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Leurs méprisables veux, leurs peines dévorantes,
Leurs vices trop réels, leurs vertus apparentes,
Et de voir de plus près l'affreuse vérité
Du néant des grandeurs et de l'humanité.
Mais le roi vient. Allez, consolez Eugénie:
Vous verrez par mes soins votre peine adoucie,

SCÈNE v.

ÉDOUARD, VORCESTRE, VOLFAX,

GLASTON, GARDE S.

ÉDOUARD, à Vorfax. Je souscris à vos væux, et consens aux exploits Qu'un peuple de héros brigue par votre voix. Les bornes qu'à ces lieux la nature a prescrites De mes destins guerriers ne sont pas les limites; Bientôt sur d'autres bords on verra mes drapeaux, Et les lois d'Albion chez des peuples nouveaux. De mes ordres, Volfax, vous instruirez l'armée. Que ma flotte en ces ports ne soit plus renfermée; Qu'arbitre des combats, souveraine des mers,

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Elle enchaine l'Europe, étonne l'univers ;
Que, terrible et tranquille au milieu des tempêtes,
Londres puisse compter mes jours par ses conquêtes,

( aux gardes.)
Allez. Vous, qu'on me laisse.

SCÈNE VI.

-ÉDOUARD, VORCESTRE.

VORCESTRE.

A cet ordre, seigneur,
Je ne puis vous cacher mon trouble et ma douleur,
Lorsque le peuple anglois au sein de la victoire
Attendoit son repos d'un roi qui fit sa gloire,
Entraîné par la voix d'un conseil de soldats,
Allez-vous réveiller la fureur des combats ?
Je n'ai jamais trahi mon austère franchise;
Et si dans ces dangers elle est encor permise,
J'en dois plus que jamais employer tous les droits :
Un peuple libre et vrai vous parle par ma voix.
La guerre fut long-temps un malheur nécessaire:

L'Écosse étoit pour vous un trône héréditaire;
Les droits que votre aïeul sur elle avoit acquis
Exigeoient que par vous ce bien fût reconquis :
Vous y régnez enfin : mais pour finir la guerre
Dont ce peuple, indocile au joug de l'Angleterre,
Nous fatigue toujours, quoique toujours vaincu,
Vous savez à quels soins l'état s'est attendu;
Vous avez consenti d'unir par l'hyménée
L'héritière d'Écosse à votre destinée,
Sûr que ce peuple altier adoptera vos lois
En voyant près de vous la fille de ses rois.
Je sais que ce royaume, affoibli par ses pertes,
Comple peu de vengeurs dans ses plaines désertes ;
Tout retrace à leurs yeux vos exploits, leur devoir,
L'image de leur joug et de votre pouvoir :
Mais, armant tôt ou tard ses haines intestines,
L'Écosse peut encor sortir de ses ruines,
Surprendre ses vainqueurs, rétablir son destin ;
Un bras inattendu porte un coup plus certain.
Jamais dans ces climats on n'est tranquille esclave,
Et

pour la liberté le plus timide est brave.
Tous leurs chefs ont péri; mais en de tels complots
Le premier téméraire est un chef, un héros.
Sous l'astre dominant de cette destinée
Qui tient à vos drapeaux la victoire enchaînée

On craint peu, je le sais, leurs efforts superflus ;
Leur révolte est pour vous un triomphe de plus :
Mais le plus beau triomphe est un honneur funeste.
La victoire toujours fut un fléau céleste;
Et tous les rois au ciel, qui les laisse régner,
Sont comptables du sang qu'ils peuvent épargner.
Remplissez donc, seigneur, l'espoir de l'Angleterre.
Vos essais éclatants ont appris à la terre
Que vous pouviez prétendre au nom de conquérant :
Passez le héros même; un roi juste est plus grand.
Håtez-vous d'obtenir ce respectable titre:
Parlez, donnez la paix dont vous êtes l'arbitre;
Et pour en resserrer les durables liens,
Que vos ambassadeurs aux champs norvégiens
Envoyés dès demain demandent la princesse.
C'est l'espoir de l'état, et c'est votre promesse.

ÉDOUARD.
Quelle image à mon cæur venez-vous retracer ?
Quel hymen! Non, Vorcestre, il n'y faut plus penser.

VORCESTRE.

Seigneur, que dites-vous ? quelle triste nouvelle !...
Mais non, à la vertu votre grand cour fidèle,
Se respectant lui-même en ses engagements,
Ne démentira point ses premiers sentiments.
Votre parole auguste au trône appelle Alzonde;

La parole des rois est l'oracle du monde.
D'ailleurs, vous le savez, la patrie a parlé ;
Confirmé par la voix de l'état assemblé,
Votre choix par ce frein devient inviolable :
D'affreux dangers suivroient un changement sem-

blable.
Ce peuple en sa fureur ne connoît plus ses rois
Dès qu'ils ont méconnu l'autorité des lois :
Le trône est en ces lieux au bord d'un précipice;
Il tombe quand pour base il n'a plus la justice:
Et si mon zèle ardent pour votre sûreté
M’autorise à parler avec sincérité,
Contemplez les malheurs des jours de nos ancêtres;
Leurs vertus sont nos lois, leurs malheurs sont nos

maîtres. Je dis plus; au-dessus des timides détours, J'ose vous rappeler l'exemple de nos jours : Nous avons vu, seigneur, tomber ce diadème; Du trône descendu, votre père lui-même Avant ses jours a vu son règne terminé: Il pouvoit vivre heureux et mourir couronné, S'il n'eût point oublié qu'ici pour premiers maîtres Marchent après le ciel les droits de nos ancêtres ; Qu'en ce même palais l'altière liberté Avoit déja brisé le trône ensanglanté;

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