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après la défaite de Schah-Armen qu'il faut placer l'ambassade que Djemal eddin', visir de Moussoul, envoya en Géorgie, et dont parle Abou'lfaradj. (25) Voici, selon Tchamtchéan ( Histoire d'Arménie, tom. III , pag. 79 et 8o ), la suite des événemens qui amenèrent la guerre entre les Géorgiens et i'atabek Eldigouz. Après la défaite de Schah-Armen, en 1 161, George III retourna dans son royaume, et laissa la défense d'Ani à un certain Satoun, qui en fit relever les murailles, avec le dessein de s'y révolter. George le destitua et mit à sa place l'arménien Sarkis. Satoun , mécontent, alla auprès de l'atabek Eldigouz, et il en résulta une guerre dans laquelle ce dernier eut du dessous. George, peu après, fit périr Satoun par trahison. En l'an 1 162, George s'avança jusqu'à Tovin, qu'il piila, et dont il brûla les mosquées, après y avoir fait soixante mille captifs. Eldigouz prit aussitôt les armes pour tirer vengeance de ces ravages : il prit et brûla la forteresse de AMréan, dont il massacra tous les habitans; traita de même le grand bourg d'Aschnag, et arriva dans la plaine de Gaga, dans la province de Koukarie, où il fut vaincu complétement par les Géorgiens. En 1 163, Eldigouz revint accompagné du sultan des Seldjoukides, pour assiéger Ani, où George soutint un siége de trente jours et rendit ses efforts inutiles. Pendant quatre années, il ne cessa de ravager les frontières de la Géorgie, jusqu'à ce que George prit le parti de céder volontairement Ani, et de faire la paix avec lui. Selon Samuel d'Ani et lbm-alathir, il ne paroîtroit pas que les choses se fussent tout-à-fait passées ainsi ; ils semblent dire, au contraire, que George fut entièrement défait par Eldigouz Selon Samuel ( ms. Arménien , n.° 96, fol. 44 recto ), Eldigouz brûla, en l'an 61 1 de l'ère Arménienne [ 1 162 de J. C. ], le grand bourg d'Aschnag, sls a4 .... Ulzouu4. L'année suivante, le 21 août, George prit Tovin, d'où il emmena soixante mille prisonniers, et où il détruisit toutes les mosquées. Le sultan du Khorasan vint ensuite, continue le même auteur, jusqu'aux portes d'Ani, qu'il assiégea pendant trente jours; il ravagea le pays, battit le roi George, et retourna avec son butin dans son pays. On voit que cet historien ne parle pas de la défaite d'Eldigouz dans la plaine de Gaga. lbn-alathir dit (t. V, p. 189) qu'au mois de schaaban de l'an 557 de l'hégire [juillet et août 1162 de J. C.], ce qui ost d'accord avec Samuel d'Ani, le roi de Géorgie rassembla une armée de trente mille combattans, entra sur le territoire Musulman, placé (Hist. d'Arménie, tom. III, p, 147 et 148) le même événement en l'an 1 177. Cette date nous paroît présenter de grandes difficultés, car, selon l'historien des Orpélians, quand Ivané se révolta, contre Gcorge, il chercha à s'appuyer du secours de l'atabek Eldigouz, qui, comme l'attestent tous les écrivains Arabes (Ibn-alathir, ms. Arabe non coté, tom. V, pag. 257 ; Abou'lféda, Annal. Moslem. tom. IV, p. 2), mourut en l'an 568 de l'hégire [ 1 172 et 1 173 de J. C.]. On pourra voir bientôt, que les Orpélians fugitifs qui se retirèrent dans l'Aderbaïdjan, durent y venir assez long-temps avant la mort d'Eldigouz; ce qui seroit plus d'accord avec le récit des Géorgiens, qui placent la prise de Lorhé et partant la révolte des Orpélians, peu après la guerre d'Ani, en 1 163 ; d'ailleurs, ils placent même la fin du règne de George III en l'an 1 171, aussi avant l'époque de la mort d'Eldigouz. D'autres autorités nous empêchent de nous rendre à ce système. Nous savons qu'avant leur expulsion de la Géorgie, les Orpélians, avoient été maîtres d'Ani; ce qui ne put être après la prise de cette ville en l'an 1 161, puisque alors George la confia à Satoun , puis à Sarkis, et qu'il la céda ensuite aux Musulmans. Il est vrai que l'archevêque de Siounie place en l'an 1 161 la donation que George fit d'Ani aux Orpélians ; mais les faits que nous avons cités sont trop détaillés, pour que nous admettions celui-ci sans autre autorité. Selon Tchamtchéan (Hist. d'Arménie, tom. III, p.147), sans doute d'après Vartan, George III, qui avoit cédé malgré lui la ville d'Ani aux Persans, la prit en l'an 1 174, emmèna prisonnier en Géorgie le prince Amirschah, et la donna à Ivané. Il est bien certain qu'Ani fut prise deux fois par les Géorgiens, après un court intervalle de temps ; car Abou'lfaradj , qui a parlé de sa conquête en l'an 1 161, dit (Chronique Syriaque, p. 274, et vers. Lat. p. 38r ) que le roi de Géorgie la reprit en l'an 1485 de l'ère des Séleucides [ 1 173 et 1 174 de J. C.]. On ne voit pas qu'alors George en ait fait don aux Orpélians. Tchamtchéan ajoute qu'Eldigouz vint pour la reprendre, mais ce prince étoit mort à cette époque. Ne seroitil pas plus probable que George, après avoir, comme nous l'avons vu, soutenu dans cette ville un siége de trente jours, l'auroit cédée à Ivané après la retraite du sultan des Seldjoukides : Alors, quand cette ville, au bout de quatre ans, retomba au pouvoir des Musulmans, elle ne leur auroit pas été cédée par George; mais sa perte auroit été la suite des troubles causés par la révolte des Orpélians. Cette explication feroit disparoître la plus grande partie des difficultés chronologiques que présente ce point d'histoire : mais, nous le répétons, nous n'avons pas des renseignemens suffisans pour nous décider entièrement. Il pourroit bien se faire, d'un autre côté, que l'historien des Orpélians se fût trompé en disant que les fugitifs de cette famille se réfugièrent à la cour de l'atabek Eldigouz, tandis qu'ils se seroient retirés chez son successeur; car il paroît bien constant que George III, que les Géorgiens font mourir en l'an 1 17 I , a pris Ani en 1 174. (27) On verra cependant que deux princes Orpélians, Ivané et Eligoum, échappèrent au massacre de leur famille. (28) L'année 1 177 fut effectivement la vingt-unième du règne de George III, si, comme Tchamtchéan, on le fait commencer en l'an 1156 : mais comme Étienne Orpélian place ce fait en l'an 1 158, il en résulte que cette année seroit seulement la dix-neuvième du règne de George. Selon les Géorgiens, à cette époque il y auroit eu environ six ans que ce prince avoit cessé de régner.

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pays de Karthel, que notre auteur a pris pour le nom particulier d'une famille. (3o) Au lieu de q,phqmp Ulathpunkusug, qui se lit dans l'édition de Madras, et qui signifient Grégoire des Abiradéans ou de la famille Abiradéane, je lis q,phqmp Ulathpunkuru, dont le sens est Grégoire Abiradéan ou Grégoire, fils d'Abirad. La première leçon vient de ce que l'auteur de cette histoire, ou plutôt ses copistes, auront cru que le nom d'Abiradéan étoit un nom de famille. Nous avons fait ce léger changement, parce qu'à l'époque dont il s'agit, il existoit à Ani un personnage puissant nommé Abirad, fils d'un certain Grégoire, fils de Vasag, allié à la famille de Grégoire Magistros, issu du sang des Arsacides. Tchamtchéan dit (Hist. d'Arm. tom. III, pag. 147), d'après Vartan , que cet Abirad, ayant été fait prisonnier dans une guerre contre l'émir de Kars, fut delivré par le roi de Géorgie, dont il devint l'allié par reconnoissance. II avoit un fils, nommé Grégoire, qui, comme l'atteste le même auteur, prit part à la révolte des Orpélians. (31) Je lis dans le texte, U'udhuumpnukuoy, au lieu de UTud'h•nnpnukaos, qui est dans l'édition de Madras, parce que la famille de ce Grégoire, qui est le même que nous avons vu un peu plus haut, nommé Grégoire, fils d'Abirad, étoit alliée à celle du fameux Grégoire Arsacide, qui avoit été décoré par l'empereur de Constantinople du titre de magistros, Ce titre, d'ailleurs, avoit encore été donné à beaucoup d'autres personnes de la même famille. (32) J'ignore où étoit située cette forteresse; le récit de notre historien nous fait penser qu'elle étoit dans le pays de Daschir et dans le voisinage de Lorhé. Nous serions tentés de croire, par son nom, qu'elle avoit été fondée par les Arabes, car, en arabe, ,l-2- hisar signifie forteresse. (33) Le mois de hrodits est le dernier de l'année Arménienne, et celui de méhégi le septième. Selon Éléazar Schamir, le 13 du premier répondoit alors au 5 de septembre, et le 5 du second, au 31 mars du calendrier Romain. Nous ne discuterons pas pour le moment sur l'exactitude de ces rapports, parce que cela nous entraîneroit trop loin ; mais, dans un mémoire particulier, nous traiterons de l'origine de l'ère en usage chez les Arméniens, et de tout ce qui est relatif à leur année vague. (34) Je lis ici usupt, au lieu de uiup7 , qui, en arménien, désigne un lieu marécageux, et qui ne présente aucun sens dans ce passage. (35) Ce vers est ainsi dans l'édition de Madras : Uluz 4u /i7 un-epkuu 44'uug skn-uohu" Juyuu^ ruoh ! Ce qui est une erreur manifeste; d'abord, parce que le rythme régulier de ce morceau est interrompu par ce vers, d'une longueur démesurée, et ensuite, parce qu'il embrouille le sens par une répétition inutile. Il est évident que le copiste aura répété par inadvertance le dernier vers de l'avant-dernier distique. (36) II est fort probable que l'original Géorgien de ces lettres n'étoit point en vers, et que c'est Étienne Orpélian qui a voulu nous donner un échantillon de son talent poétique. (37) L'atabek Schans - eddin Eldikouz étoit un esclave originaire du Kaptchak, amené fort jeune en Perse, où il fut elevé chez Ke· mal-alsamiramy, visir du sultan Seldjoukide Mahmoud, il passa ensuite au service de ce prince, qui mourut en l'an 525 de l'hégire [ 1 13 1 de J. C. ]. Il s'attacha après à son frère, le sultan Masoud, qui, en montant sur le trône, en l'an 527 de l'hégire [ 1 132 et 1 133

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