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LE Rhône, dont les flots s'épandent dans ces plaines, Sort des flancs tortueux de ces roches lointaines, Le Rhône altier m'appelle, et je porte mes pas Jusqu'à ces monts blanchis par d'éternels frimats, Où semblent s'élever les barrières du monde. Le Fleuve, Dieu de ces climats, Guide dans ses détours ma course vagabonde ; Je l'aperçois enfin sur un roc appuyé ; A ses pieds l'eau bouillone et gronde, Et dans le lit étroit qui resserre son onde, De son obscure source il semble humilié. Mais il croît en roulant ; la cascade rapide, Qui jaillit en argent fluide. Forme mille torrens, qui, d'écueil en écueil, De son cours aggrandi viennent enfler l'orgueil. Alors avec fracas il traîne des ruines, Il emporte les bois minés dans leurs racines ; Et, soulevant ses flots où d'énormes glaçons Tombent en bondissant de la cime des monts, Il recourbe, il déchire, il creuse son rivage. - Au loin le bruit de son passage. Fait trembler les rochers, fait mugir les vallons ; De son vaste courroux il couvre les campagnes, Et va précipiter dans le sein de Thétis, Ces débris orageux en courant engloutis, Et les dépouilles des montagnes.

La Harpe. Epître au comte de Schonvalon, &c.

La Campagne au lever du Soleil.

LE crépuscule, ami de la saison nouvelle,
Semble créer aux yeux les beautés qu'il révèle :
L'aube au front argenté fait naître lentement
Du réveil matinal l'incertain mouvement ;
Dans l'air qui s'éclaircit, l'alouette légère,
De l'aurore au printemps active messagère,
Du milieu des sillons monte, chante, et sa voix
A donné le signal au peuple ailé des bois.
Sous des rameaux en fleurs le rossignol tranquille,

Leur permet le plaisir d'une gloire facile ;
Il sait que ses accens doivent rendre à leur tour
Les échos de la nuit plus doux que ceux du jour.
Souverain bienfaisant de la céleste voûte,
Et des heures en cercle entouré sur sa route,
Le soleil a conduit son char étincelant
Du signe du Bélier vers le Taureau brillant.
L'Orient va s'ouvrir ; de la sève animée
S'élève vers le Dieu l'offrande parfumée.
Le feu de ses rayons n'entr'ouvre point encor
Les nuages voisins qu'il change en vagues d'or ;
Mais son front se dévoile, et soudain la lumière
Perce, vole et s'étend sur la nature entière.
Elle frappe, elle éclaire et rougit les coteaux,
Dont la pente blanchit sous de nombreux troupeaux.
Dans ces châteaux lointains fermés à sa puissance,
Des palais du sommeil respectant le silence,
Elle va sous le chaume, où le vieux laboureur
De ce nouveau printemps implore la faveur ; -
Plus loin, elle produit dans la forêt moins sombre,
Le mobile combat et du jour et de l'ombre.
De l'œil à cet éclat semble se rapprocher
La cascade bleuâtre et l'humide rocher ;
Et, d'un brouillard qui fuit la montagne entourée,
Reparaît sous l'azur dont elle est colorée,
La rivière, à l'aspect du globe lumineux,
Sans abri, solitaire, en reçoit tous les feux :
Elle étincelle au loin, et son onde plus belle
Semble s'enorgueillir de sa beauté nouvelle.
Les rayons, divisés en mobiles réseaux,
Roulent en nappes d'or sur l'argent de ses eaux ;
Son éclat vacillant se prolonge, et ma vue
Suit des flots radieux l'incertaine étendue,
Jusqu'aux lieux où le bois, par d'obliques retours,
Ombrage, rembrunit, me dérobe leur cours,
Et ferme à mes regards cette scène champêtre
Où, comme aux champs d'Eden, l'homme semble renaître
Et seul sait contempler dans le recueillement,
Ce passage si doux du calme au mouvement,
Cette aimable union, ce céleste hyménée,
De l'aurore du jour, du matin de l'année.

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Le Paysage.

QUE d'objets rassemblés dans ce frais paysage !

- - - Le fleuve en son heureux passage, Réfléchit de ses bords la fertile beauté, Et baigne de ses eaux lentement fugitives,

Tous ces monts de verdure élevés sur ses rives.
Que ce ciel est serein ! quel calme dans les champs !
Que ces sites sont doux ! que ces lieux sont touchans !
O puissante nature ! ô grande enchanteresse ! . . . . .
Tout ce que j'aperçois, m'attache m'intéresse :
L'arbre de ces vergers, dont les rameaux féconds
Courbent leurs fruits pendans sur l'ombre des gazons,
Et le saule incliné sur la rive penchante, -^
Balançant mollement sa tête blanchissante ; -
Le pavot effeuillé par le souffle des vents,
Et ce pâle rideau de peupliers mouvans ;
Ces sentiers, ces détours qu'ombrage la charmille ;
Dans ce nid suspendu cette jeune famille.
Assis auprès de ce ruisseau
Qui tombe d'une grotte et fuit dans la prairie,
Je sens naître dans moi la vague rêverie
Qui suit les erreurs de son eau.
Le Soleil, plus brillant au bout de sa carrière,
Des couleurs de l'lris, nuance sa lumière ;
Il embrase les cieux ; et son disque incliné,
Descend sur l'horizon, de flamme environné.
J'entends les sons aigus de l'instrument rustique,
Rappelant les troupeaux à cette ferme antique.
Au pâtre fatigué la nuit permet enfin
De suspendre un travail qu'il reprendra demain.
Au signal du repos, le laboureur ramène
Le bœuf laborieux, compagnon de sa peine :
Ils foulent à pas lents la mousse des vallons,
Et le soc retourné traîne dans les sillons.

La Harpe. Epître au Comte de Schonvalonv, etc,

Fin d'une belle Journée de Printemps.

MAIS, tandis qu'à regret je quitte ces demeures,
Entraînant dans son cours le char léger des Heures,
L'astre brûlant du jour s'incline vers les monts,
Et Zéphyre, endormi dans le creux des vallons,
S'éveille, et, parcourant, la campagne embrasée,
Verse sur le gazon la féconde rosée :
Un vent frais fait rider la surface des eaux,
Et courbe, en se jouant, la tête des roseaux.
Déjà l'ombre s'étend ; ô frais et doux bocages !
Laissez-moi m'arrêter sous vos jeunes ombrages,
Et que j'entende encor, pour la dernière fois,
Le bruit de la cascade et les doux chants des bois.
De la cime des monts tout prêt à disparaître,
Le jour sourit encor aux fieurs qu'il a fait naître

Le fleuve poursuivant son cours majestueux,
Réfléchit par degré sur ses flots écumeux
Le vert sombre et foncé des forêts du rivage.
Un reste de clarté perce encor le feuillage ;
Su e $ toits élevés, d'un ciel tranquille et pur
L'ardoise fait au loin étinceler I'azur ;
Et la vitre embrasée, à la vue éblouie,
Offre à travers ces bois l'aspect d'un incendie.

J'entends dans ces bosquets le chantre du printemps ;
L'éclat touchant du soir semble animer ses chants,
Ses accens sont plus doux, et sa voix est plus tendre ;
Et, tandis que les bois se plaisent à l'entendre,
Au buisson épineux, au tronc des vieux ormeaux,
La muette Arachné suspend ses longs réseaux ;
L'insecte que les vents ont jeté sur la rive,
Poursuit, en bourdonnant, sa course fugitive :
Il va de feuille en feuille, et pressé de jouir,
Aux derniers feux du jour, vient briller et mourir.
La caille, comme moi, sur ces bords étrangère,
Fait retentir les champs de sa voix printanière.
Sorti de son terrier, le lapin imprudent
Vient tomber sous les coups du chasseur qui l'attend
Et par l'ombre du soir la perdrix rassurée
Redemande aux échos sa compagne égarée.

Quand la fraicheur des nuits descend sur les côteaux,
Le peuple des cités court oublier ses maux
Dans ces brillans jardins, sous ces vastes portiques
Qu'embellissent des arts les prestiges magiques.
Là, cent flambeaux, vainqueurs des ombres de la nuit,
Renouvellent aux yeux l'éclat du jour qui fuit ;
Là, le salpêtre éclate, et la flamme élancée,
En sillons rayonnans dans les airs dispersée,
Remplit tout l'horizon, s'élève jusqu'aux cieux,
Tonne, brille et retombe en globes lumineux ;
Tantôt elle s'élève en riches colonnades,
Tantôt elle jaillit en brillantes cascades ;
Et tantôt c'est un fleuve, un torrent orageux
Qui roule avec fracas son cristal sulfureux.

Mais à ce luxe vain, ô combien je préfère
Cette pompe du soir dont brille l'hémisphère,
Ces nuages légêrs l'un sur l'autre entassés.
Et sur l'aile des vents mollement balancés !
L'imagination leur prête mille formes :
Tantôt c'est un géant, qui de ses bras énormes
Couvre le vaste Olympe, et tantôt c'est un Dieu
Qui traverse l'Ether sur un trône de feu.
Là, ce sont des forêts dans le ciel suspendues,
Des palais rayonnans sous des voûtes de nues ;
Plus loin, mille guerriers se heurtant dans les airs
De leurs glaives d'azur font jaillir les éclairs.

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Que j'aime de Morven le barde solitaire !
Quand le brouillard du soir descend sur la bruyère,/
Assis sur la colline où dorment ses aïeux,
Il chante des Héros les mânes belliqueux.
Dans l'humide vapeur, sur ces bois étendue,
L'ombre du vieux Fingal vient s'offrir à sa vue ;
Le vent du soir gémit sous ces saules pleureurs :
C'est la voix d'Ithona qui demande des pleurs.

Ces antiques forêts, leurs mobiles ombrages,
L'aspect changeant des lacs, des monts et des nuages,
Rappellent à son cœur tout ce qu'il a chéri.

Oh ! qui pourra jamais voir sans être attendri ]
L'éclat demi-voilé de l'horizon plus sombre,
Ce mélange confus du soleil et de l'ombre,
Ces combats indécis de la nuit et du jour,
Ces feux mourans épars sur les monts d'alentour,
Ce brillant occident oû le soleil étale
Sa chevelure d'or et sa robe d'opale,
Ce ciel qui par degré se peint d'un gris obscur,
Et le jour qui s'éteint sous un voile d'azur !

Michaud. Le Printemps d'un Proscrit, ch. III.

Les Vues propres au Verger.

DAIGNEZ aux habitans de la ferme voisine
Accorder un chemin à l'abri des chaleurs
Que les jeunes enfans croissent parmi vos fleurs !
Près de vous, loin de vous, l'œil charmé se promène :
Contemplez ces lointains, ces côteaux, cette plaine.
Quand Avril reparait, quand le jour renaissant
Se glisse à travers l'ombre, et l'efface en croissant,
La féconde génisse abandonne l'étable,
Mugit, et du hamean nourrice inépuisable,
Broutant jusqu'à la nuit un gazou ranimé,
Grossit le doux trésor de son lait parfumé.
L'œil la suit dans ces bois, dans ce noir labyrinthe,
Où de ses pieds pesans s'approfondit l'empreinte.
Là sont des laboureurs, et dans le gras vallon,
Penchés sur leur charrue, ils ouvrent un sillon.
Tandis que les brebis, qui paisseut confondues,
Vous présentent de loin. aux rochers suspendues,
D'un nuage argenté l'immobile blancheur,
A vos pieds se promène un robuste faucheur :
L'herbe tombe et s'entasse en monceaux divisée ;
Souvent frémit la faulx sur la pierre aiguisée.
Peindrai-je dans les champs les moisonneurs épars,
Les gerbes, à grands cris, s'élevant sur les chars,
Et les folâtres jeux que la vendange amène ?

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