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D'un caur né droit, noble et sensible, Rien n'enflamme tant le courroux Que l'ingratitude inflexible D'un traître qui se doit à nous. Sous vingt poignards ( fin trop fatale!) Le triomphateur de Pharsale Voit ses jours vainqueurs abattus; Mais de tant de coups le plus rude Fut celui que l'ingratitude Porta par la main de Brutus.

Mortels ingrats, ames sordides,
Que mes sons puissent vous fléchir!
Ou, si de vos retours perfides
L'homme ne peut vous affranchir,
Que les animaux soient vos maîtres !
O honte! ces stupides êtres
Savent-ils mieux l'art d'être humain?
Oui. Que Sénèque I vous apprenne
Ce qu'il admira dans l'arène
De l'amphithéâtre romain.

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Contre un esclave condamné;
Mais à l'aspect de sa victime
Il recule, il tombe étonné;
Sa cruauté se change en joie:
On lance sur la même proie
D'autres lions plus en courroux; }
Le premier, d'un caur indomptable,
Se range au parti du coupable,
Et seul le défend contre tous. :

Autrefois du rivage more
Cet esclave avait fui les fers;
Trouvant ce lion jeune encore
Abandonné dans les déserts,
Il avait nourri sa jeunesse:
L'animal, ému de tendresse,
Reconnaît son cher bienfaiteur;
Un instinct de reconnaissance
Arme, couronne sa défense;
Il sauve son libérateur.

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ODE VIII.

-- AU ROI STANISLAS.

Frivole ivresse, vain délire,
Remplirez-vous toujours nos chants?
Sans vos écarts, l'aimable lyre
N'a-t-elle point d'accords touchants?
Fuyez; mais vous, guidez mes traces,
Sæurs des Amours, naïves Graces;
Que le goût marche sur vos pas.
N'approuvez point ces sons stériles,
Ni ces fougues trop puériles
Que la raison n'approuve pas.

Près d'un héros chantez sans craindre;
Mêlez des fleurs à ses lauriers :
Je ne vous donne point à peindre
Sa grande ame, ses faits guerriers;

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Mars effraîrait vos voix timides;
Laissez ces vertus intrépides
Aux accents du dieu de Claros :
Chantez sur des tons plus paisibles
Ces vertus douces et sensibles
Qui nous font aimer les héros.

Tracez l'aimable caractère
D’un prince formé de vos mains:
Stanislas... Ce nom doit vous plaire;
Rappelez ses premiers destins :
Je vous vois, brillantes déesses,
Combler son cæur de vos largesses ;
Il saura gagner tous les cours.
De sa jeunesse fortunée
Vous avez fait la destinée;
Vous lui devez d'autres faveurs.

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Allez, recueillez les suffrages,
Soumettez-lui les fiers courages
Des plus nobles peuples du nord.

Mais déjà l'allégresse éclate;
Il paraît, il est couronné;
Il charme l'austère Sarmate
Au pied du trône prosterné:
Pour munir d'un brillant auspice
Ce choix dicté par la justice,
La Victoire y mêle la voix
D'un jeune arbitre des couronnes ,
Moins jaloux d'occuper des trônes,
Qu'orgueilleux de faire des rois.

Sur ces deux princes magnanimes
Tout l'univers porte les yeux ;
Unis par leurs exploits sublimes,
Un temps les voit victorieux...
Mais quelle soudaine disgrace!
Charles tombe, son nom s'efface,
Son pouvoir est évanoui.
O conquêtes, o sort fragile!

1 Charles XII.

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