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Mais ayant leur condamnation, et celle des Valentiniens et des Ariens, nés de la même origine, des hommes que l'Eglise révère ne dédaignèrent pas le crédit d'un grand nom accoutumé au respect des peuples. Les lettres d'Ignace, de Clément de Rome, en sont la preuve. L'au

. teur de l'Epitre à Diognèie , onvrage voisin des temps apostoliques, prend quelquefois le Théétèle pour modèle. Le Pasteur, publié sous le nom de Saint Hermas livre d'emblèmes et de paraboles, est empreint de cette mysticité égyptienne et platonique , accueillie alors avec enthousiasme par la communauté des fidèles.

Si l'apôtre Saint Paul, homme d'un génie merveilleux, qui, selon d'anciennes traditions, apprit la sagesse grecque sous le docteur Gamaliel (1), ne doit

être confondu avec ces écrivains dont l'authenticité est fort douteuse, il nous prouve du moins par son exemple (2) que

les prédicateurs de la parole sainte n'avaient pas tous méprisé les études profanes.

Que dirons-nous de Saint Justin , le premier des Pères grecs, né vers lan 89, à Flavia-Neapolis ? Il confirma et accrut peut-être, par ses Apologétiques et son Dialogue avec Tryphon, l'erreur de ceux qui ne voyaient dans les disciples de Paul qu'une nouvelle secte de philosophes. Il ne faut pas, comme les Sociniens, le croire auteur de la trinité et du baptême ; mais quelques passages avaient pu les tromper. Ce philosophe, qui fut martyr, s'était adressé long-temps, pour trouver la vérité, aux sectateurs de Zénon, d'Aristote, de Pythagore : il lut Platon, et il devint chrétien. Il le compare sans cesse á Moïse , aux prophètes, aux apôtres. Il dit: « Ce qui fut autrefois

(1) Guil. Cave, Antiq. Apost. Vila Pauli , c. 5, p. 331.

(2) St. Paul cite Aratus, dans son discours à l’Aréopage, Act. XVII, 28; Epimenide, ad Tit. I, 12; Ménandre ,Cor. 1, 15, 33.

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révélé à Socrate par le Verbe, l'a été aux barbares par le même Verbe qui s'est fait homme, et qu'on a nommé le Christ (1). »

Tatien, son disciple, à l'exemple des principaux Gnostiques, essaya de prouver dans son Discours aux Grecs, que les Grecs devaient aux barbares ou aux Hébreux toutes leurs idées et toutes leurs croyances; il s'égara souvent, et les rêveries de l'Orient finirent par l'aveugler.

Athénagoras l'Athénien, après avoir enseigné dans les musées d'Alexandrie la philosophie Socratique, présenta aux empereurs Marc-Aurèle et Commode son Apologie pour la philosophie évangélique, suivant l'expression de Théodoret. « Princes, leur dit-il (2), si Platon, en reconnaissant un seul Dieu , créateur et conservateur du inonde, n'est

pas un impie, nous ne sommes pas non plus des impies en adorant, dans un seul Dieu, le Verbe qui a créé et l’Esprit qui conserve. » Enfin, le plus savant de tous ces défenseurs que

la religion allait chercher dans les écoles profanes, St. Clément d'Alexandrie, à qui Philippe de Side donne Athénagoras pour maître, écrivit, dans les dernières années du second siècle, son Exhortation aux payens, son Pédagogue et ses Stromaies , où il conduit le catéchumène par tous les degrés du doute, de l'instruction, de la croyance, et, pour ménager sa foi, lui enseigne imprudemment à soumettre les dogmes de la théologie aux interprétations séduisantes, mais presque toujours arbitraires, de notre faible raison. Il se fit Platonicien, et l'Eglise s'étonna de lui voir des Chrétiens pour disciples.

Quelques erreurs étaient inséparables de ce hardi syslème. Origène d'Alexandrie en recula les bornes avec une

(1) Apolog. II, 5.
(2) Legat. pro Chr. p.7, A, édit. 1636.

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nument que

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incroyable liberté. Les leçons de ses maitres, Saint Clément et Ammonius, sont trop souvent confondues dans les nombreux ouvrages de cet infatigable écrivain (1). Ses Hexaples, recueil polyglotte des livres sacrés, vaste mo

les modernes ont tenté de reconstruire, auraient dû suffire à sa gloire; le rôle de commentateur était dangereux pour lui. Séduit par l'exemple de Philon, son compatriote, qui avait autrefois dénaturé l'ancienne loi, Origène, dans ses Exégétiques, dans ses Principes , allégorise la loi nouvelle, et le Platonicien n'est pas toujours orthodoxe. On croirait souvent qu'il garde la neutralité. Aussi, malgré l'utilité et la bonne foi de ses écrits, malgré ses livres contre Celse, Epicurien ou plutôt Eclectique ; malgré tout ce qu'il souffrit pour la cause de l'Evangile, le concile de Constantinople, en 553, taxa d'hérésie dans ses ouvrages quelques dog mes extraits de la République ou du Timée. Le fougueux Tertullien s'était indigné déjà contre le Platonisme (2), éternel assaisonnement de toutes les hérésies. Peut-être, en condamnant Origène, le punissait-on de l'audace de Porphyre, l'ennemi de la foi ; car Eusébe atteste (3) que Porphyre , dans sa première jeunesse, vint entendre Origène. Eusébe nous apprend, au même endroit, qu'Origène, admiré, consulté, régnant par son génie sur tout l'Orient, passait alors pour le premier ou plutôt pour le seul philosophe : le concile de Nicée n'avait pas encore fixé la doctrine.

Cet Eusébe , dont la Préparation et la Démonstration évangéliques sont des monumens précieux, n'y abuse pas

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(1) Surnommé Adamantinus , et xaaxévtipos, aux entrailles de bronze.

(2) « Doleo bona fide Platonem omnium hæreticorum condimenm tarium factum. » De Animu , c. 23.

(3) Hist. Ecclés. VI, 19.

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moins, il faut l'avouer, de cette érudition païenne, faible et inutile appui d'une religion révélée.

Les autres Pères qui employèrent les mêmes moyens de persuasion, Théophile d’Antioche, Irénée, Grégoire le Thaumaturge, Paul de Samosate, Méthodius, Pamphile, Athanase, ne furent pas exempts des mêmes reproches. Mais qui oserait aujourd'hui les accuser, quand le triomphe du Christianisme les absout ?

Il est du moins permis de croire que ce saint amour du Platonisme, cette noble étude avouée si long-temps par l'Eglise, cette ambition d'imiter et de vaincre un génie sublime, ont contribué à former ensuite les grands apôtres de notre culte, Grégoire de Nazianze, théologien et poëte; Basile de Néo-Césarée , esprit contemplatif et doué d'une éloquence pure et mâle; Jean Chrysostome, dont le nom parait être celui de l'éloquence sacrée, dignes émules de l'orateur philosophe qui, sous les ombrages de l'Académie, vint réformer la croyance des hommes, et annoncer un seul Dieu, commencement, milieu et fin de toutes choses.

Sect. III. Voilà le Platonisme religieux, celui des Pères de l'Eglise. Les défenseurs du culte de l'Empire, à la nouvelle de tant de victoires qui les déshonorent, regardent autour d'eux avec effroi , et cherchent un asyle où ils puissent sauver leurs dieux. Ils interrogent toutes les sectes philosophiques ; ils leur demandent si elles n'ont pas aussi leurs livres sacrés. Platon fut seul jugé propre à soutenir cette lutte formidable, qui allait ou détruire à jamais ou faire triompher les anciens autels de la Grèce et de Rome. D'autres , plus hardis encore, appelèrent à leur secours le poëte de leur Olympe, Homère, que tant de philosophes avaient condamné. Mais le génie d'Homère fut défiguré par des allégories , et celui de

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Platon par des impostures. Les allégoristes prétendirent expliquer l'Iliade et l'Odyssée du poëte, comme Philon et quelques hérétiques ont expliqué la Genėse; les coryphées de la théurgie osèrent prêter aux belles conceptions morales du philosopbe l'appui de leurs fausses merveilles.

Gardons-nous cependant d'une injuste prévention, plus à craindre que l'enthousiasme , parce qu'elle est plus commune. Brucker dont l'esprit, accoutumé aux entraves d'Aristote, concevait peu les inspirations et les témérités d'une âme religieuse, a fort mal jugé Platon, et plus mal encore ses nouveaux disciples. Depuis, on ne les a guère jugés que d'après lui : nous parlerons d'après leurs textes mêmes.

L'Egypte et l'Orient furent aussi le théâtre où se montrèrent la plupart de ces chefs de doctrine , qui tous, avec plus ou moins de droit, prenaient le titre de Platoniciens. L'Eclectisme (1) de Potamon, que Suidas fait naître à Alexandrie vers le temps d'Auguste, l'Eclectisme, c'està-dire le choix des vérités, philosophie tolérante, perfectionnée par Ammonius au commencement du troisième siècle, avait enfanté ces nouvelles écoles, qui paraissent, en plusieurs points, si différentes de celle de Socrale. Ammonius d'Alexandrie, disciple d'Athénagoras et de Saint Clément , fut Chrétien ; et s'il cessa de l'être, comme l'a prétendu Porphyre, ce fut sans doute dans l'es

(1) Voy. Histoire critique de l'Eclectisme, 1700, par Malleville, contre Brucker et l’Encyclopédie. Brucker se trompe souvent, t. II, p. 189 sq., et toutes les fois qu'il parle des Eclectiques; mais il fallait peut-être le réfuter autrement. Quoique Buhle, dans la seconde partie de son Introduction, soit un peu moins injuste , on n'a pas encore bien écrit l'histoire philosophique des quatre premiers siècles. Nous la connaîtrons mieux enfin, quand nous pourrons étudier l'ouvrage dont M. V. Cousin s'est tracé le plan dans la Préface de son édition de Proclus.

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