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fans aller plus loin, ce feul mérite étoit fuffifant pour en rendre la lecture curieufe; mais comme il eft rare qu'on s'arrête au point également éloigné des extrémités, on a outré l'admiration comme le blâme, & cet excès a encore plus excité le défir de voir les ouvrages de ce poète, joint à ce que fes admirateurs ainsi que les cenfeurs en appeloient toujours au jugement du public. Pour cela, il étoit néceffaire de le mettre en état de pouvoir juger. Tout le monde n'entend pas le grec; il eft vrai que les poèmes d'Homère avoient été traduits, mais comment?

Il falloit une traduction exacte, accompagnée d'observations favantes qui éclaircif fent les difficultés & conduififfent les lecteurs. On en doit une femblable à Mme Dacier.

L'Iliade parut en 1711 & l'Odyssée a été achevée en 1716. Ce font des ouvrages parfaits en leur genre, foit pour la fidélité de l'interprétation, foit pour l'élégance du style, foit pour l'érudition des remarques; en forte que s'il arrivoit dans la révolution des tems que les anciens perdiffent leurs causes, à tous égards ces deux traductions feroient peut-être capables de redonner au poète grec fa réputation.

Mme Dacier ne s'en eft pas même tenue là elle a fait un traité exprès pour la défenfe d'Homère à l'occafion d'un ouvrage

où il étoit attaqué (1), & y a mis le mérite de ce poète dans tout fon jour d'une manière tellement folide qu'on doute s'il eft dû de plus grandes louanges à cette docte femme pour avoir eu le courage de tenter une entreprise auffi difficile que celle de traduire l'Iliade & l'Odyssée, & la capacité de l'exécuter, que pour avoir fu exposer fi habilement les beautés de ces deux poèmes (2).

Elle n'étoit plus occupée qu'à publier la traduction du dernier quand un critique digne d'elle s'eft encore élevé. Le P. Hardouin, qui a la réputation d'un des plus favans hommes de l'Europe, ayant imaginé un système pour rendre raifon des dieux d'Homère (3), trouvoit à redire que Mme Dacier n'eût pas penfé comme lui. Elle a répondu vivement à la critique de cet ingénieux

(1) Des Caufes de la corruption du goût, Paris, 1714, ou Amfterdam, 1715, in-12. C'est une réplique à la traduction de l'Iliade de La Motte-Houdart. Celui-ci ripofta à son tour par fes Reflexions fur la critique, Paris, 1715, in-12.

(2) Le plus délicat éloge de Mme Dacier eft affurément celui qu'en fit la présidente Ferrand (Anne Bellinzani), dans une lettre adreffée à l'abbé Raynal, alors rédacteur du Mercure de France (avril 1751, p. 84). Elle a été réimprimée par M. le baron Pichon dans la Vie du comte d'Hoym (tome I, p. 220-228).

(3) Apologie d'Homère où l'on explique le véritable dessein de fon Iliade & fa theomythologie (avec des notes de Jean Boivin). Paris, Rigaud, 1716, in-12.

jéfuite (1), a détruit fon fentiment & lui a même prouvé qu'il ne fuffit pas de favoir la langue d'un poète pour l'entendre. Après cela, Mme Dacier n'a plus à craindre que fa propre gloire. Tant de mérite dans une favante de nos jours ne pouvoit-il pas tourner à l'avantage des modernes?

Au refte, l'apologie d'Homère du P. Hardouin ne laiffe pas d'être, pour le fond, d'un grand poids à l'égard de la fupériorité de ce fameux poète, & de la poffibilité tant conteftée du bouclier d'Achille. Celle-ci y eft prouvée à peu près de la même manière que dans une autre apologie où un deffin gravé, de la compofition d'un habile peintre de l'Académie, représente exactement la magnifique defcription qu'Homère a faite de ce bouclier (2) ce qui peut être regardé dans ce genre d'érudition comme une découverte.

ARTICLE XIX.

Comme Virgile tient chez les Latins la même place qu'Homère chez les Grecs, une

(1) Homère défendu contre l'apologie du R. P. Hardouin, Paris, 1715, ou Amfterdam, 1717, in-12.

(2) Jean Boivin, Apologie d'Homère & Bouclier d'Achille, Paris, Jouenne, 1715, in-12. Le bouclier d'Achille, tel qu'il eft décrit dans le chant xvin de l'Iliade 999 eft deffiné par N. Wleughels & gravé par C. Cochin.

traduction entière & fidèle de cet excellent poète n'étoit pas moins néceffaire. Le P. Catrou, jéfuite, a fait au public ce précieux préfent (1). Sa traduction, commencée en 1707 & achevée en 1716, eft accompagnée de notes critiques & hiftoriques & de differtations remplies de recherches favantes & de découvertes dues à des fyftèmes finguliers ce qui compofe un commentaire nouveau d'une érudition rare, qui rend Virgile intelligible partout, & où il y a à apprendre pour ceux même qui ont le plus étudié cet admirable poète & qui le favent le mieux.

ARTICLE XX.

M. Defplaces (2) a donné des éphémé

(1) Traduction des auvres de Virgile en profe poétique, avec des notes hiftoriques & critiques, Paris, Barbou, 1716, 6 vol. in-12. La même fous le titre de Poefies de Virgile, nouvelle édition revue & augmentée, Paris, Barbou frères, 1729, 4 vol. in-12. Elle a encore été réimprimée, après revifion, par Barrett en 1787, 2 vol. in-12, chez les defcendans des mêmes éditeurs.

(2) Philippe Defplaces, né le 3 juin 1659 à Paris, où il eft mort en avril 1736, a publié des Éphémérides des mouvemens célestes de 1715 jusqu'en 1725, Paris, 1716, in-16. Il en a donné d'autres pour 1725-1734 & pour 1735-1744. On lui doit également un État du ciel de 1720 à 1735. Defplaces n'a point d'article dans la France littéraire de Quérard.

rides pour dix années, ouvrage favant, & d'un grand calcul aftronomique; l'impreffion en eft parfaite & paffe pour un chef-d'œuvre. Il feroit heureux que l'honneur qu'elle fait à M. Colombat excitât une forte d'émulation qui bannît la négligence que les étrangers reprochent depuis un tems à une profeffion fi fameuse à Paris. Un intérêt égal doit le faire fouhaiter au public & aux auteurs.

ARTICLE XXI.

L'Académie royale de peinture & de fculpture perdit au mois de décembre M. de La Foffe, ancien directeur (1). Il étoit fils d'un orfèvre de Paris. M. Chauveau (2) & M. Lebrun furent fes maîtres pour le deffin. S'étant mis à peindre, il travailla quelque tems fous ce dernier aux plafonds de la belle maifon de M. Lambert, dans l'île de Saint-Louis (3),

(1) Charles de La Foffe, né à Paris le 15 juin 1636, mort le 13 décembre 1716, fils d'Antoine de La Foffe, orfèvre, étoit le feptième enfant d'une mère qui en eut onze; l'un de fes frères, Antoine, exerça la profeffion paternelle.

(2) François Chauveau, né à Paris le 10 mai 1613, mort le 3 février 1676 & enterré à Saint-Côme. Voyez fa Vie, par J.-M. Papillon, réimprimée & annotée par MM. Th. Arnauldet, Paul Chéron & A. de Montaiglon. Paris, Jannet, Dumoulin & Rapilly, 1854, in-8°.

(3) Sa collaboration n'est pas mentionnée dans la préface

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