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AN. 1245

18. Juin.

XXVI. Seconde sellion.

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sines, elles ne lui ont servi que d'un spectacle agréable ; & voïant qu'elles donnoient de mauvais loupçons il les a congediées pour toûjours. Ensuite Thadée fupplia le concile de lui accorder un petit délai, pour écrire à l'empereur, & le persuader s'il pouvoit , de venir en persone au concile, ou lui envoïer un pouvoir plus ample. A quoi le pape répondit: A Dieu ne plaise. Je crains les pieges que j'ai eu tant de peine à éviter. S'il venoit je me retirerois aussi-tôt , je ne me sens pas encore préparé au martyre ni à la prison. Ainsi se termina la premiere session du concile,

La seconde se tint huit jours après, savoir le mer

credi cinquiéme de Juillet , & on y observa les mês. Juillet. mes prieres & les mêmes ceremonies. Alors Oudard vshell.co.6 p. évêque de Calvi en Poüille , qui avoit été tiré de l'or

dre de Cisteaux & quiétoit exilé se leva, décrivit toute la vie de Frideric, n'épargnant ni ses vices, ni ses infamies : & dit qu'il tendoit principalement à ramener les prélats & tout le clergé à la pauvreté où ils étoient du tems de la primitive église : ce qui parois-, soit par les lettres qu'il envoïoit de tous côtez. Ensuite se leva un archevêque d'Espagne, qui exhorta fortement le pape à proceder contre l'empereur, rapportant plusieurs entreprises qu'il avoit faites contre l'église, & que son intention avoit toûjours été de la déprimer autant qu'il pourroit. Cet archevêque promettoit au pape que lui & les autres prélats d'Espagnel'aflisteroient de leurs persones & de leurs biens autant qu'il desireroit:or les Espagnols étoient venus au concile en plus grand nombre & à plus grand train qu'au. cune autre nation. Plusieurs autres prélats du concile firent les mêmes offres.

Alors Thadée se leva , & regardant l'évêque de

AN.1.245. Calvi lui dit : On ne doit point ajoûter foi à vos pa- . : roles, ni même yous écouter. Vous êtes le frere d'un f.161. 6:2, traître , qui a été convaincu juridiquement dans la cour de l'empereur mon maître & pendu ; & vous marchez sur les traces. Le prélat se teur , & Thadée . repoussa avec la même vigueur les accusations de

quelques autres. Plusieurs parens & amis de ceux qui avoient été noïez dans la mer ou emprisonez quatre ans auparavant reprochoient cette action à l'empereur. A quoi Thadée répondit : il en fut veritablenient affligé, & ce malheur arriva contre son intention; mais il ne pûr empêcher que dans ce combat naval & la chaleur de l'action les prélats ne fussent confondus & envelopez avec ses ennemis. S'il avoit été present il auroit eu soin de les délivrer. Le pape obe jecta : Après qu'ils furent pris, pourquoi ne lailla-t-il pas aller les innocens en retenant les autres ? Thadée répondit : Il faut se souvenir que le pape Gregoire avoir changé la forme de la convocation du concile, en ce qu'au lieu de n'y appeller que les persones necessaires , il y avoit appellé des ennemis declarez de l'empire, des laïques qui venoienc à main armée,comme le comte de Provence & d'autres. On voïoit clairement qu'ils n'étoient pas appellez pour procurer la paix, mais pour exciter le trouble. C'est pourquoi l'empereur envoïa des lettres par tous les païs, pour prier amiablement les prélats de ne point venir à ce concile frauduleux, prévoïant qu'ils seroient attaquez avec ses ennemis ; & leur déclara qu'il ne leur assûroit point le passage dans ses états. C'est donc justement que Dieu les livrá entre les mains de celui

AN.1245. a

e dont ils avoient méprisé les avis. Toutefois après les

? avoir pris, il vouloit renyoïer les prélats & les autres 5. Juillet.

persones désarmées, quand l'évêque de Palestrine &
quelques autres eurent l'insolence de le menacer &
de l'excommunier en face étant ses prisonniers. Le pa-
pereprit:Si vôtre maître ne se fût pas défié de la bon-
té de la cause, il auroit prélumé que le concile compo-
sé d'un si grand nombre de gens de bien l'auroit ab-
fous plûtôt que de le condamner; mais on voit par sa
conduite quel étoit le reproche de sa conscience. Tha-
déo reprir: Comment pouvoit-il esperer que ce con- ·
cile lui fűt favorable , où il vosoit ses ennemis mêlez .
avec les autres , & où devoit presider le pape Gregoi- .
re son ennemi capital, quand il vosoit qu'ils le mena-
çoient même dans ses fers ? Le pape ajoûta : Si un de
ses prifoniers s'étoit rendu indigne de grace, pour-
quoi a-t-il traité de même les innocens? il n'y a que
trop de raison de le déposer honteusement.

En cette seconde seflion Thadée pria instamment le concile de proroger la troisiéme, parce qu'il attendoit l'empereur , & qu'il avoit des nouvelles certaines qu'il s'étoit mis en chemin pour venir au concile. Les envoïez du roi de France & du roi d'Angleterre insisterent aussi sur cet article, principalement les Anglois, qui prenoient plus d'interêt à la gloire de l'empereur comine beau-frere deleur roi. Enfin le délai fut accordé de douze jours jusques au lundi d'après la huitaine de la seconde session, c'est-à-dire, jusques au dix

septiéme de Juillet. Ce qui déplut fort à plusieurs pré- lats qui séjournoient à Lion à grands frais particulie- rement aux Templiers & aux Hospitaliers qui avoient : envoié des gens armez pour la garde du pape&du con

conc. p. 639.

p. 661.

cile & la sûreté de la ville. L'empereur vint cependant Ani à Verone avec son fils Conrad & quelques seigneurs Mon: ramana i Allemans, & y tint une diete où se trouverent les sei- an. gneurs Lombards de son parti: puis feignant de vouloir aller au concile il s'avança jusques à Turin. Mais quand il eut appris ce qui s'étoit passé à Lion, il dit avec beaucoup de chagrin : Je vois plus clair que le jour que le pape fait tous les efforts pour me deshonorer. C'est cens. p.651.D. le desir de la vengeance qui l'anime , parce que j'ai fait prendre sur mer des pirates Genois ses parens anciens ennemis de l'empire avec les prélats qu'ils conduisoient. Ce n'est que pour ce sujet qu'il a convoqué : le concile ; mais il ne convient pas à un empereur de se soûmettre au jugement d'une telle assemblée, principalenient sachant qu'elle lui est contraire. Or quand on Içût à Lion que Frideric ne vouloit ni venir au con cile , ni envoïer des seigneurs avec un pouvoir suffisant, plusieurs de ceux qui l'avoient favorisé jusqueslà l'abandonnerent.

La troisiéme session du concile se tint au jour marqué lundi dix-septiéme de Juillet. Le pape y ordon- Troisiéme fefna avec l'approbation du concile que désormais, on 17. Juillet.. celebreroit l'octave de la Nativité de la sainte Vier- p.639. E. ge: puis il fitlire dix-sept articles de reglemens, dont p. 045o la plupart regardent la procedure judiciaire : les quatre derniers sont sur des matieres plus importantes.Leo détail de ces premiers reglemens seroit ennuïeux à raporter, principalement pour les lecteurs qui ne sont pas instruits des formalitez de justice; mais on y voit l'esprit'de chicane qui regnoit alors entre les ecclesiastiques, occupez pour la plûpart à poursuivre ou à juger des procez; & c'est ce qui obligeoit les conciles

6. 13.

671.

p.oso. c*p. 14.

AN. 1245.

¿ à entrer si avant dans ces matieres , qui dans de meil17. Joeller. *** leurs tems auroient paru indignes de l'attention des

évêques. Il y a un reglement pour obliger les prélats & les autres administrateurs des biens des églises à acquitter les dettes dont elles étoient chargées & les em

pêcher d'en contracter de nouvelles. On trouve dans Conc. p. 666.

le Sexte des Decretales & ailleurs plusieurs autres
constitutions attribuées au concile de Lion.
· Il fit un decret pour le secours de l'empire de CP,

où il ordonne que la moitié des revenus de tous les *** benefices où les titulaires ne resident pas en persone

au moins pendant six mois , sera appliquée durant trois ans au secours de cet empire. Il excepte les beneficiers qui de droit sont dispensez de la residence : qu'il charge toutefois de donner le tiers de leur revenu s'il excede cent marcs d'argent. Il accorde à ceux qui contribueront à ce secours la même indul... gence de celui de la terre sainte. On peut juger par ce decret de la multitude des beneficiers non residens. Le pape , car c'est toûjours lui qui parle en ces decrets avec l'approbation du concile, le pape, dis-je , ajoûte une exhortation aux prélats d'exciter les peuples dans leurs sermons & dans l'administration de la penitence , à laisser par leurs testamens quelque somme pour le secours de la terre sainte ou de l'empire de Romanie; & d'avoir soin que ces sommes soient fidellement conservées. Il represente ensuite les ravages qu'ont fait les Tarrares en plusieurs païs de la Chrétienté, en Pologne, en Russie, en Hongrie; & pour empêcher leur progrés il ordonne de fermer les avenuës , par des föffez, des murailles ou d'autres ouvrages selon la qualité des lieux. Le pape promet

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6. 16.

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