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Alloit m'offrir sa main, et par ce juste choix
Réunir nos drapeaux , nos sceptres, et nos droits :
Mais par tant de délais dès long-temps trop certaine
Que l'on osoit m'offrir une espérance vaine,
Quand ce nouvel outrage ajoute à mon malheur,
Attends-tu la prudence où règne la fureur ?
S'élevant contre moi de la nuit éternelle,
La voix de mes aïeux dans leur séjour m'appelle;
Je les entends encor : « Nous régnions, et tu sers !

Nous te laissons un sceptre, et tu portes des fers!
Règne, ou, prête à tomber, si l'Écosse chancelle,
Si son règne est passé, tombe, expire avant elle :
Il n'est dans l'univers en ce malheur nouveau
Que deux places pour toi, le trône, ou le tombeau. »
Vous serez satisfaits , mânes que je révère;
Vous connoîtrez bientôt si mon sang dégénère,
Si le sang des héros a passé dans mon coeur,
Et s'il peut s'abaisser à souffrir un vainqueur.

AMÉLIE. J'attendois cette ardeur où votre ame est livrée; Mais comment, sans secours, d'ennemis entourée...

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ALZONDE.

Parmi ces ennemis j'ai conduit mon dessein,
Et, prête à l'achever, je puis t'instruire enfin.
Ce Volfax , que tu vois le flatteur de son maître,

Comblé de ses bienfaits, ce Volfax n'est qu'un traître:
De Vorcestre sur-tout ennemi ténébreux,
Rival de la faveur de ce ministre heureux,
Trop foible

pour

atteindre à ces degrés sublimes Par l'éclat des talents, il y va par les crimes ; D'autant plus dangereux pour son roi, pour l'état, Qu'il unit l'art d'un fourbe à l'ame d'un ingrat. J'emprunte son secours. Je sais trop, Amélie, Qu'un traître l'est toujours, qu'il peut vendre ma vie: Mais son ambition me répond de sa foi; Assuré qu'en Écosse il règnera sous moi, Il me sert : par sa main, de ce séjour funeste, J'écris à mes sujets , j'en rassemble le reste. J'ai fait plus ; par ses soins j'ai nourri dans ces lieux Du parti mécontent l'esprit séditieux; J'en dois tout espérer. Chez ce peuple intrépide Un projet n'admet point une lenteur timide; Ce peuple impunément n'est jamais outragé, Il murmure aujourd'hui, demain il est vengé; Des droits de ses aïeux jaloux dépositaire, Éternel ennemi du pouvoir arbitraire, Souvent juge du trône et tyran de ses rois, Il osa... Mais on vient: c'est Volfax que je vois.

SCÈNE II.

ALZONDE, VOLFAX, AMÉLIE.

VOLFAX.

Trop long-temps votre fuite est ici différée,
Madame: à s'affranchir l'Écosse est préparée;
Tout conspire à vous rendre un empire usurpé;
D'autres soins vont tenir le vainqueur occupé.
Le trouble règne ici. Formé par la victoire,
Le soldat redemande Édouard et la gloire;
Le peuple veut la paix. Au nom de nos héros
Je vais porter le prince à des exploits nouveaux :
Je ne crains que Vorcestre; ame de cet empire,
Il range, il conduit tout à la paix qu'il desire.
Contraire à mes conseils , s'il obtient cette paix ,
Je le perds par là même, et suis sûr du succès;
Son rang est un écueil que l'abyme environne:
Déja par des avis parvenus jusqu'au trône
Je l'ai rendu suspect , j'ai noirci ses vertus ;
Encore un pas enfin, nous ne le craignons plus.

Du progrès de mes soins l'Écosse est informée;
Paroissez, un instant vous y rend une armée.

ALZONDE.
D'une nouvelle ardeur enflammez Édouard.
Je vais tout employer pour hâter mon départ :
On me soupçonneroit si j'étois fugitive ;
J'obtiendrai le pouvoir de quitter cette rive.
Allez, ne tardez plus, achevez vos projets ;
Un plus long entretien trahiroit nos secrets.

SCÈNE III.

ALZONDE, AMÉLIE.

ALZONDE.

Tout est prêt, tu le vois. Une crainte nouvelle
Me détermine à fuir cet asile infidèle.
On a vu, d'un des miens si j'en crois le rapport,
Arondel cette nuit arriver en ce port;
En Norvège souvent cet Arondel m'a vue;
S'il étoit en ces lieux, j'y serois reconnue.
Le temps presse, il faut fuir: ménageons les instants;
Ce jour passé, peut-être il n'en seroit plus temps.

AMÉLIE. Mais ne craignez-vous point d'obstacle à votre fuite ?

ALZONDE.

Sous le nom d'Aglaé dans ce palais conduite,
On me croit Neustrienne, on ne soupçonne rien.
Appui des malheureux, Vorcestre est mon soutien;
Il permettra sans peine, exempt de défiance,
Que je retourne enfin aux lieux de ma naissance.
Je viens pour ce départ demander son aveu,
Et je croyois déja le trouver en ce lieu ;
Mais, s'il faut tachever un récit trop fidèle,
Le pourras-tu penser? quand le trône m'appelle,
Quand l'Écosse gémit, quand tout me force à fuir,
Prête à quitter ces lieux je tremble de partir.

AMÉLIE.
Qui peut vous arrêter? comment pourroit vous plaire
Ce palais décoré d'une pompe étrangère ?
Tout ici vous présente un spectacle odieux :
Ce trône annonce un maître, et le vôtre en ces lieux;
Ces palmes d'un vainqueur retracent la conquête;
L'oppresseur de vos droits, l'usurpateur...

ALZONDE.

Arrête: Tu parles d'un héros l'honneur de l'univers, Et tu peins un tyran. Dans mes affreux revers

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