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1.572.

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AN.1239.

ne devoient point se presser de partir inconsiderement
sans l'avoir à leur tête ; & ils leur rendirent les lettres

leur écrivoit sur ce sujet, contenant ses excuses
de ce qu'il ne passoit pas encore. Ces oppositions du
pape & de l'empereur reduisirent les croisez à un
très-facheux état ; ils ne savoient quel parti prendre,

& ils n'étoient plus unis. Plusieurs retournerent chez
Ric. S. Germ.p eux, murmurant contre les prélats qui les avoient en-
Alberic
. 123. gagez à cette entreprise ; plusieurs s'embarquerent à

Marseille avec le roi de Navarre, qui partit de ce port
au mois d'Août , & passa à la terre fainte ; & plu-
sieurs de ceux-là demeurerent en Sicile attendant
les grands qui devoient venir au printems : plusieurs
se rendirent à Brindes par la permission de l'empereur
Frideric.

L'empereur de CP. Baudouin de Courtenai étoit rone apportie à encore en France, où il assembloit tout ce qu'il pou.

voit de croisez pour passer en Romanie. Pour subveAlberic.s.872.. nir aux frais de son voïage & de la guerre contre les

Grecs, il engagea son comté de Namur au roi faint
Louis, dont il étoit parent, pour cinquante mille livres

Parisis , & lui donna la couronne d'épines de N. S.
Hife Stufcess, engagée aux Venitiens. U dit donc au roi & à la rei-

ne Blanche fa mere : Je sai certainement que les sei

gneurs enfermez dans CP. font réduits à une telle exDn Cangen.ll. trêmité qu'ils seront obligez de vendre la sainte cou

rone à des étrangers, ou du moins la mettre en gage.
C'est pourquoi je defire ardemment de vous faire pal-
ser ce précieux trésor , à vous mon cousin, mon sei-
gneur & mon bienfaicteur & au roïaume de France
ma patrie. Je vous prie donc de vouloir bien la re-
cevoir en

pur

don. Baudouin parloit ainsi craignant

XXVII.
La sainte cou-

Paris.

p. 227.
Du Cange bill.
CP.liv. IV, n.
39.

Cor. Sp. D1chene.1o. S..

409.

que leroi ne fist conscience d'acheter une telle relique à à prix d'argent. Le roi fort réjoui de cette proposition rendit beaucoup de graces à Baudouin & accepta la donation ; c'étoit en 1238.

Aussi-tôt il envoïa à CP. deux freres Prescheurs Jacques & André pour l'execution de l'affaire. Jacques étoit prieur du convent de son ordre à CP. avoit souvent vû la sainte courone, & étoit bien instruit de ce qui la concernoit. L'empereur Baudouin fit partir avec eux un envoïé charge de ses lettres patentes , par lesquelles il ordonnoit aux feigneurs de délivrer la sainte courone aux envoïez du roi. Etant arrivez à Constantinople ils trouverent que les barons de l'empire pressez d'une extrême necessité avoient engagé la sainte courone aux Venitiens, pour une grande somme d'argent , à condition que si elle n'étoit retirée dans la S. Gervais, c'est-à-dire, le dix-neuviéme de Juin , elle demeureroit aux Venitiens, l'engagement étant converti en vente ; & que cependant la relique seroit transportée à Venise. Les barons de CP. aïant lû les lettres de l'empereur leur maître, convinrent avec les Venitiens que les envoïez du roi S. Louis porteroient la relique à Venise avec des ambassadeurs de l'empire & des plus grands de leurs citoïens. La caisse qui contenoit la relique fut scellée des seaux des seigneurs François de CP. Ceux qui la portoient y avoient tant de confiance qu'ils s'embarquerent vers Noël de l'année 1238. dans la saison la moins propre à la navigation ; & Vatace l'empereur Grec averti par ses efpions de cette translation, avoit envoïé plusieurs galeres aux differens détroits où les François deyoient passer. Toutefois il ne leur arriva

aucun accident , & ils arriverent heureusement à ve

AN.1239. nise.

Ils mirent la relique en dépôt dans le tresor de la chapelle de S. Marc, & frere André y demeura pour la garder; mais frere Jacques revint promptement trouver le roi S. Louis, & lui raconta & à la reine sa mere l'état des affaires dont ils eurent une grande joïe. Le roi & l'empereur Baudouin envoïerent donc des ambassadeurs à Venise avec freres Jacques chargez d'amples instructions, & de l'argent necessaire pour retirer la relique, & on écrività l'empereur Frideric de donner escorte.& secours aux anibassadeurs s'il étoit besoin : ce qu'il accorda. Ils trouverent à Venise des marchands François, qui sur l'ordre du roi leur offrirent tout l'argent qu'ils desiroient. Les Venitiens eussent bien voulu retenir la relique, mais ne pouvant aller contre leur traité ils la rendirent en recevant leur païement. Les ambassadeurs en aïant re. connu les sceaux semirent en chemin , & eurent toûjours beau tems,ensorte qu'il ne tomba point de pluye sur eux pendant la marche, quoiqu'il plât souvent quand ils étoient arrivez au gîte. Quand ils furent à Troyes en Champagne, ils en envoïerent avertir le roi , qui partit en diligence accompagné de la reine sa mere, de ses freres, de Gauthier archevêque de Sens , de Bernard évêque d'Auxerre, & de quelques autres seigneurs, & rencontra la relique à Villeneuve l'archevêque près de Sens.

On ouvrit la caisse de bois, & on verifia les sceaux des seigneurs François & du duc de Venise apposez sur la chasse d'argent, dans laquelle on trouva un vase d'or contenant la sainte courone. L'aïant dé

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AS AN. 1239.

couverte on la fit voir au roi & à tous les assistans qui répandirent beaucoup de larmes , s'imaginant AN voir J.C. même couronné d'épines. C'étoit le jour de S. Laurent. Le lendemain onziéme d'Août 1239. la relique fut portée à Sens. A l'entrée de la ville le roi & Robert conite d'Artois l'aîné de ses freres la prirent sur leurs épaules, étant l'un & l'autre nus pieds & en chemise: ils la porterent ainsi à l'église metrospolitaine de S. Estiene, au milieu de tout le clergé de la ville, qui vint au-devant en procession très-lõlemnelle. Le lendemain le roi partit pour Paris , où le huitiéme jour se fit la reception de la sainte courone. On dressa près l'abbaïe S. Antoine un grand échaffaut, sur lequel'étoient plusieurs prélats revêtus pontificalement : on montra la chasse à tout le peuple, puis le roi & le comte d'Artois encore nus pieds & en chemise la porterent sur leurs épaules à l'église cathedrale de N. Dame , & de-là au palais , où elle fut mi- Dubois bift.es

"cles. Paris. lib. fe dans la chapelle roïale , qui étoit alors celle de S. XV. c. 4. n. 1. Nicolas.

Mais quelques années après le roi asant encore reçû de CP. une partie considerable de la vraïe croix & plusieurs autres reliques , fit bâtir la sainte Chapelle que nous voïons, de l'architecture la plus riche & la plus élegante qui fût alors en usage; & y fonda un chapitre pour faire l'office divin devant les saintes reliques. L'église de Paris celebre la fête de la sufception de la sainte courone le onziéme jour d'Août ; & l'histoire en fut écrite dès lors par Gautier Cornu archevêque de Sens. :

La même année 1239. Juhel archevêque de Tours Concile de yțint avec ses suffragans un second concile, où il pu- 70X5Pisks.

XXVIII.

Tours.

Av. 1239.

ro 4

. .

propre autorité :

6. 8.

catus.

blia treize canons ou articles de reformation , dont
le premier porte : Avec l'approbation du S. concile :
ce qui montre que cette formule n'étoit pas partịcu-
liere au pape & à ses legats. Ce concile ordonne qu'en
chaque paroisse il y aura trois hommes clercs ou lai-
ques députez pour rendre compte à l'évêque ou à
l'archidiacre, quand ils seront interrogez , des scan-
dales contre la foi & les bonnes mæurs. Les sacre-
mens seront administrez gratis, mais sans préjudice
des pieuses coûtumes. Les curez ou recteurs, comme
on les nomme encore en Bretagne, n’excommuni-
ront point leurs paroissiens de leur
autrement la sentence sera nulle.

Les archidiacres, archiprêtres , ou autres juges ec-
Cang.glof.allo- clesiastiques n'auront hors de la ville ni officiaux ni

alloüez, c'est-à-dire lieutenans; mais exerceront leur
jurisdiction en persone, sous peine de nullité. Les ex-
communications seront portées mûrement après les
monitions & les intervalles convenables; si les excom-
municz n'obéissent, on excommunira ceux qui iront
avec eux aux marchez, aux fours & aux moulins, & en-
fin ceux qui boiront ou mangeront avec eux. On im-
plorera même contre eux, s'il est besoin , le bras secu-
sier; mais on ne prononcera point d'exconmunication
generale contre ceux qui communiqueront avec eux,

pour éviter le peril des ames. Défenses aux moines de Libin kif wau. fervir dans les églises paroissiales. Défense aux clercs

& aux moines d'avoir des servantes dans leurs maisons
& leurs prieurez ; & aux beneficiers ou clercs enga-
gez dans les ordres , de rien laisser par testament à
leurs bâtards ou à leurs concubines. Ces' reglemens
ne donnent pas une idée avantageuse de la face de

l'église.

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