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L'accompagneront à la file;
Que tous les vieux fusils ce jour-là sortiront

De leur rouille et de leur poussière,

Et, s'ils le peuvent, tireront
Pour annoncer au loin sa marche funéraire;
Que son large écusson, sa croix , son cimeterre,

Le catafalque honoreront;
Et qu'enfin au sein de la terre
Ses reliques ne descendront
Qu'avec les honneurs de la guerre.

LETTRE

D'UN HOMME RETIRÉ DU MONDE,

A UN DE SES AMIS 1.

Je vois régner sur ce rivage
L'innocence et la liberté.

1 Cette pièce a été souvent imprimée dans des journaux et dans plusieurs recueils, où elle est attribuée par les uns au marquis de Saint-Aulaire , et par d'autres à J.-B. Rousseau ; les neveux de Gresset ont assuré qu'elle était de leur oncle.

Que d'objets dans ce paysage, Malgré leur contrariété, M'étonnent par leur assemblage! Abondante frugalité, Autorité sans esclavage, Richesses sans libertinage, Charges, noblesse sans fierté. Mon choix est fait; ce voisinage Détermine ma volonté: Bienfaisance, divinité, Ajoutez-y votre suffrage. Disciple de l'adversité, Je viens faire dans ce village Le volontaire apprentissage D'une tardive obscurité. Aussi-bien de mon plus bel âge J'aperçois l'instabilité;, J'ai déjà, de compte arrêté, Quarante fois vu le feuillage Par le zephyr ressuscité; Du printemps j'ai mal profité, J'en ai regret; et de l'été Je veux faire un meilleur usage. J'apporte dans mon ermitage Un coeur dès long-temps rebuté

Du prompt et funeste esclavage, Fruit de la folle vanité. Paysan sans rusticité, Ermite sans patelinage, Mon but est la tranquillité. Je veux, pour unique partage, La paix d'un cæur qui se dégage Des filets de la volupté. L'incorruptible probité, De mes aïeux noble héritage, A la cour ne m'a point quitté; Libre et franc sans être sauvage, Du courtisan fourbe et volage L'exemple ne m'a point gâté. L’infatigable activité, Reste d'un utile naufrage, Mes études, mon jardinage, Un repas sans art apprêté, D'une épouse économe et sage La belle humeur, le bon ménage, Vont faire ma félicité. C'est dans ce port qu'en sûreté, Ma barque ne craint pas l'orage. Qu'un autre, à son tour emporté Au gré de sa cupidité,

Sur le sein de l'humide plage,
Des vents ose affronter la rage;
Je ris de sa témérité,
Et lui souhaite un bon voyage.
Je réserve ma fermeté
Pour un plus important passage,
Et je m'approche avec courage
Des portes de l'éternité.
Je sais que la mortalité
Du genre humain est l'apanage :
Pourquoi seul serais-je excepté?
La vie est un pélerinage;
De son cours la rapidité, -
Loin de m’alarmer, me soulage.
De sa fin, quand je l'envisage,
L'infaillible nécessité
Ne me saurait faire d'outrage.
Brûlez de l'or empaqueté,
Il n'en périt que l'emballage;
C'est tout: un si léger dommage
Devrait-il être regretté ?

FIN DES POÉSIES,

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