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Fuit au travers des bois naissants...
Viens donc, parais, heureux Virgile;
De vingt siècles reçois l'encens :
Chez les nymphes de ce rivage,
Berger français , gagne un suffrage
Qui manque encore à tes accents.

Sous quelque langue qu'elle chante,
Ta muse aura ton air charmant:
Telle qu'une beauté touchante
Qui plaît sous tout habillement;
Tout lui sied bien, rien ne l'efface;
Pour elle une nouvelle grace
Naît d'un nouvel ajustement.

Viens sur les Tyrcis de Mantoue
Réformer ceux de ce séjour;
Rends-nous ce goût qu'Euterpe avoue:
Guidé par toi, l'enfant Amour
Ne viendra plus dans nos montagnes
Parler aux nymphes des campagnes
Comme il parle aux nymphes de cour.

Affranchis l'églogue captive,
Tire-la des chaînes de l'art;

Qu'elle soit tendre, mais naïve,
Belle sans soin, vive sans fard;
Que dans des routes naturelles
Elle cueille des fleurs nouvelles,
Sans les chercher trop à l'écart.

En industrieuse bergère
Qu'elle dépeigne les forêts,
Mais sur une toile légère,
Sans des coloris indiscrets;
Et que jamais le trop d'étude
N'y contraigne aucune attitude,
Ni ne charge trop les portraits.

La nature sur chaque image
Doit guider les traits du pinceau;
Tout doit y peindre un paysage,
Des jeux, des fêtes sous l'ormeau:
L'oeil est choqué s'il voit reluire
Les palais, l'or et le porphyre,
Où l'on ne doit voir qu'un hameau.

Il veut des grottes, des fontaines, Des pampres , des sillons dorés, Des prés fleuris, de vertes plaines,

Des bois, des lointains azurés ;
Sur ce mélange de spectacles
Ses regards volent sans obstacles,
Agréablement égarés.

Là , dans leur course fugitive,
Des ruisseaux lui semblent plus beaux
Que ces ondes que l'art captive
Dans un dédale de canaux,
Et qu'avec faste et violence
Une sirène au ciel élance,
Et fait retomber en berceaux.

Sur cette scène tout inculte,
Mais par là plus charmante aux yeux,
On aime à voir, loin du tumulte,
Un peuple de bergers heureux;
Le coeur, sur l'aile de l'Idylle,
Porté loin du bruit de la ville,
Vient être berger avec eux.

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Là, rapproché de la nature,
Il voit briller la vertu pure
Sous l'habit de la volupté.

Qui, la Vertu vit solitaire
Chez les bergers ses favoris;
Fuyant le faste et l'art austère,
Elle y badine avec les Rise
Farouche vertu du portique,
De ton mérite sophistique
Pourrions-nous être encore épris ?

Aux vrais biens, par un doux mensonge,
L'églogue rend ainsi les caurs :
La raison sait que c'est un songe,
Mais elle en saisit les douceurs;
Elle a besoin de ces fantômes :.
Presque tous les plaisirs des hommes
Ne sont que de douces erreurs.

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