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tion du chef-d'oeuvre si bien accueilli. Le samedi 6, le premier président de Lamoignon fait signifier à la troupe défense de rejouer la pièce promise pour le lendemain. Cet ordre, dont la plus grande partie de Paris ne pouvait avoir connaissance dès le 7, ne fit donc renoncer que très-peu de spectateurs qui en étaient instruits, au projet de se rendre au théâtre du Palais-Royal; et ceux qui, comptant toujours sur la promesse faite par les acteurs le 5, ne s'étaient pas donné la peine de consulter les affiches, beaucoup plus rares alors dans Paris qu'elles ne le sont aujourd'hui, ne purent être détrompés qu'à leur arrivée au théâtre.

(6) Cette tradition a de nos jours été adoptée par l'auteur du quatrain suivant, Chénier :

De Roquette en son temps, T........ dans le nôtre

Furent tous deux prélats d'Autun.
Tartuffe est le portrait de l'un :
Si Molière eût connu l'autre!

(7) Letlre en vers sur la comédie du TARTUFFE, écrite à l'auteur de la CRITIQUE.

J'ai lu, cher Dorilas, la galante manière
Dont tu veux critiquer et Tartuffe et Molière ;
Et , sans t'importuner d'inutiles propos,
Je vais rimer aussi la critique en deux mots.

Dès le commeneement, une vieille bigotte
Querelle les acteurs, et sans cesse radote,
Crie, et n'écoute rien, se tourmente sans fruit.
Ensuite une servante y fait autant de bruit,
A son maudit caquet donne libre carrière,

Réprimande son maître et lui rompt en visière;
L'étourdit, l'interrompt, parle sans se lasser;
Un bon coup

suffirait pour la faire cesser,
Mais on s'aperçoit bien que son maître, par feinte ;
Atlend, pour la frapper, qu'elle soit hors d'atteinte.
Surtout peut-on souffrir l'homme aux réalités
Qui, pour se faire aimer, dit cent impiétés ?
Débaucher une femme et coucher avec elle,
Chez ce galant bigot est une bagatelle.
A l'entendre, le ciel permet tous les plaisirs;
Il en sait disposer au gré de ses désirs;
Et, quoi qu'il puisse faire; il se le rend traitable.
Pendant ces beaux discours, Orgon sous une table,
Incrédule toujours, pour être convaincu ,
Semble attendre en repos qu'on le fasse cocu.
Il se détrompe enfin, et comprend sa disgrace,
Déteste le Tartuffe et pour jamais le chasse.
Après que l'imposteur a fait voir son courroux;
Après qu'on a juré de le rouer de coups ,
Et d'autres incidens de cette même espèce,
Le cinquième acte vient : il faut finir la pièce.
Molière la finit, et nous fait avouer
Qu'il en tranche le næud qu'il n'a su dénouer.

Molière plaît assez, son génie est folâtre; Il a quelques talens pour le jeu du théâtre; Et, pour en bien parler, c'est un bouffon plaisant , Qui divertit le monde en le contrefaisant. Ses grimaces souvent causent quelques surprises , Toutes ses pièces sont d'agréables sottises. Il est mauvais poëte et bon comédien. Il fait rire; et de vrai, c'est tout ce qu'il fait bien. Molière à son bonheur doit tous ses avantages: C'est son bonheur qui fait le prix de ses ouvrages. Je sais que le Tartuffe a passé son espoir, Que tout Paris en foule a couru pour le voir; Mais, avec tout cela, quand on l'a vu paraître,

On l'a tant applaudi, faute de le connaître.
Un si fameux succès ne lui fut jamais dû,
Et, s'il a réussi, c'est qu'on l'a défendu.

(8) Le privilège des OEuvres de Benserade dit

que « la manière dont il consondait le caractère des per» sonnages qui dansaient avec le caractère des person» nages qu'ils représentaient , était une espèce de se»cret personnel qu'il n'avait imité de personne, et que » personne n'imitera peut-être jamais de lui. » Plaise au ciel que cette prédiction ne soit jamais démentie.

(9) Ce Gandouin dépensa 50,000 écus avec une femme à laquelle il fit en outre présent d'une trèsbelle maison située à Meudon. Quand il se fut complètement ruiné, il demanda la restitution de cette propriété. Pour en venir à ses fins, il s'adressa à son neveu , qui était procureur; mais celui-ci ayant examiné sa cause, la lui déclara insoutenable. Gandouin, de désespoir, lui porta un coup de couteau. Cet acte de fureur détermina sa famille à le faire enfermer à Charenton , d'où il parvint à s'évader. (GRIMAREST,

pag. 267.)

(10) Ce ne fut qu'après un certain nombre de représentations que le bel-esprit prit le nom de Trissotin ; il portait d'abord celui de Tricotin ( Histoire du Théâtre-Français, tom. XI, pag. 213). Menage va même jusqu'à dire ( Menagiana , 1715, t. III , pag. 23) que Molière fit acheter un des habits de Cottin pour le faire porter à celui qui faisait ce personnage dans la pièce. Cette assertion de la part de Menage, qui cependant était en position d'être bien informé de toutes

les circonstances de cette affaire, nous fait douter de la véracité de tous les autres faits qu'il rapporte; car, lors même

que

Molière eût assez oublié les convenances pour

s'abandonner à tant de licence, comment supposer que l'autorité eût permis que l'habit ecclésiastique, car les prêtres ne le quittaient jamais à cette époque, et Cottin était prêtre, parût sur la scène, porté surtout par un personnage plus vil encore que ridicule ; d'ailleurs il eût été absurde de faire prendre un semblable vêtement à un homme qui aspire à la main de la fille de la maison.

(11) Voici le passage du Mercure galant : « Bien des gens font des applications de cette comédie, et » une querelle de l'auteur, il y a environ huit ans, » avec un homme de lettres qu'on prétend être repré» senté par M. Trissotin, a donné lieu à ce qui s'en » est publié; mais M. de Molière s'est suffisamment » justifié de cela par une harangue qu'il fit au public » deux jours avant la première représentation de sa » pièce ; et puis ce prétendu original ne doit pas s'en » mettre en peine, s'il est aussi sage et aussi habile » homme que l'on dit, et cela ne servira qu'à faire » éclater davantage son mérite, en faisant naître l'en» vie de le connaître, de lire ses écrits, et d'aller à » ses sermons. Aristophane ne détruisit point la ré» putation de Socrate en le jouant dans une de ses » farces, et ce grand philosophe n'en fut pas moins estimé de toute la Grèce, »

(12) Carpentier ( Carpenteriana , pag. 48.), Richelet ( Dictionnaire, Genève, 1680, in-4°, au mot repro

a

à le prouver,

cher), et l'abbé d'Olivet (Histcire de l'Académie Française , tom. II, pag. 185), s'accordent tous à dire que Menage fut le second acteur de cette scène. Mais celui-ci, en la rapportant (Menagiana, 1715, tom. III, pag. 23), ne fait pas connaître l'adversaire de Cottin. L'auteur du Boloana (pag. 34) prétend que c'était Gilles Boileau, frère du satirique. L'autorité du seul Montchesnay, historien si souvent inexact, ne saurait balancer à nos yeux celle de Carpentier, de Richelet, et de l'abbé d'Olivet. Il y d'ailleurs dans la scène de Molière nombre de traits, qui, comme nous nous sommes attaché à le ne peuvent servir à désigner que Menage. Cottin fit d'ailleurs paraître en 1666 une satire contre lui, la Ménagerie, qui prouve évidemment qu'il y avait eu rupture entre eux.

(13) Voltaire se montra d'autant moins conséquent avec lui-même, que dans l'Écossaise il ne se borna pas

à ridiculiser Fréron, il tenta encore de l'avilir. Molière, au contraire, n'attaqua que l'esprit de Cottin ; car ce ne pouvait plus étre, ce n'était plus lui qu'il avait en vue , quand il traça la cupidité de Trissotin aspirant à l'hymen d’Henriette , Cottin étant depuis long-temps dans les ordres.

(14) Cet enfant fut nommé Pierre-Jean-BaptisteArmand ; il fut baptisé le 1er octobre 1672, et eut pour parrain Boileau Puimorin , frère de Despréaux, et mademoiselle Mignard, fille du célèbre peintre, pour marraine. ( Dissertation sur Molière , par M. Beffara , pag. 16 ).

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