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An.1236.

sulman avoit quitté le rci son oncle qui le menaçoit

de mort , prétendant vouloir embrasser la religion Paris. 1132.

chrétienne & venir à Rome se faire baptiser par le pape : mais Frideric persuadé que ce n'étoit qu'un prétexte pour colorer la fuite, l'avoit fait arrêter apparemment à la priere du roi de Tunis. Le pape lui en fait un grand crime, comme s'il vouloit empêcher la conversion du neveu , & ajoûte: Il ne vous est pas permis d'ignorer que la faveur du baptême va jusqu'à délivrer les esclaves de la servitude de leurs maîtres , s'ils veulent les empêcher de se convertir. Cette maxime ainsi prise en general seroit fausse & propre à rèndre odieuse la religion chrétienne. Elle

Teroit contraire à l'écriture: selon laquelle le baptê1. Cor. Vol. 20. me ne change rien à la condition des personnes, &

il est ordonné aux esclaves d'obéir à leurs maîtres, quels qu'ils soient. Il est vrai que dans les decretales de Gregoire IX, il y a deux chapitres qui défendent aux Juifs d'avoir des esclaves Chrétiens : encore le premier ordonne-t-il qu'on leur en payera le prix. ' .;';

Dans la suite de la lettre le pape Gregoire renvoye l'empereur Frideric aux exemples de ses prédecesseurs, & ajoîte : Il elt manifeste que Constantin dont la monarchie s'étendoit par tout le monde, du consentement du senát & de tout le peuple de l'empire, a donné au pape les ornemens imperiaux, la ville & le duché de Rome: que vous voulez revolter contre nous par l'argent que vous y répandez; & que laissant l'Italie à la disposition du faint siege ,' il fe choisit eri Grece une nouvelle residence. D'où le S. liege ensuite a transferé l'empire aux Germains en

C. 1. des. 2 de Jud on SAT.

an. 1236. Rin

la personne de Charlemagne, sans diminuer en rien AN1236. la substance de la jurisdiction & de fa superiorité sur les empereurs, à qui l'église donne le glaive dans leur couronnement. Par où vous êtes convaincu de déroger au droit du saint siege , à vôtre foi & à vôtre honneur en méconnoisant celui qui vous a fait ce que vous êtes. Ceraisonnement seroit concluant si les faits sur lesquels il est fondé étoient veritables.

· L'empereur cependant faisoit progrez en Lombardie où il attaqua Verone, prit Vicence au mois de Novembre de la même année 1236. & la brûla en par- Godfr. Mon. tie. Mais aïant appris la revolte du duc d'Autriche, card.'s "Germ.

cod. p. 1026. il fut obligé de retourner en Allemagne. Avant que de partir , il fit prier le pape de travailler à la paix de Lombardie , & le pape y enyoïa deux nouveaux le- vino gats, Rainald évêque d'Ostie & Thomas prêtre care dinal du titre de sainte Sabine : comme il paroît par

ap. Rain. 1236.' la lettre aux prélats de Lombardie pour leur recom-.13* mander ces deux legats, dattée du vingt-neuvieme

Matth. Pari," de Novembre. L'empereur retourna en Allemagne, défit le duc d'Autriche, le dépoüilla de ses étars, & passa l'hiver à Vienne. Cette année 1236. à la Pentecôte qui fut le dix- . LXII.

Fin du B.Jourhuitiéme de Mai , le B. Jourdain tint à Paris le cha- dain. pitre des freres Prescheurs qui fut le second très-ge- B017. 13. Feurs neral. Ensuite, il passa en Palestine pour visiter les saints lieux & les convents de son ordre en cette province. Mais étant dans un vaisseau sur les côtes de Galilée , il fut accuëilli d'une tempête qui le fit perir avec deux freres de son ordre & plusieurs autres per- bid. p. 748. ex sonnes. Ceux qui se sauverent de ce naufrage dirent vius Pp. press depuis qu'avant que les corps de ceux qui y étoient.'

Bern. G:sid. ap.

es to, 4. p. 723,

p. so.

AN. 12 37.

morts fussent enterrez, on avoit vû sur eux toutes
les nuits des lumieres venant du ciel, & que l'on
avoit senti une odeur très-agréable. Jourdain & ses
deux compagnons furent d'abord enterrez sur le lieu:
mais ensuite les freres Prescheurs d'Acre vinrent
avec une barque, & les transfererent dans leur églis,
se. Le B. Jourdin mourut ainsi le treiziéme de Février
1236. c'est-à-dire 1237. avant Pâques.
· Il se fit plusieurs miracles par son intercession, &
on rapporte de lui plusieurs paroles remarquables.
Il vint un jour trouver l'empereur Frideric; & après
qu'ils eurent été long-tems assis ensemble en silence,

Jourdain dit: Seigneur, je vais en diverses provinces B 11.9. 7:1 pour le devoir de ma charge : c'est pourquoi je m'ée } osa Pp.p.stonne que vous ne me demandez pas les bruits qui

courent. L'empereur repondit : J'ai mes envoyez. dans toutes les cours & toutes les provinces, & je sai tout ce qui se fait par le monde. Jourdain reprit: . J. C. savoit tout comme Dieu, & cependant il demandoit à ses disciples ce qu'on disoit de lui. Vous n'êtes qu’un homme, & vous ignorez beaucoup de choses que l'on dit de vous , & qu'il seroit fort à pro-, pos que vous fçussiez. Or on dit que vous opprimez les églises, que vous méprisez les censures ecclesiaItiques, que vous croïez aux augures , que vous favorisez trop les Juifs & les Sarrasins, que vous n'honorez pas le pape vicaire de J. C. Assurément tout cela n'est pas digne de vous. Telle fut la correction qu'il fit à l'empereur.

Un féculier lui dit un jour: Maître, d'où vient ce que nous disons quelquefois entre nous, que depuis que yos freres & les freres Mineurs sont venus, le

tems

tems n'a point été si bon, ni la terre si fertile qu'au- An
paravant: Jourdain répondit : Je pourrois le nier &
vous faire voir le contraire. Mais soit, je vous mon-
tre qu'il est juste. Car depuis que nous fommes ve-
nus au monde, nous l'avons instruit & lui avons dé-
couvert plusieurs pechez qu'il ne connoissoit pas , 8C
que toutefois il ne veut pas éviter, Or ces pechez sont
plus grands étant commis avec connoislance : c'est
pourquoi Dieu envoïe de plus grands Aeaux comme
la sterilité. Et j'ajoûte que li vous ne vous corrigez à
present que vous savez ce que vous devez faire &
éviter , il vous arrivera encore pis.

Comme il étoit en une abbaie de l'ordre de Cisteaux, plusieurs moines l'environnerent & lui dirent: Maître, comment votre ordre pourra-t-il durer en ne vivant que d'aumônes ? A present le monde a beaucoup de devotion pour vous, mais vous savez qu'il est écrit que la charité se refroidira. Il répon- Matsh-EXIV.SES dit avec une extrême douceur : Je vais vous montrer par vos propres paroles que votre ordre manquera plûtôt que le nôtre. L'évangile porte que la charité se refroidira dans le même tems où l'iniquité abondera, & où s'éleveront des persecutions insupportables. Or yous jugez bien que les persecuteurs vous öteront vos biens temporels : & comme vous n'êtes pas accoûtumez à aller d'un lieu à l'autre demander l'aumône, vous perirez necessairement. Nos freres au contraire seront alors dispersez, & feront un plus grand fruit , comme les apôtres , lors qu'ils furent se- 14. VII.4. parez par la persecution. İls iront deux à deux à leur ordinaire cherchant leur vie. Je vous dis plus, ceux qui vous pilleront leur donneront volontiers : com

Tome XVII.

1226, me nous avons souvent éprouvé que les voleurs &

les pillards nous donneroient avec joye de leur butin si nous le voulions recevoir.

On lui demandoit pourquoi les artistes entroient plûtôt dans fon ordre que les theologiens & les decretiftes. Il répondit: Les païsans accoûtumez à boire. de l'eau, s'enyvrent plus aisément quand ils trouvent de bon vin, que les nobles ou les bourgeois qui y font accoûtumez. Les artistes boivent pendant toute la semaine de l'eau d'Aristote & des autres philofophes : c'est pourquoi quand un dimanche ou une fête ils viennent au sermon & entendent les paroles. dc J. C. & de ses serviteurs, ils y sont aisément pris: au lieu que les theologiens ont souvent oüi de semblables discours, & ressemblent à un facristain si accoûtumé à passer devant l'autel , qu'il ne faluë plus.

Se trouvant dans une assemblée d'évêques, ils lui demanderent d'où venoit que les évêques tirez de ces deux ordres fi parfaits des Prescheurs & des Mineurs, ne réüsliffoient pas dans l'épiscopat. Vous devez, dit-il, vous en prendre à vous-mêmes, puisque ce relâchement ne leur arrive qu'après qu'ils ont passé à vôtre ordre : car tant qu'ilsont été dans le nôtre, nous les avons bien corrigez. De plus il y a long-tems que je suis dans cet ordre, & je ne me fouviens point que le pape ni aucun prélat ou chapitre de cathedrale m'ait demandé ou à quelque autre fuperieur un bon sujet pour être évêque. Ils les choisissent eux-mêmes, ou par affection pour leurs parens ou par quelque autre raison peu spirituelle. Il dit une autre fois : H n'est pas étonnant que nos freres ne se conduisent pas 6-bien dans l'épiscopat que les autres religieux;

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