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quand il mourut presque subitement, d'une attaque d'apoplexie. « Il s'agit maintenant, dit madame de

Sévigné ( lettre du 12 août 1695), de trouver quel» qu'un qui se charge de l'oraison funèbre du mort; » on prétend qu'il n'y a que deux petites bagatelles qui » rendent cet ouvrage difficile, c'est la vie et la mort. » Mascaron refusa de la faire; le Père Gaillard consentit à s'en charger, à condition qu'il ne parlerait pas du mort.

Nous avons dit plus haut quelle espèce de service madame de Bretonvilliers rendait officieusement à l'archevêque; cette dame sollicitait un jour très-vivement madame de Sévigné de venir chez elle; celleci lui répondit qu'elle n'avait qu'un fils. (Lettre de madame de Sévigné, du 15 juin 1680).

Harlay de Champvalon était d'une beauté remarquable. Il se trouvait un jour au milieu d'un cercle de jolies femmes; une personne qui entra lui dit en le voyant ainsi entouré :

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reprit galamment une des dames, dont on ignorait l'érudition.

Requête à l'archevêque de Paris, el ordonnance pour

l'enterrement.

A MONSEIGNEUR l'illustrissime et réuérendissime archeuesque de Paris.

» Supplie humblement Élisabeth-Claire-Grasinde-Béjard (les noms sont ainsi écrits), veufue de Jean-Baptiste Pocquelin de Molière , viuant valet de chambre et tapissier

du Roy, et l'un des comédiens de sa troupe, et en son absence Jean Aubry son beau-frère ; disant que vendredy dernier, dix-septième du présent mois de feburier mil six cent soixante-treize, sur les neuf heures du soir, ledit feu sieur de Molière s'estant trouué mal de la maladie dont il décéda enuiron une heure après, il voulut dans le moment témoigner des marques de repentir de ses fautes et mourir en bon chrestien , à l'effect de quoy auecq instances il demanda un prestre pour receuoir les sacremens, et enuoya par plusieurs fois son valet' et seruante à Sainct - Eustache, sa paroisse, lesquels s'adressèrent à messieurs Lenfant et Lechat, deux prestres habitués en ladicte paroisse , qui refusèrent plusieurs fois de venir, ce qui obligea le sieur Jean Aubry d'y aller luy-mesme pour en faire venir, et de faict fit leuer le nommé Paysant, aussi prestre habitué audiet lieu ; et comme toutes ces allées et venues tardèrent plus d'une heure et demie, pendant lequel temps ledict feu Molière décéda , et ledict sieur Paysant arriua comme il venoit d'expirer; et comme ledict sieur Molière est décédé sans auoir

reçu

le sacrement de confession, dans un temps où il venoit de représenter le comédie, monsieur le curé de Sainct-Eustache lui refuse la sépulture , qui oblige la suppliante de vous présenter la présente requeste pour luy estre sur ce pourueu. « Ce considéré, Monseigneur, et attendu que

dessus, et que

ledict défunct a demandé auparavant que de mourir un prestre pour être confessé, qu'il est mort dans le sentiinent d'un bon chrestien, ainsy qu'il a témoigné en présence de deux dames religieuses, demeurant en la mesme maison, d'un gentilhomme nommé M. Couton, entre les bras de qui il est mort, et de plusieurs autres personnes ; et que M. Bernard, prestre habitué en l'église Sainct-Ger

ce

main , lui a administré les sacremens à Pasque dernier, il vous plaise de grace spécialle accorder à ladicte suppliante que son diet feu mary soit inhumé et enterré dans ladicte église Sainct-Eustache, sa paroisse, dans les voyes ordinaires et accoutumées, et ladicte suppliante continuera les prières à Dieu pour votre prospérité et santé , et ont signé. Ainsi signé L2 Vasseur et Aubry , auecq paraphe. « Et au-dessoubz est escript ce qui suit :

Renvoyé au sieur abbé de Benjamin, nostre official, pour informer des faicts contenus en la présente requeste, pour information à nous rapportée estre ensuicte ordonné ce que de raison. Faict à Paris dans nostre Palais archyépiscopal, le vingtiesme feburier mil six cent soixante-treize. Signé, Archeuesque de Paris.

« Veu ladicte requeste, ayant aucunement esgard aux preuves résultantes de l'enqueste faicte par mon ordonnance, nous auons permis au sieur curé de Sainct-Eustache de donner la sépulture ecclésiastique au corps de défunct Molière dans le cimetière de la paroisse , a condition néantmoins que ce sera sans aucune pompe et aueca

deux

prestres seulement, et hors des heures du jour , et qu'il ne se fera aucun seruice solennel pour luy, ny

dans ladicte paroisse Sainct-Eustache ny ailleurs, même dans aucune églize des réguliers, et que nostre présente permission sera sans préjudice aux règles du rituel de nostre églize, que nous voulons estre obseruées selon leur forme et teneur. Donné à Paris, ce vingtiesme feburier mil six cent soixantetreize. Ainsy signé, Archeuesque de Paris, et au-dessoubs par monseigneur Morange, auecq paraphe.

» Collationné en son original en papier , ce faict, rendu par les nottaires au Chastellet de Paris soubzsignez le

vingt- uniesme mars mil six cent soixante-treize. Signé Levasseur. »

(2) Chapuzeau dit que, après la mort de Molière, le théâtre du Palais-Royal fut fermé pendant quinze jours. Les frères Parfait, qui écrivaient leur Histoire, le registre de la comédie sous les yeux, disent qu'il rouvrit, le 24 février, par le Misanthrope, c'està-dire après six jours de relâche. Ce qui aura donné lieu à l'erreur de Chapuzeau, c'est que le Malade imaginaire ne fut effectivement repris que quinze jours après la perte que la troupe venait de faire, le 3 mars suivant. Il aura confondu la reprise de ce chef-d'oeuvre avec l'ouverture du théâtre. BussyRabutin confirme indirectement l'assertion des frères Parfait, en disant que mademoiselle Molière joua treize jours seulement après la mort de son mari. (Lettres de Bussy-Rabutin, t. IV, p. 36.)

(3) Molière, dix ans avant sa mort, pria La Grange de se charger de l'emploi d'orateur de la troupe. Cet acteur le remplit de la manière la plus satisfaisante, jusqu'à la scission de la troupe du PalaisRoyal, et ensuite dans la nouvelle troupe du Roi. (Le Théâtre Français , par Chapuzeau, p. 282.) - (4) Molière demeurait rue Saint-Honoré, vis-à-vis le Palais - Royal, paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, à l'époque du baptême de son fils Louis ; filleul du Roi et de la duchesse d'Orléans , le 28 février 1664.

Il demeurait rue Saint-Honoré , mais sur la paroisse Saint-Eustache, par conséquent dans l'extrémité

orientale de cette rue, lors du baptême de sa fille , le 4 août 1665.

Le 1er octobre de cetie même année, il alla habiter une maison de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, appartenant à un sieur Millet, maréchal-des-camps et armées du Roi et à son épouse, consistant en un corps de logis , petite cour , porte cochère, avec leurs appartenances et dépendances. Cette maison lui fut donnée à loyer, pour trois ans à partir de la Saint-Remy ( 1er octobre ) 1665, moyennant la somme annuelle de 1000 livres , par un acte récemment découvert, passé devant Ogier, notaire à Paris, le 15 octobre 1665. Il dut y rester au moins jusqu'au premier octobre 1668.

Au baptême de son troisième enfant, le 11 octobre 1672 , il demeurait rue de Richelieu, dans la maison où il mourut. Elle était située près de l'Académie des peintres, vis-à-vis la fontaine placée au coin des rues Traversière et de Richelieu, et donnait, par derrière, sur le jardin du Palais-Royal, (il n'existait pas alors de galeries). C'est, selon toute probabilité, la maison aujourd'hui numérotée 34.

(5) Circé , tragédie de Thomas Corneille , fut représentée pour la première fois le 17 mars 1675. Cette coïncidence rapportée par la fameuse Coméaienne , démontre clairement que quelques biographes de Molière, notamment Petitot, ont commis une inexactitude en prétendant que cette intrigue commença du vivant de Molière. Elle n'est

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