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d'Etat, après qu'elles avaient été déchiffrées. On les lisait le lendemain dans le conseil particulier, appelé conseil d'Etat en 1811; il était composé du roi, du dauphin, du duc de Bourgogne, du chancelier, du duc de Bauvilliers, de MM. de Torcy et Voysin. M. de Torcy était le

rapperteur. Après une délibération, le roi prononçait ; sa décision était mise en marge. Le ministre des affaires étrangères travaillait nécessairement ensuite avec le roi pour terminer l'affaire sur laquelle le conseil avait délibéré; il le trouvait préparé, instruit par la discussion qu'il avait entendue. Le secrétaire d'Etat pouvait sans doute combattre sa première décision, et la faire changer. Mais le roi ne pouvait changer sans de fortes raisons, puisqu'il avait déjà pris une décision dans son conseil.

Au reste , le caractère de M. de Richelieu, qui ne lui a pas inspiré les sentiments élevés

par

lesquels il aurait dû repousser les conditions si humiliantes du traité de Paris, ne l'empêchait pas d'en apercevoir la honte; il en était pénétré ; il le manifestait souvent par ses discours, par sa tristesse. C'est précisément à cause de cela qu'il me paraissait inconcevable. Pourquoi signer un traité dont il voyait la honte ? Qui l'y forçait ? La seule récolation de ne jamais le signer, et de

sortir plutôt du ministère, aurait sauvé sa gloire et celle de la France. Il remplit la cruelle tâche de lire ce traité dans les Chambres. Il y fut écouté dans un silence triste et morne. Tout ce que je viens de dire est fortifié

par

la conversation de M. de Bourienne avec le général Blücker à Saint-Cloud. « Vous ne perdrez « rien de votre territoire, lui dit le général. C'est '« un point sur lequel je puis vous rassurer. L'em« pereur Alexandre a répété plusieurs fois au roi « mon maître : J'honore la nation française; je « veux absolument qu'elle conserve ses anciennes < limites. »

Ce traité m'imposait un bien triste devoir. Il fallait annoncer aux maires de Marienbourg, de Philippeville, Landau et Sarrelouis que ces villes n'étaient plus françaises, et que, par le traité de Paris, elles étaient cédées à une puissance étrangère. Voici la lettre que je leur adressai :

«« Vous connaissez sans doute le traité conclu « à Paris entre le roi et les puissances alliées.

Quelque pénibles qu'en soient les conditions, « le roi a ordonné de le signer pour mettre un « terme aux calamités de toute espèce qui acca« blent notre patrie. Par ce traité, la France cède « quatre places fortes aux alliés. Votre ville est « une de ces places.

» Je remplis un devoir bien douloureux en « vous priant de préparer vos concitoyens au triste « sacrifice qui leur est imposé. Le roi m'ordonne « de vous dire quelle a été sa profonde affliction

quand il a vu qu'une impérieuse nécessité le « forçait à vous séparer de la grande famille. Té« moins des évènements, vous avez pu les juger. « Vous avez vu quel honteux abandon des dra« peaux de la patrie nous a conduits sur le bord « d'un abîme. De touts les maux que la trahison « a faits à Sa Majesté, il n'en est pas de plus dur « pour elle que l'ordre qu'elle me donne aujour« d'hui. Le lien qui vous unissait à la France « est rompu; mais l'affection de Sa Majesté pour « vous subsistera toujours. Ses descendants vous «. conserveront le même intérêt; et les tristes “ pages de l'histoire de ces temps malheureux « retraceront le souvenir de la profonde douleur « dont cette séparation a pénétré le meilleur des « 'rois. Dites à vos concitoyens que Sa Majesté « leur offre, au nom de la patrie et en son nom, « les tristes et dernières assurances de ses regrets (i et de son amour. í

sc. De nouveaux devoirs vous sont imposés. « Remplissez-les avec le même zèle, la même « loyauté qui vous ont toujours distingués; cher« chez , dans votre persévérance à les remplir, un

« adoucissenient au douloureux sacrifice exigé de « vous par une invincible fatalité. »

Cette lettre était empreinte de la tristesse que m'inspirait ce malheureux traité. Elle fut blâmée sous ce rapport par de certaines

gens,
mais

approuvée par les vrais Français. Je lus ma lettre au roi dans le conseil. Il en parut touché; il l'approuva. Mes expressions durent lui rappeler la peine qu'il avait éprouvée, en approuvant ce déplorable traité.

CHAPITRE IV.

État de la France. Tentative pour être d'accord avec M. de Ri

chelieu. Je lui écris. Sa réponse. Conversation avec M. de Bonnay. Préventions de M. de Richelieu. Elles éclatent devant M. le chancelier, Mémoire que j'adresse au roi, d'après la correspondance des préfets.

J'AVAIS avec les préfets une correspondance rapide et confidentielle : ils m'instruisaient de tout ce qui intéressait l'esprit public et la tranquillité des provinces. La confiance et les égards que je leur montrais, entretenaient et augmentaient touts les jours notre mutuelle confiance. Je ne peux exprimer combien elle m'était flatteuse et agréable. Des hommes du premier mé

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