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Inutiles efforts! Phébus même, attendri,
Eut peine à consoler son premier favori.
Cher Gallus, dit le dieu, quel fol amour t'enchante!
Ta Lycoris te fuit; cette volage amante,
Fidèle à ton rival, brave en d'autres climats
Les périls de la guerre, et l'horreur des frimas.

Avec Faune et Sylvain, Pan, le dieu des campagnes,
Pour soulager Gallus, vint du fond des montagnes :
Quel désespoir, dit-il, berger infortuné!
A perdre ainsi tes jours es-tu donc obstiné?
L'Amour n'est point sensible à tes vives alarmes;
C'est un enfant cruel, il se plaît dans les larmes ;
Nos malheurs sont ses jeux, nos peines ses plaisirs :
L'abeille vit de fleurs, l'amour vit de soupirs.

De sa peine, à ces mots, calmant la violence, Gallus rompit enfin un lugubre silence; D'une voix presque éteinte il dit en soupirant : Derniers témoins des maux d'un berger expirant, Pasteurs de l'Arcadie, arbitres des airs tendres, Bientôt vous donnerez un asile à mes cendres; Mon ombre chez les morts descendra sans regrets, Si vous éternisez mon nom dans vos forêts. Hélas! de mon destin que n'ai-je été le maître ? Sous vos paisibles toits si le ciel m'eût fait naître, Je chérirais encor le lieu de mon berceau;

Dans vos champs où l'Amour a creusé mon tombeau,
Occupé parmi vous au soin des bergeries,
Heureux, j'eusse trouvé dans vos plaines chéries
De plus fidèles caurs, des plaisirs plus constants,
Et pour moi Lachésis eût filé plus long-temps:
J'aurais aimé sans crainte une simple bergère;
Par sa naïve ardeur elle aurait su me plaire:
Elle aurait eu peut-être un peu moins de beauté,
Elle aurait eu du moins plus de fidélité;
Sur la mousse et les fleurs souvent assis près d'elle,
J'aurais fait chaque jour quelque chanson nouvelle;
Son nom dans tous mes airs aurait été vanté;
Le inien par elle-même aurait été chanté.

Que n'es-tu, Lycoris, sur ces charmants rivages?
Les Ris au vol léger peuplent ces verts bocages;
Plus heureux que les dieux j'y vivrais avec toi,
Et l'univers entier ne serait rien pour moi.

Vains souhaits! tu me fuis. Où pourrai-je encorvivre? Aux fureurs des combats faut-il que je me livre? Faut-il... Quel souvenir réveille mon chagrin! Près des Alpes, cruelle! aux bords glacés du Rhin, Loin du plus tendre amant, et loin de ta patrie, Des fougueux aquilons tu braves la furie. Respectez Lycoris, durs glaçons, noirs frimas; N'empêchez point les fleurs d'éclore sous ses pas;

Et vous, Zephyrs, Amours, suivez-la sur ces rives,
Des chaînes de l'hiver tirez leurs eaux captives;
Que la riante Flore établisse sa cour
Partout où Lycoris fixera son séjour.

Pour moi, traînant partout ma triste léthargie,
Je consacre ma flûte aux sons de l'élégie.
Que ne puis-je me fuir? Dans les antres des ours
Allons ensevelir et ma flamme et mes jours :
Là, cachant (puisqu'enfin l'ingrale m'est ravie )
Le reste infructueux d'une mourante vie,
Mon cæur de son tourment fera son seul emploi;
Je chercherai des bois aussi tristes que moi :
J'aimerai votre horreur, solitaires vallées
Que jamais nul troupeau, nul berger n'a foulées;
Mes larmes grossiront vos torrents fugitifs;
J'apprendrai des soupirs à vos échos plaintifs;
Sur vos jeunes cyprès du fer de ma houlette
J'écrirai les amours que ma muse regrette;
Chaque jour vous croîtrez, infortunés cyprès,
Et vous, traits douloureux gravés par mes regrets :
Mes disgraces vivront sur les arbres tracées;
Elles vivront bien plus dans mes sombres pensées.
Mais que veux-je! pourquoi changer mes jours en

nuits? Fuyons la solitude, empire des ennuis;

Sans craindre les rigueurs d'Éole et des Hyades,
Snivons plutôt Diane et les vives Dryades;
Allons livrer la guerre aux hôtes des forêts;
Le chevreuil égaré tombera sous mes traits :
J'y cours... J'erre déjà dans des routes sauvages;
Un cerf part, il s'élance à travers les feuillages...
J'entends les sons du cor joints aux voix deschasseurs,
Et des chiens animés les rapides clameurs :
Viens, suis-moi, Lycoris... Ah ciel! que dis-je encore?
Quel nom m'échappe? Amour, en vain donc je t’ab-
a horre!
Dieu cruel! n'est-il plus d'asile sous les cieux
Qui dérobe mon cour à tes traits rigoureux ?
Partout je te retrouve, aux antres des montagnes,
Sous les drapeaux de Mars,dans la paix des campagnes.
Fuyez ; portez ailleurs vos charmes superflus,
Bergers,chasseurs,guerriers,vous nemecharmez plus;
J'essuirais vos travaux et vos courses pénibles
Sans ramener mon cœur à des jours plus paisibles;
En vain je voguerais sur l'Hèbre impérieux,
Ses flots lents et glacés n'éteindraient point mes feux;
Quand, pasteur d'un troupeau de l'ardente Libye,
Dans, ses sables brûlants j'irais cacher ma vie,
Après mille dangers et mille maux soufferts,
Mon coeur encor captif gémirait dans ses fers.

Amour tient tous les cours sous une même chaîne; Aimons donc, rendons-nous à sa loi souveraine.

Bornons ici nos airs; Muses, sortons des bois : Je vous rends pour toujours le champêtre hautbois. A l'aimable Gallus, Nymphes, allez redire Ce qu’une amitié tendre en sa faveur m'inspire : Volez, portez aussi mes vers à Lycoris ; Ils plairont à Gallus, si d'elle ils sont chéris; Que par eux cet amant console sa tristesse; Qu'il en pèse le prix au poids de ma tendresse : Elle vit en mon cour, elle y croît en tout temps; Tel un tilleul fleuri croît à chaque printemps.

Retournons au bercail, c'est trop chanterà l'ombre: Partez, moutons; déjà la campagne est plus sombre; Les Heures chez Thétis ont conduit le Soleil, Et la Nuit fend les airs sur l'aile du Sommeil.

NOTES

Le poète , sous des images pastorales, déplore l'opiniâtre passion de Gallus pour Cythéris , actrice fameuse du théâtre romain , qui avait beaucoup d'esprit

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