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en place encore la capitale dans le nord, et l'on sait que, sous cette dynastie, la capitale de la Chine étoit dans la partie N. O. de l'empire. II falloit bien qu'il en fût ainsi, pour que les Sina ou Chinois , dans leurs relations commerciales avec l'Inde, envoyassent leurs marchandises par la Bactriane jusque dans le Guzarate, où devoit être la ville de Barygaza, qui semble être la même que Bharotch des géographes modernes; car si leur territoire ne s'étoit pas étendu dans le continent, fort loin des côtes de la mer des Indes, ils auroient préféré la route de cette mer, qui auroit été pour eux plus courte et plus commode, puisqu'ils en connoissoient fort bien les côtes, et qu'ils Ia parcouroient jusqu'à Ceylan (1).

(1) De Guignes, Hist. des Huns, t. I , 1.ro part., p. 29, 45 et 49. ll existe aussi, dans les auteurs Chinois, des itinéraires faits du temps de la dynastie des Thang, et qui conduisent de la Chine jusqu'à l'embouchure de l'Indus, et de là jusqu'à celle du Tigre. Masoudy, en Parlant des voyages que les marchands musulmans de Sirafet de l'Oman faisoient de son temps jusqu'en Chine, a soin de remarquer qu'il savoit que plus anciennement les Chinois venoient eux-mêmes jusque dans le golfe Persique, à Bahraïn, à Obollah et à Basrah, et qu'il y avoit toujours des vaisseaux qui y alloient et qui en venoient. Ce furent les guerres civiles de la Chine qui interrompirent ce commerce.

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nople, tom. I.", fol. 6o recto. Dans un autre endroit, le même

outeur rapporte que, dans les premiers temps du musulmanisme,

la mer Persique venoit jusqu'à un lieu dépendant des rois de

oirah, nommé Nedjef, et situé sur l'Euphrate. C'étoit là qu'a3

Le moine Cosmas Indopleurtès, qui écrivoit dans le vI ° siècle, | sous le règne de Justinien, nous donne sur la Chine, qu'il appelle Tzinitzas ( c'est le Tchinistan des Persans ), des détails qui nous amènent toujours aux mêmes résultats, et qui nous prouvent que, par suite de la grande extension du territoire Chinois dans l'intérieur de l'Asie, la route qui y conduisoit par terre étoit bien plus courte que celle de mer; tandis que ce seroit tout le contraire, s'il falloit chercher les Sinœ dans l'Inde au-delà du Gange seulement. Les passages de Cosmas, sur ce point, sont assez importans pour que nous les rapportions ici. « Ce pays de la soie, » dit-iI, est tout-à-fait dans l'intérieur de l'Inde, sur la » gauche de ceux qui entrent dans l'Océan Indien, bien » loin au-delà du golfe Persique et de l'ile appelée par les » Indiens Sélédiba, et par les Grecs Taprobane ; il se nomme » Tzinitzas (1). » Il dit encore un peu plus loin : « Les

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nous avons cité, ont fait croire ( voyez M. Gossellin, Recherches sur

la géographie systématique et positive des anciens, tom. III, p. 224 et 275 ) que ce moine avoit voulu parler d'un pays situé dans l'Inde, sur le golfe de Bengale, du côté de l'orient. « Le Tçinitzas , dit-il,

» philosophes Indiens, appelés Brachmanes, avancent que » si l'on tendoit une corde depuis le Tzinitzas, en passant

» est baigné à gauche par l'Océan, comme le pays de Barbaria l'est » à droite par la même mer. » Kvxxsuéyn xaxuv é# aeastpaw Ûzoo # ·nuai, ozip e » B>ecapia wxasta & do#iaw Ûz•' adso. Nous observerons d'abord que nous savons, par les Arabes et les Chinois, que les lieux où les occidentaux venoient chercher la soie, étoient dans le midi de la Chine, et non sur le golfe de Bengale. Par le nom de Barbaria, Cosmas entend, comme Ptolémée et les Arabes du moyen âge, toute Ia côte de Zanguebar, baignée à droite par la mer des Indes. Tzinitzas étant sur la côte opposée de la même mer, en est donc baigné à gauche, et on doit, par suite, le chercher dans le golfe de Bengale. Mais est-ce bien ainsi qu'il faut entendre le texte de Cosmas ! Je pense que cet auteur n'a eu égard qu'à la direction que devoit suivre un voyageur Romain parti du golfe Persique. Pour aller en Afrique, il se dirigeoit vers la droite, tandis que c'étoit vers la gauche qu'il se dirigeoit quand il alloit vers la Chine : ainsi donc, ce passage n'indique pas, selon nous, la situation du Ttinitzas, relativement à une certaine portion de la mer des Indes, mais relativement à cette mer en général. De même que, dans un Passage dont nous nous servirons bientôt, quand il dit que ce pays *'étend beaucoup vers la gauche, il ne s'exprime ainsi que par rapport à un voyageur qui en partiroit pour aller vers l'empire Romain. D'ailleurs, Cosmas s'explique d'une manière plus claire, dans le Passage que nous avons rapporté textuellement, en disant que le TkiniRas est à la gauche du navigateur qui entre dans la mer des lndes; ce qui est vrai de la Chine, quand on a traversé le détroit de la Sonde, mais ce qui ne pourroit pas être, s'il s'agissoit d'un Poys situé sur la côte orientale du golfe de Bengale; car la route changeant de direction, quand on a dépassé l'île de Ceylan, TziooKo seroit alors à la droite, et non à la gauche du navigateur. ofin, Cosmas, dans un autre passage de son ouvrage qu'on n'a pas ocore employé pour résoudre cette question, s'exprime de façon à o Plus laisser aucune incertitude sur ce fait, que le Tzinitzas est la Chine : il dit, après avoir décrit les noms et les productions de » par la Perse, jusqu'à l'empire Romain, on partageroit » exactement le monde; et il est possible qu'ils aient raison, » parce que ce pays s'avance beaucoup vers la gauche, de » sorte que les charges de soie qui viennent en Perse par » terre, à travers diverses nations , y arrivent en peu de » temps, tandis que, par mer, on est obligé d'aller à une » fort grande distance de la Perse. ..... Ainsi donc, celui » qui prend la route du Tzinitzas en Perse, diminue de » beaucoup son chemin. C'est pour cela aussi qu'on trouve » toujours en Perse une grande quantité de soie. On ne » navigue pas au-delà du Tzinitzas, et personne n'y habite non » plus (1). » Ces deux fragmens importans nous apprennent que le commerce de la soie étoit le principal motif des relations qui unissoient la partie occidentale de l'Asie avec la partie orientale, et on a déjà fait sans doute une réflexion semblable. Ce motif a dû être le même dans tous les temps. On sait que, dans l'occident, on fit toujours un grand usage des vêtemens de soie, et qu'on ne pouvoit s'en procurer que

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dans la Chine. S'il étoit de notre objet d'entrer dans de plus grands détails sur ce point, nous ne doutons pas que nous y trouverions de nouveIIes raisons en faveur de notre opinion ; il nous suffit de l'indiquer. Tout ce que nous avons rapporté, prouve, à ce qu'iI nous semble, que les Grecs et les Romains ont connu Ia Chine ; et s'ils ne nous ont pas transmis des détails plus circonstanciés sur ce pays lointain, cest qu'ils n'y alloient pas eux-mèmes, et qu'ils recevoient les marchandises qui en venoient, aux dernières stations établies du côté de la Perse. Menander Protector nous apprend qu'au vI.° siècle, le commerce de la soie étoit entre les mains des Sogdiens, alors vassaux des Turks, après l'avoir été des Huns Hayathélites. Ils voulurent, dans ce même temps, obtenir. du roi de Perse la permission de transporter leurs soies à travers ses états,- pour les vendre aux Romains (1). Comme les sujets de ce prince faisoient le même commerce, et qu'ils tiroient cette marchandise de Chine, Par mer, puisque les marchands Chinois venoient trafiquer dans le golfe Persique, il s'opposa au desir des Sogdiens, o ce fut la cause d'une guerre entre les Persans et les Turks.

Théophilacte Simocatta dit, en parlant des possessions des Turks dans l'intérieur de l'Asie, que leur principale ville étoit nommée Taugas (2), si les manuscrits ont été bien lus Elle nous paroît être la même que Tankebasch, souvent mentionnée dans les auteurs Arabes et Persans. Cette Ville étoit assez voisine d'une autre grande cité appelée Choubdan, x«c,y, où l'on trouvoit beaucoup d'éléphans, et ot les habitans avoient de fréquens rapports avec les In

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· () Menand. Protect. in excerpt. de legation. p. 106 et roz. (2) Theoph. Simocatt. lib. VII, cap z, $ et 9.

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