade : elle mourut le 11 décembre 1668. Molière faisait grand cas de cette actrice. On en trouve la preuve dans ce qu'il lui dit, scène première de l'Impromptu de Versailles. On peut la citer comme une des femmes qui dansèrent les premières sur la scène. Elle avait beaucoup de grace, et se distingua surtout dans les danses hautes : « Elle faisait certaines ca» brioles remarquables, car on voyait ses jambes et » partie de ses cuisses par le moyen d'une jupe qui » était ouverte des deux côtés, avec des bas de soie » attachés au haut d'une petite culotte. » (Lettre sur la Vie de Molière et des comédiens de son temps. MERCURE DE FRANCE, mai 1740, p. 846.)

(40) Cette version est celle de Louis Racine, dans ses Mémoires sur son père. Comme elle a été généra

lement adoptée, nous n'avons pas cru devoir lui préférer celle de Cizeron-Rival, qui prétend que Racine ne fut pas fâché du danger la réputation de Molière semblait être exposée. (Récréations littéraires, p. 2.) Cependant, il pourrait être permis d'hésiter entre le témoignage avantageux d'un fils et l'autorité impartiale d'un écrivain presque toujours exact.

(41) On a élevé, au sujet de ce chef-d'ouvre, une réclamation trop plaisante pour que nous ne la rapportions pas ici. Elle est extraite d'un manuscrit in - 40 faisant autrefois partie de la Bibliothèque Saint-Victor, et rempli de notes de M. Tralage.

» Le sieur Angelo, docteur de l'ancienne troupe » italienne , m'a dit (c'est M. Tralage qui parle ) que » Molière, qui était de ses amis, l'ayant un jour ren» contré dans le jardin du Palais-Royal, après avoir » parlé des nouvelles de théâtres et d'autres, le même

Angelo dit à Molière qu'il avait vu représenter en » Italie , à Naples, une pièce intitulée, le Misanthrope, » et que l'on devrait traiter ce sujet; il le lui rap» porta tout en entier, 'et même quelques endroits » particuliers qui lui avaient paru remarquables; en» tre autres ce caractère d'un homme de cour fainéant, qui s'amuse à cracher dans un puits pour » faire des ronds. Molière l'écouta avec beaucoup » d'attention; et, quinze jours après, le sieur An

gelo fut surpris de voir , dans l'affiche de la troupe, » la comédie du Misanthrope annoncée et promise; » et, trois semaines , ou tout au plus tard un mois après, on représenta cette pièce. Je lui répondis là

»

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»

v dessus qu'il n'était pas possible qu'une aussi belle » pièce que celle-là, en cinq actes, et dont les vers » sont fort beaux, eût été faite en aussi peu de

temps ; il me répliqua que cela paraissait incroya» ble, mais que tout ce qu'il venait de me dire était » très-véritable, n'ayant aucun intérêt de me dégui» ser la vérité. »

« Ce discours d'Angelo, disent les frères Parfait, » auxquels nous empruntons cette citation ( Histoire » du Théâtre - Français, t. X, p. 66 et suiv.), est si fort éloigné de la vraisemblance, que ce serait abu» ser de la patience du lecteur que d'en donner la ré» futation. »

(42) M. Aimé-Martin a dit, au sujet de cette lettre, t. I, p, cxiij, note, de son édition des OEuvres de Molière : « Elle ne fut réimprimée qu'en 1682, et on » ne la trouve pas dans la seconde édition du Mi» santhrope , publiée chez Claude Barbin, un peu plus » d'un an après la mort de Molière. Cette circons» tance suffirait pour prouver la vérité de l'anecdote » racontée par Grimarest... » L'assertion est inexacte, et par conséquent on n'en peut tirer aucun argument en faveur du conte de Grimarest. Nous possédons une édition des OEuvres de M. de Molière , in-12, Paris, 1674, Thierry, Barbin et Trabouillet; dans laquelle on a fait précéder le Misanthrope de la lettre de Devise.

(43) « On sait que le duc de Saint-Aignan, plai» santant M. de Montausier sur le personnage

du Mi» santhrope, celui-ci lui répondit : « Eh! ne voyez

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» vous pas, mon cher duc, que le ridicule de poète de qualité vous désigne encore plus clairement.» (OEuvres de Molière , avec les remarques de Bret, t. III, p. 417.)

(44) Nous empruntons à l'annotateur anonyme des Mémoires de Dangeau quelques détails peu connus sur M. de Montausier et sa femme, la célèbre Julie d'Angennes , dont nous avons déjà eu occasion de parler, au sujet des Précieuses ridicules.

«M. de Montausier était Pressigny de Saint-Maure, » et de fort bonne maison ; beaucoup de courage, » d'esprit et de lettres. Une vertu hérissée et des » mours antiques firent de lui un homme extraor» dinaire; toutes choses qui devaient faire obstacle »à sa fortune et qui la lui firent. Sa femme était An»gernes, fille de M. de Rambouillet.

» Mais on eut lieu d'être surpris de ce qu'une » élève de l'hôtel de Rambouillet, et pour ainsi dire » l'hôtel de Rambouillet en personne, et la femme » de l'austère Montausier, succédât dans la place de » dame d'honneur de la Reine, à mademoiselle de » Navailles, si glorieusement chassée pour n'avoir » pu tolérer les entrées nocturnes du Roi dans la » chambre des filles, et en avoir muré la porte par » où il venait; il trouva visage de pierre. Mais, ce qui surprit encore davantage, ce fut la protection que » madame de Montespan trouva auprès de madame » de Montausier, au commencement de son éclat » avec son mari, pour les amours du Roi, et l'a» sile que le Roi lui - même lui donna , en choisis

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