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, ( 256 ) employés à cette recherche me firent le

rapport suivant :

Ils s'étaient transportés vers la maison désignée. Elle était située sur une colline couverte de vignes. La nuit étant obscure, ils avaient été forcés d'avoir une lanterne : en s'avançant, ils avaient remarqué qu'il y avait beaucoup d'agitation dans cette maison; ils l'avaient jugé ainsi d'après le mouvement des lumières qui se déplaçaient sans cesse et se croisaient dans touts les sens : toutes s'étaient éteintes tout à coup; une et s'était dirigée par un chemin un peu éloigné du sentier où ils étaient; ils ne pouvaient aller de ce côté, parce qu'il aurait fallu passer à travers les vignes et les échalats, dans une direction où il n'y avait pas de sentier. C'était impossible. Ils suivirent des yeux la lumière aussi longtemps qu'ils purent, et ils remarquèrent qu'elle se dirigea vers la mer.

Ce récit était bien constaté; je fus certain qu'il était vrai en lui-même; mais je ne crus point que Murat était dans cette maison et qu'il en était sorti. Je reprochai à l'agent de police de n'avoir pas continué sa course jusqu'à la maison, et de n'y avoir pas pris des renseignements. Il ne l'avait pas fait, parce qu'il était convaincu

que

c'é

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Lait un faux avis. Comme c'était mon opinion et celle du commissaire de police, je n'attachai pas une grande importance à la négligence de la recherche..

Je fus bien étonné, environ un an après, quand je vis, dans un journal anglais, le récit des derniers évènements de la vie de Murat. J'y trouvai son séjour en Provence, dans une maison de campagne près de la mer; son évasion de cette maison, son arrivée au rivage, sa fuite dans un petit bâtiment. Cette lecture me persuada que l'avis qu'on m'avait donné était exact. Mais peut-être les mêmes hommes qui m'avaient instruit, avaientils averti le fugitif de la recherche qu'on devait faire. : Quoi qu'il en soit, la destinée de Murat fut alors bien malheureuse; il quitta la France pour aller se jeter parmi ses ennemis; il fut pris et fusillé. J'ignore ce qu'on aurait fait en France ; mais j'étais alors persuadé, et je le suis encore, qu'il n'aurait pas péri; je l'aurais reçu et protégé avec les égards que l'honneur doit à un proscrit, quel qu'il soit. Il était en France comme proscrit; il devait être respecté; mais dans le royaume de Naples, il était l'ennemi du gouvernement.

Le ministère, à la tête duquel était alors M. le

prince de Talleyrand, se décida à convoquer les colléges électoraux pour nommer la Chambre des députés. On permit de les nommer à l'âge de vingt-cinq ans; c'était un changement à la Charte. M. de Pastoret, pair de France, vint à Marseille comme président du collége électoral. C'était mon ami, mon ancien camarade de proscription; nous avions presque toujours été ensemble en Italie, après le 18 fructidor.

Les membres influents du collége vinrent me demander si je désirais être nommé député. J'avoue que cette demande me fit beaucoup de peine; je pensais qu'ils auraient dû me nommer sans m'en parler. Je trouvais dans cette démarche cet esprit qui nous a toujours caractérisés dans toutes les circonstances de la révolution, ces petits sentiments secrets qui nous éloignent intérieurement de touts les hommes un peu marquants dans notre parti; tandis que les libéraux courent à ceux de leur faction, et les nomment dans plusieurs-endroits à la fois. Je leur répondis que je ne voulais rien faire qui pût déterminer les suffrages en ma faveur, et qu'il était de mon devoir de les engager à nommer ceux qui leur paraîtraient les plus capables de défendre et de fortifier la couronne. J'avoue que ma réponse me fut suggérée surtout par la conviction intime que j'avais du

motif secret qui avait inspiré leur démarche auprès

de moi. C'était un moment d'indignation intérieure; c'était une faute à laquelle me porta la .hauteur de mon caractère. Je confesse que je m'en suis repenti dans la suite. J'aurais dû répondre par un consentement positif. Lorsque ces électeurs rapportèrent ma réponse à M. de Pastoret, il les engagea à ne pas s'y conformer; il leur dit qu'elle m'avait été inspirée par ma délicatesse , et que, par le même motif, ils devaient me nommer. Ils s'en gardèrent bien ; les petites ambitions étaient mises à leur aise par ma réponse, et la députation fut composée d'hommes respectables, mais inconnus en France. Les révolutionnaires se seraient conduits bien différemment.

Si des royalistes éprouvés avaient désiré l'élection, s'ils avaient craint ma concurrence, et demandé hautement les suffrages en m'éloignant autant qu'ils l'auraient pu, j'aurais trouvé cela tout simple, c'eût été une démarche forte, décidée, et dont le principe est naturel dans touts les gouvernements libres. Bien au contraire, tout portait l'empreinte d'une certaine faiblesse. Si j'avais accepté les suffrages quand il me les ont offerts, ils m'auraient certainement nommé; non comme un homme qui pouvait être utile, mais

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comme un homme en place dont ils n'auraient pas osé contrarier les désirs. Encore une fois cette conduite presque journalière des royalistes n'est pas

celle des libéraux. M. Pasquier, ministre de l'intérieur par intérim, avait écrit aux prémais ce n'était pas, et ce ne pouvait être un ordre. Plusieurs furent élus.

Dans le même temps, quelques personnes me portèrent au collége électoral de Metz, dont j'avais été le préfet pendant douze ans. Mais on m'écarta en disant que je seraiş nommé à Marseille, et aussi parce que le général Beurñonyille, qui présidait le collégę, dit que je serais ministre de l'intérieur. Il est singulier que les bons Lorrains n'aient pas trouvé, dans cette annonce même, une raison de mę nommer.

Si dans des circonstances semblables j'avais appartenu à la faction des libéraụx , j'aurais certainement été nommé dans les deux colléges à la fois. Je répéteraj donc, pour la centième fois, que dans la lutte des royalistes et des libéraux, ceux-ci doivent toujours l'emporter; mais comme ils sont aussi incapables de gouverner que les royalistes, ils sont toujours tombés par l'effet des évènements qu'ils amenaient eux-mêmes, et les royalistes, inhabiles à profiter de leurs

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