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qu'il croyait que j'avais été mandé pour quelque

t'ages, tomberit comine les libéraux. C'est ce qu'on a vù pendant toute la révolution, éť on le verra toujours.

J'ens alors le plaisir de voir arriver ma famille en parfaite santé; mais trois jours après, je reçus, par

le télégraphe de Lyon, l'ordre de me rendre auprès du roi. Je partis quelques heures après l'avoir reçu. Je vis à Lyon M. le comte de Chabrol, préfet du département, qui depuis a été ministre de la marine et des finances. Il me dit

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raison qu'il ignorait; que ce n'était pas pour un ministère. Il avait eu probablement des avis d'après lesquels il me 'pria de dire au roi qu'il n'accepterait pas la police, mais les finances ou l'intérieur, si le roi jetait les yeux sur lui; mais en arrivant à Paris, je trouvai le ministère tout formé. Je continuai ma route ignorant ma destinée. Ce ne fut qu'à la préfecture de Melun que Moniteur m'apprit ma nomination au ministère de l'intérieur. Je m'y attendais si peu, que j'avais écrit de Marseille à un ami de me retenir un appartement dans un hôtel garni; il fut retènu avant ma nomination, sans me désigner par ma qualité de ministre, que je n'avais pas encore; mais lorsqu'il fallut payer cet appartement, on. prétendit l'avoir composé de plusieurs autres ap

partements, et l'avoir meublé exprès pour un ministre. Mon ami disputa sur le prix; mais j'aimai mieux payer une somme 'exorbitante, que d'entrer dans une pénible discussion.

LIVRE VI.

MON MINISTÈRE.

CHAPITRE PREMIER.

Ma circulaire aux préfets ; ouverture de la session de 1815. Je

propose au roi de donner à M. de Chateaubriand un ministère composé des beaux arts et de l'instruction publique, qui étaient dans mes attributions. Je présente au roi une ordonnance qui prescrit de se borner le 21 janvier, dans les églises, à la lecture du testament de Louis XVI. 1600 jeunes gens de l'école de droit se présentent au roi et à la famille royale. Discours de M. Hyde de Neuville sur leurs services. Mesures que je prends pour maintenir la tranquillité publique. Ma lettre aux préfets, sur la formation de la garde royale.

Témoin et acteur dans les évènements les plus extraordinaires, peut-être m'est-il permis d'en parler. J'ai vu une famille royale bannie trois

fois de la France, un roi conduit à l'échafaud, un autre descendre du trône pendant cent jours, et n'y remonter que pour laisser à son successeur une couronne chancelante; celui-ci, la perdre en trois jours, après un règne de cinq ans; j'ai vu un conquérant, dominateur, grand capitaine, homme de génie, destructeur des républiques, restaurateur des trônes, augmenter la liste des rois, se précipiter lui-même, et lui seul, d'un trône qu'il avait environné de la gloire des armes. et de l'éclat des conquêtes. J'ai remonté aux causes, j'ai raconté les évènements avec cette liberté de plan et de détails que permettent des Mémoires : je vais continuer ce pénible travail.

On a dit souvent, avant l'abdication de Charles X, qu'aucun ministre, depuis la restauration, n'a vait marché franchement à l'établissement de la monarchie; que touts ont eu une marche vacillante et incertaine, et qu'il en résultait que

la monarchie n'était pas encore fortement établie, telle qu'elle était dans l'acte fondamental. Je prouverai que ce reproche est injuste, relativement à moi. En outre, on a souvent écrit que j'avais voulu faire une contre-révolution; que j'aurais tout bouleversé' si j'étais resté dans le ministère.

Telles sont les raisons qui' me déterminent à

publier le récit qu'on ya lire : je l'ai écrit en 1816, immédiatement après mon remplacement: Je l'ai vu plusieurs fois depuis ce temps, et j'ai ajouté quelques réflexions que m'inspiraïent les circonstances. Quinze ans écoulés depuis cet instant m'ont confirmé de plus en plus dans l'intime conviction que j'ai marché dans la route constitutionnellement monarchique. Il suffit, pour en être persuadé, de voir ce qu'a produit le système opposé. Plusieurs fois on a été force de ren-, trer dans la voie que j'avais tracée, mais on l'a fait avec cette hésitation et cette faiblesse qui sont de l'essence de notre caractère politique. Cette faiblesse est telle, qu'il est impossible aux hommes les mieux intentionnés parmi nous d'al!

directement au but qu'ils voudraient atteindre; ils s'en éloignent toujours; ils n'y parviendront jamíis. Cette faiblesse est tellement inhérente à notre caractère , qu'elle domine même les révolutionnaires. A peine une révolution est-elle faite, qu'ils sont entraînés au delà de leurs des seins, par" la peur qu'ils ont des hommes qui furent les instrumens de leurs succès. Ils veulent' revenir sur leurs pas ; ils ne le peuvent * point. Voila, en deux mots, l'histoire de la révo! lutiori.

Il faut convenir aussi qu'à la fin de 1815, et

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