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Qu'ici le despotisme est une tyrannie,
Et
que tout est vertu pour venger la patrie.

ÉDOUARD.
Un trône environné des héros que j'ai faits
N'a plus à redouter de semblables forfaits;
Et, si jusques à moi la révolte s'avance,
Tant de bras triomphants sont prêts pour ma ven-

geance. Quelle est donc la patrie? Eh ! le brave soldat Le vainqueur, le héros, ne sont-ils point l'état ? Quoi! d'obscurs sénateurs, que l'orgueil seul inspire, Sous le titre imposant de zèle pour l'empire, Croiront-ils, à leur gré, du sein de leur repos, Permettre ou retarder la course des héros ? Vainement on m'annonce un avenir funeste; Fondé sur ces appuis, je crains peu tout le reste. Héritier de leur nom, si j'imite vos rois , Je n'imite que ceux qui vous firent des lois; Ce n'est que des vainqueurs que je reçois l'exemple ; Et, chargé d'un destin que l'univers contemple, Je n'examine point ce que doit applaudir Un peuple audacieux, mais fait pour

obéir. Tout changement d'ailleurs plaît au peuple volage; C'est sur l'évènement qu'il règle son suffrage; A quelque extrémité qu'on se soit exposé,

Qui parvient au succès n'a jamais trop osé.

VORCESTRE.

Puissiez-vous l'ignorer! mais, j'oserai le dire,
La force assure mal le destin d'un empire.
Le peuple, aux lois d'un seul asservissant sa foi,
Crut se donner un père en se donnant un roi;
Il n'a point prétendu par d'indignes entraves
Dégrader la nature et faire des esclaves.
On vous chérit, seigneur, c'est le sceau de vos droits :
Le bonheur des sujets est le titre des rois.

ÉDOUARD.
Eh bien ! vous le pouvez, procurez à l'empire
Ce repos, ce bonheur où l'Angleterre aspire.
Non moins zélé sujet que sage citoyen,
Bannissez la discorde; il en est un moyen.
On demande la paix : je voulois la victoire;
Mais au bonheur public j'en immole la gloire,
Si, changé par vos soins, ce sénat aujourd'hui
Se prête à mes desirs, quand je fais tout

pour
Vous avez son estime, et vous serez son guide.
Du trône et de ma main que mon cæur seul décide :
D'un douteux avenir c'est trop s'inquiéter;
L'Écosse dans les fers n'est plus à redouter.
Vous donc qu'à mon bonheur un vrai zèle intéresse,
Vous qui savez ma gloire, apprenez ma foiblesse :

lui :

Quand le sort le plus beau semble combler mes vieux, Couronné, triomphant, je ne suis point heureux; Et, cherchant les hasards dans ma tristesse extrême, Si je fuis le repos, c'est pour me fuir moi-même.

VORCESTRE.

Quel bien manque, seigneur...

ÉDOUARD.

Un amour généreux Ne craint point les regards d'un mortel vertueux. Je vous estime assez pour vous ouvrir mon ame; Recevez le premier le secret de ma flamme: les vertus sont au-dessus du

sang, Et marquent la beauté que j'élève à mon rang. Pourras-tu sur inon choix me condamner encore Quand tu sauras le nom de celle que j'adore ? O père trop heureux !... Mais quoi ? vous frémissez! De quel soudain effroi vos sens sont-ils glacés ?

Les graces,

VORCESTRE.

L'orgueil n'aveugle point ceux que l'honneur éclaire,
Et je suis citoyen avant que d'être père.
Mon sang seroit en vain par le sceptre illustré
Si moi-même à mes yeux j'étois déshonoré;
Ces titres de l'orgueil, les rangs , les diadèmes,
Idoles des humains, ne sont rien par eux-mêmes :
Ce n'est point dans des noms que réside l'honneur,

Et nos devoirs remplis font seuls notre grandeur.
Mais de vos sentiments je connois la noblesse ;
Maître de vous, seigneur, vainqueur d'une foiblesse,
Vous n'immolerez point vos premières vertus,
Et la paix, et la gloire, et peut-être encor plus.
Oui, je crains tout pour vous; vieilli sur ces rivages,
J'en connois les écueils , j'en ai vu les naufrages.
La plus foible étincelle embrase ce climat,
Et rien dans ces moments n'est sacré que l'état.
Qui vous en diroit moins dans ce péril extrême
Trahiroit la patrie, et l'honneur, et vous-même.

ÉDOUARD.
Votre zèle m'est cher; mais un injuste effroi
Vous fait porter trop loin vos alarmes pour moi.
Élevé dans la paix, nourri dans des maximes
Dont le préjugé seul fait des droits légitimes,
Vous pensez qu'y souscrire et régner foiblement
Est l'unique chemin pour régner sûrement ;
Mais des maîtres du monde et des ames guerrières
Le ciel étend plus loin l'espoir et les lumières ;
Et, couronnant nos faits, il apprend aux états
Qu’un vainqueur fait les lois, et qu'il n'en reçoit pas.
Par quel ordre en effet faut-il que je me lie
Aux exemples des temps qui précèdent ma vie ;
Qu'esclave du passé, souverain sans pouvoir,

Dans les erreurs des morts je lise mon devoir,
Et que d'un pas tremblant je choisisse mes guides
Dans ce peuple oublié de monarques timides,
Qu'on a vus, l'un de l'autre imitateurs bornés,
Obéir sur le trône, esclaves couronnés ?
Vous savez mes desseins, c'est à vous d'y répondre.
On m'apprend qu'Eugénie est prête à quitter Londre:
Qu'elle reste en ces lieux. Vous-même en cet instant
Allez lui déclarer que le trône l'attend :
Fiez-vous à mon sort, à quelque renommée,
Ou, s'il le faut enfin, au pouvoir d'une armée,
De la force des lois que ma voix prescrira,
Et du soin d'y ranger qui les méconnoîtra.

VORCESTRE,

Vous voulez accabler un peuple magnanime;
Vous voyez devant vous la première victime :
Oui, de mes vrais devoirs instruit et convaincu,
S'il faut les violer, prononcez, j'ai vécu.
Je connois Eugénie, et j'ose attendre d'elle
Qu'à tous mes sentiments elle sera fidèle :
Elle n'a

pour
aïeux

que

de vrais citoyens, Des droits de la patrie inflexibles soutiens ; Et le sceptre à ses yeux sera d'un moindre lustre Qu'un refus honorable, ou qu'un trépas illustre : Mais si, trompant mes soins, ma fille obéissoit,

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