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છે.

AVERTISSEMENT.

Le public, nous le savons, avait renoncé à lire les préfaces long-temps avant que les auteurs se fussent lassés d'en faire. Aussi lui ferions-nous grace de la nôtre, si elle n'était pour nous l'accomplissement d'un devoir.

le

Que MM. Walckenaer et Musset-Pathay, dont les excellentes Histoires de La Fontaine et de J.-J. Rousseau nous ont donné l'idée d'entreprendre le même travail sur Molière, trouvent ici l'expression de notre reconnaissance; que biographe du fabuliste surtout, dont le plan avait des rapports plus directs avec le nôtre, reçoive l'assurance que son livre a été pour nous un guide que nous nous sommes fait une loi de

suivre.

Que M. Beffara nous permette de révéler que, si quelque exactitude dans les détails historiques de notre ouvrage fait pardonner ses

imperfections, c'est en grande partie à ses laborieuses recherches et à son inépuisable complaisance que nous devons cette sorte de compensation.

Comme nous tenons beaucoup à ce que cet acquit de conscience reçoive autant de publicité que possible, nous ne ferons pas notre avertissement plus long, afin qu'il soit lu.

J. T.

DE LA VIE ET DES OUVRAGES

DE MOLIÈRE.

LIVRE PREMIER.

1622-1661.

Presque tous ceux qui se sont fait un nom dans les beaux-arts les ont cultivés malgré leurs parens, et la nature a toujours été en eux plus forte que l'éducation.

VOLTAIRE.

Au commencement du dix-septième siècle, peu de temps après cette époque de notre littérature où, selon l'expression naïve de l'un des historiens du théâtre, « on commençait à sentir qu'il

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était bon que les comédies fussent mieux com

posées, et que des gens d'esprit, et même des » gens de lettres s'en mêlassent, » naquit dans une classe peu élevée de la société un de ces hommes qui semblent envoyés pour ouvrir à leurs

contemporains des routes nouvelles, et répandre des lumières qu'ils n'ont point reçues de leurs prédécesseurs. Molière, voué à l'ignorance par les préjugés du temps, ne put qu'en s'exposant à la malédiction de sa famille, recevoir une éducation tardive; témoin des mépris qu'on prodiguait à la profession de comédien, il l'embrassa, entraîné par son génie; doué d'une sensibilité ardente, il sentit encore se développer ce don, dirons-nous précieux ou fatal, par les rebutantes froideurs de celle qu'il crut trop long-temps digne de son amour; tendre ami, il se vit trahi par ceux qu'il avait comblés de ses bienfaits; esclave et victime de ses faiblesses, son unique étude fut de faire rire les hommes aux dépens des leurs, et de les en corriger; citoyen vertueux, la mort ne le mit point à l'abri des outrages de ses concitoyens.

C'est le tableau de cette carrière pleine de mouvement et d'intérêt que nous nous proposons aujourd'hui de décrire ; c'est la peinture des émotions profondes dont fut agité cet homme supérieur que nous allons essayer de retracer. Puissent l'importance du sujet et l'inexpérience de notre plume ne pas former un contraste trop choquant dans un portrait où tout contraste; dans l'histoire d'un homme de lettres qui connut le monde et la cour, d'un ornement de son siècle qui fut protégé, d'un philosophe qui fut comédien.

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