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1664. le trait suivant que Louis XIV sut également bien

faire sentir à d'autres officiers de sa maison com-
bien leurs dédains envers ce grand homme étaient
sottement ridicules. Ayant appris qu'ils étaient
blessés de manger à la table du contrôleur de la
bouche , avec leur collègue Molière, parce qu'il
jouait la comédie; qu'ils le lui témoignaient d'une
manière offensante, et que par cette raison il s'abs-
tenait de se présenter à cette table, il lui dit un
matin, à l'heure de son petit lever: «On dit que
» vous faites maigre chère ici, Molière, et que
» les officiers de ma chambre ne vous trouvent
pas
faits

pour manger avec eux. Vous avez peut-
» être faim; moi-même je m'éveille avec un très-
» bon appétit; mettez-vous à cette table, et qu'on
» me serve mon en cas de nuit (18).» Alors, le Roi,
coupant la volaille et invitant Molière à s'asseoir,
lui sert une aile, en prend en même temps une
pour lui, et ordonne qu'on introduise les entrées
familières, qui se composaient des personnes les
plus marquantes et les plus favorisées de la cour.
« Vous me voyez, leur dit le Roi, occupé de faire
» manger Molière, que mes officiers ne trouvent
» pas assez bonne compagnie pour eux. » Dès
ce moment il n'eut pas besoin de se présenter
à cette table de service : toute la cour s'empressa
de lui faire des invitations

d. Mémoires de Madame Campan, t. III, p. 8.

Ce poète avait été chargé de composer pour 1664. la cour une comédie qui comportât des danses et des divertissemens. La reconnaissance dont il était pénétré pour tous les bienfaits et la constante protection de son prince le fit triompher des entraves que le génie rencontre ordinairement dans un ouvrage de commande, et le Mariage forcé, composé à la hâte , fut applaudi pour la première fois, au Louvre, le 29 janvier 1664, et au Palais-Royal le 15 février suivant.

Les plus grands seigneurs figurèrent dans le ballet , et le Roi lui-même y dansa un rôle d'égyptien. Il aimait passionnément cette sorte de divertissement, et ses courtisans s'étaient empressés de l'adopter; mais Racine devint l'interprète du sentiment pénible que cette faiblesse du Roi faisait éprouver à la France. Il fit dire par Narcisse à Néron, dans Britannicus':

.. Ignorez-vous tout ce qu'ils osent dire ?
Néron , s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire :

Pour toute ambition , pour vertu singulière ,
Il excelle à conduire un char dans la carrière ,
A disputer des prix indignes de ses mains,
A se donner lui-même en spectacle aux Romains.

Cette leçon indirecte produisit son effet; elle fut sentie, et depuis ce temps on ne vit plus ce monarque se ravaler au rôle grotesque de baladin,

1664. à un âge où son esprit devait être occupé de soins

plus importans '; comme on le doit bien penser, les courtisans, singes de leur maître, abandonnèrent promptement ces jeux. Les divertissemens tomberent même dans un tel discrédit, que Lulli ayant été chargé à la première représentation du Bourgeois gentilhomme, à Chambord, du rôle du Mufti dans la cérémonie dont il avait fait la musique, les secrétaires du Roi refusèrent, pour ce motif, de le recevoir dans leur compagnie. « Nous » serions bien honorés, disait avec dépit M. de » Louvois, d'avoir

pour confrère un maître bala» din. - S'il fallait pour faire votre cour au Roi, » répondit Lulli au ministre, faire pis que moi, vous » seriez bientôt mon camarade. » L'intervention da prince fut nécessaire pour lever les scrupules de ses secrétaires et les faire revenir sur leur défense (19)

On a généralement attribué à une comique aventure du chevalier de Grammont l'avantage d'avoir fourni à Molière l'idée d'une des plus jolies scènes du Mariage forcé, celle où Alcidas vient proposer à

sane ,

1. Mémoires sur la vie ile J. Rccine ( par L. Racine), Lau

1747, p. 80. — Siècle de Louis XIV, chap. xxvI. 2. Bolæana, p. 63. « On trouve un détail de cette affaire où » M. de Louvois se compromit dans la Vie de Quinault à la tête de » ses ouvrages, et dans le Parallèle de la musique des anciens avec » la musique nouvelle , par M. de Freneuze. » (OEuvres de Molière, avec les remarques de Bret, 1973, t. V, p. 773).

Sganarelle de se couper la gorge avec luiou d’épou- 1664. ser sa sœur. Cet aimable héros de boudoir, forcé de sortir de France, avait emporté aux bords de la Tamise et ses goûts passagers et sa changeante humeur. Parmi les beautés que Londres offrit à sa vue, une surtout, mademoiselle Hamilton, seur du célèbre narrateur des folies du chevalier, eut le talent de fixer pendant quelques jours cet esprit volage. Un permis de retour arriva tout à point comme pour lui épargner la honte de changer, honte qu'au reste il avait déjà bravée bien des fois. Il crut que son départ était un prétexte suffisant pour ne pas accomplir les promesses qu'il avait faites à la famille de mademoiselle Hamilton. Il prit donc la poste un beau matin , et, oublieux de la foi jurée, se mit à courir sur la route de Douvres. Les deux frères de la belle abandonnée l'y joignirent, et du plus loin qu'ils l'aperçurent lui crièrent : « Chevalier de Grammont, n'avez» vous rien oublié à Londres? — Pardonnez-moi, » Messieurs, leur répondit le fuyard, tant soit peu » étonné de la rencontre : j'ai oublié d'épouser » votre soeur, et j'y retourne avec vous pour ter» miner cette affaire'. » Il est assez plaisant que

Récréations littéraires, par Cizeron-Rival, p. 8. — OEuvres de Molière, avec les remarques de Bret, 1773, tom. III, p. 138.

Anecdotes dramatiques, t. I, p. 517 et 5.8.

1664 le séduisant Grammont ait eu au moins un point

de ressemblance avec le mari de Dorimène.

Cette petite pièce contient deux scènes , celles de Sganarelle avec les philosophes Pancrace et Marphurius, qui ne paraissent à beaucoup de lecteurs que deux pitoyables parades. Mais quiconque se reporte au fanatique aristotélisme du temps comprend bientôt

que les

coups de bâton donnés par Sganarelle ne sont pas là seulement pour nous faire rire. Molière se proposaït un but bien plus important, et il l'atteignit;car l'Université de Paris, frénétique champion des doctrines du philosophe de Stagyre, allait obtenir la confirmation d'un arrêt du parlement de Paris qui prononçait peine de mort contre ceux qui oseraient combattre le système des Pancrace et des Marphurius (20). Le ridicule que le Mariage forcé jeta sur ces principes contribua sans doute à lui faire suspendre ses poursuites. Elle ne fut pas beaucoup plus heureuse quelque temps après : les espérances qu'elle avait de nouveau conçues échouèrent également devant l'Arrêt burlesque de Boileau,

Ce poète adressa en 1664 à Molière sa satire II, dans laquelle il lui dit :

Enseigne-moi, Molière , où tu trouves la rime! Marmontel, souvent injuste envers Boileau, s'étonne ( et peut-être n'a-t-il

pas

entièrement tort en cette occasion) que ce soit là le seul mérite de

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