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Mais mon malheur jamais n'altéra ma tendresse.

SIDNEI.

Ne me regrettez plus ; c'est pour votre bonheur
Qu'à d'autres passions le ciel livra mon cæur :
L'état que m'apprétoient mes tristes destinées
Auroit semé d'ennuis vos plus belles journées :
Le destin vous devoit des jours pleins de douceur ;
Mon triste caractère eût fait votre malheur.

ROSALIE.

Le pouvez-vous penser ? quelle injustice extrême!
Est-il quelque malheur, aimé de ce qu'on aime ?
Sensible à vos chagrins, et sans m'en accabler,
Je ne les aur bis vus que pour vous consoler.
Si mes soins redoublés, si ma vive tendresse
N'avoient pu vous guérir d'une sombre tristesse,
Je l'aurois partagée, et sans autres desirs
J'aurois du monde entier oublié les plaisirs :
Rosalie avec vous ne pouvoit qu'être heureuse.

SIDNEI.

Vous ne connoissez pas ma destinée affreuse.
Insensible à la vie, au milieu de mes jours,
Il m'étoit reservé d'en détester le cours,
De voir pour l'ennui seul renaître mes journées,
Et de marquer moi-même un terme à mes années.

ROSALIE.

Que dites vous, cruel ? quelle aveugle fureur
Vous inspire un dessein qui fait frémir mon coeur ?
Calmez l'état affreux d'une amante alarmée :
Vous aimeriez vos jours si j'étois plus aimée ;
Dans le sein des vertus, dans les næuds les plus doux,
L'image du bonheur s'offrant encore à vous
Affranchiroit vos sens d'une langueur mortelle :
Le véritable amour donne une ame nouvelle;
Sans doute l'union de deux cours vertueux,
L'un pour l'autre formés, et l'un par l'autre heureux,
Est faite pour calmer toute aveugle furie,
Pour adoucir les maux, pour embellir la vie.

SIDNEI.

Qu'entends-je ? je pouvois me voir encore heureux ?
Quel bandeau tout-à-coup est tombé de mes yeux!
Tout étoit éclipsé, tout pour moi se ranime,
Et tout dans un moment retombe dans l’abyme!
Quel mélange accablant de tendresse et d'horreur!
D'un côté Rosalie, et de l'autre... O douleur !
Malheureux ! qu'ai-je fait P... Fuyez.

ROSALIE.

De ma tendresse

(à Hamilton.) Voilà donc tout le prix ! Vous trompiez ma foiblesse !

SIDNEI, aux genonx de Rosalie qui veut sortir.
Non; s'il vous a juré mon sincère retour,
S'il a peint les transports d'un immortel amour,
Il ne vous trompoit pas, ma chère Rosalie.
Je déteste à vos pieds le crime de ma vie,
Je déteste ces jours où l'erreur enchaînoit
Les sentiments d'un cour qui vous appartenoit.
Ah! si par mes fureurs vous fûtes outragée,
Si je fus criminel, vous êtes trop vengée;
L'amour pour me punir attendoit ce moment.

ROSALIE.

Que dites-vous, Sidnei ? quel triste égarement !

SIDNEI.

Je ne dis que trop vrai : plaignez mon sort funeste; Au sein de mon bonheur le désespoir me reste; L'amour rallume en vain ses plus tendres transports, Mon cæur n'appartient plus qu'à l'horreur des re

mords. Oui, d'une illusion échappée à ma vue Je découvre trop tard l'effrayante étendue : Quels lieux vous déroboient ? quelle aveugle fureur Égara ma raison , et combla mon malheur !

ROSALIE.

Laissons des maux passés l'image déplorable :
Non, mon cæur ne sait plus que vous fútes coupable ;

Je vous vois tel encor que dans ces jours heureux
Où l'amour et l'honneur devoient former nos næuds.
Mais pourquoi me causer ces nouvelles alarmes ?
Vous vous troublez, vos yeux se remplissent de larmes.

SIDNEI.

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Vaine félicité qu'empoisonne l'horreur!
Oubliez un barbare indigne du bonheur.
Je vous revois trop tard, ma chère Rosalie;
Je vous perds à jamais, c'en est fait de ma vie :
Je touche en frémissant aux bornes de mon sort;
Oui, cette nuit me livre au sommeil de la mort.

(à Hamilton.)
Apprenez, déplorez le plus affreux délire.
Vous m'aviez dit trop vrai, le voile se déchire;
Je suis un furieux que l'erreur a conduit,
Que la terre condamne, et que le ciel poursuit:

(Il donne à lire à Rosalie la lettre écrite à Hamilton.) Voyez ce que pour vous mon amour voulut faire Dans les extrémités d'un malheur nécessaire...

ROSALIE.

Que vois-je ? Ayez pitié de mon cæur alarmé;
Laissez...

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SIDNEI.

Il n'est plus temps, le crime est consommé; Tout seconrs est sans fruit, toutes plaintes sont vaines,

Un poison invincible a passé dans mes veines.

ROSALIE.

Barbare!

HAMILTON.
Malheureux !

ROSALIE.

Il faut sauver ses jours, Peut-être en ce malheur il est quelque secours.

HAMILTON.

Je me charge de tout; comptez sur moi, j'y vole :
Ne l'abandonnez pas.

(Il sort.)

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Étoit-ce donc ainsi, cruel ! que vous m'aimiez ?

SIDNEI.

Moi, si je vous aimois ! ah! si vous en doutiez,

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