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La modération, les équitables lois,

La bienfaisance magnanime
D'un roi l'amour du monde, et l'exemple des rois.

Comment ce peuple fier, jaloux du nom de sage,
Rival de tout génie, ardent admirateur

De tout ce qui porte l'image
De l'élévation et du sublime honneur,
A-t-il pu méconnaître ou redouter l'ouvrage

De la véritable grandeur?
Pour quelle fausse gloire évitant la lumière,
A-t-il manqué l'éclat de ces moments si chers
Où l'ange de la paix , lui montrant la carrière,
L'appelait à l'honneur de calmer l'univers?

En rendant publics les actes de cette négociation, monseigneur, vous laissez à tout le monde la liberté d'être politique pour le moment, ou du moins de se le croire. Pour moi, qui jusqu'ici ne m'étais jamais mêlé de l’être, ni bon ni mauvais, souffrez que j'use de cette permission générale, et que je le sois pour un instant sans conséquence. Il me paraît, monseigneur, que l'oubli d'un mot très-essentiel a empèché le succès des conférences ; tout aurait été concilié si les Anglais s'étaient rappelé un seul in

stant le nom de FontexOI. Il est assez singulier que la nation britannique soit la seule nation de l'univers qui ait perdu le souvenir de ce lieu à jamais célèbre, quoique le roi ait daigné en personne lui en faire les honneurs. Mais, monseigneur, soit près de là encore, soit ailleurs, votre heureux et brillant ministère fera sûrement vouloir la paix, si des voies de conciliation ne peuvent déterminer plus tranquillement les ennemis. Quelque parti qu'ils prennent, vous êtes bien sûr de l'applaudissement et de la reconnaissance de l'Europe. Je ne vois que deux espèces de gens dont les remerciements seront médiocres, vu que le rétablissement du bonheur général est toujours pour eux un malheur particulier.

Les ennemis obscurs des sublimes talents,
Tous les censeurs chagrins des actions célèbres,

(Ces chenilles de tous les temps)
Que la splendeur d'autrui blesse dans les ténèbres,
Répandront leur venin près du plus pur encens,
Et feront leur bonheur de rester mécontents.

Tous les nouvellistes des villes,
Ces oracles bourgeois, politiques du coin,

Qui, toujours féconds et stériles, Font leurs menus plaisirs des maux qu'on souffre au

loin; Gens pour qui la gazette est du premier besoin,

Comme l'air et la nourriture; • Satisfaits, enchantés quand ils ont pour pâture Une bonne bataille avec ses agréments,

Une bonne liste bien sûre

De morts, de blessés, de mourants,
Et le touchant plaisir des doubles suppléments :
Tous ces vaillants causeurs, aujourd'hui sans courage,
Même en applaudissant sont de mauvaise humeur
A l'aspect de ce plan d'une paix sans ombrage,

Qui les prive de la douceur
D'espérer un nouvel orage.
Mais, pour nous autres bonnes gens,
Nous autres habitants des champs,
Nous bénissons l'heureux génie
Qui, sensible aux maux des humains,
Pour leur aplanir les chemins
Du bonheur et de l'harmonie,
Leur tend de secourables mains,

Et qui, par l'exemple sublime
Du mépris des détours, des haines, des soupçons,
Doit inspirer partout cet esprit unanime

Et de confiance et d'estime,
Le premier noeud des nations.

Voilà, monseigneur, une faible image des sentiments qu'inspire la lecture du Mémoire historique. Si la renominée de la grandeur d'ame et de l'auguste sensibilité du roi pouvait recevoir quelque accroissement dans l'univers, cet exposé lumineux y ajouterait. L'histoire, en transcrivant ce titre immortel, reproduira dans tous les âges la vénération tendre qu'il nous imprime; et la gloire d'un monument si cher sera bien supérieure à la triste célébrité de ces systèmes de discorde , de conquêtes et de calamités, que l'ambition a quelquefois écrits près du trône.

Ces romans du pouvoir, ces projets chimériques,
Du calme des états cet esprit ennemi,
Présentent vainement des rêves despotiques

Sous des noms vainqueurs de l'oubli;
Tous les testaments politiques

(Soit fabriqués, soit authentiques)
De Richelieu, Louvois, Alberoni,

N'auront jamais sur la nature
Ces droits de la raison, cet empire établi,
Ces droits de la vertu, cette autorité pure,

216 LETTRE AU DUC DE CHOISEUL.

Qui consacrent le nom chéri,
Le ton intéressant, la marche noble et sûre,

Et la loyauté de Sulli.

Je suis avec un profond respect,

Monseigneur,

Votre très-humble et trèsobéissant serviteur,

GRESSET.

Nov. 1761.

vouwwwwwwww

REQUÊTE AU ROI.

Gresset demande pour un ami la survivance d'une

lieutenance de roi.

Dans un ennuyeux verbiage

Articulant tout, et nommant Parme, Prague, Dettingue, et le canon flamand,

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