Images de page
PDF
ePub

AN.1245

[ocr errors]

Marth. Parif. p.

de contribuer magnifiquement au remboursement de ĀR ces dépenfes, & d'y faire contribuer à proportion par 17. Juilles. tous les païs Chrétiens. Le dernier article est pour le fecours de la terre sainte. Le pape ordonne à tous les croisez de se préparer pour se rendre dans le tems qui leur sera marqué de la part aux lieux convenables. Le t. IX. como reste du decret est repecé mot pour mot de celui du

cu 44 Sus, liv. concile de Latran en 1215. Quelques-uns se recrierent LXXVII. n. :6. en presence même du pape sur les contributions pour 595. le secours de CP. & de la terre sainte , en ce qu'elles devoient être remises entre les mains de ceux qui Teroient commis par le pape. Car on s'étoit souvent plaint que la cour de Rome avoit détourné ces contributions.

Après la lecture de ces decrets le pape dit qu'il avoit Concop 604. fait faire des copies de tous les privileges accordez à l'église Romaine par les empereurs, les rois & les autres princes ; & qu'il y avoir fait mettre les seaux de tous les prelats qui étoient presens , voulant que ces copies eussent la même autorité que les originaux. Alors se leverent les envoïez du roi d'Angleterre, pour empêcher l'autorisation de quelques seslions faites à l'église Romaine , solltenant que les seigneurs n'y avoient point consenti. C'étoit apparemment la donation du roi Jean. Ces envoïez se plaignirent aussi des exactions de la cour de Rome , & firent lire une lettre adressée au pape au nom de tout le roïaume f.co. d'Angleterre, qui contenoit en substance :

Nous avons accordé depuis long-terns à l'église Ro- Remontrance maine nôtre mere un subside honnête , nomméle de- des Anglois nier S. Pierre ; mais elle ne s'en est pas contentée, & nous a demandé dans la suite , tant par ses legats,

AN.1245. I

que par ses nonces d'autres secours, qui lui ont étéli17. juillet.

: beralement accordez. Vous n'ignorez pas aussi que nos ancêtres ont fondé des monasteres qu'ils ont richement dotez ; & leur ont même donné le patronage de quelques églises paroissiales. Mais vos predecefseurs voulant enrichir les Italiens dont le nombre est

devenu exceflif, leur ont donné ces cures, dont ils ne : prennent aucun soin, ni pour la conduite des ames ,

ni pour la défense des monasteres dont elles dépendent. Ils ne s'acquittent ni de l'hospitalité , ni des au mônes,ne fongent qu'à prendre les revenus & les emporter hors du roïaume, au préjudice de nos freres & de nos parens, qui deyroient posseder ces benefices & les desserviroient en persone. Or pour dire la verité

ces Italiens tirent de l'Angleterre tous les ans plus de • soixante mille marcs d'argent , qui est plus qu'il n'en revient au roi même.

Nous esperions à vôtre promoțion que vous reformeriez cet abus, mais au contraire nos charges sont augmentées. Le docteur Martin est entré depuis peu dans le roïaume sans la permission du roi, avec plus de pouvoir que n'en eut jamais aucun legat, quoiqu'il n'en prenne point le titre. Îl a confere à des Italiens des benefices vacans de plus de trente marcs de revenu ; & à leur mort il en a substitué d'autres à l'infçû des patrons , qui se trouvent ainsi frustrez de leurs nominations. Il veut encore disposer d'autres benefices semblables, en les reservant à la collation du «S. Liege quand ils viendront à vaguer: il extorque des religieux des taxes excessives, & jette des excommunications & des interdits sur ceux qui s'opposent à fes entreprises. Nous ne pouvons croire qu'il agisse ainsi

par

An. 1245.

pag.6650

Ce contre

par votre ordre, & nous vous prions d'y remedier A promptement; autrement nous ne pourrions souffrir **

. Juillet, plus long-tems de telles vexations. Après la lecture de 12 cette lettre on garda un grand silence; & le pape,quelque instance que fissent les envoiez d'Angleterre, ne répondit autre chose, sinon qu'une affaire de cette importance demandoit une meure déliberation.

Alors Thadée de Suesse vit bien que le pape alloit XXIX. prononcer contre l'empereur son maître. Il se leva Friderico donc & demanda l'autorisation de plusieurs privileges; p. 640. puis il declara que si le pape vouloit proceder contre l'empereur, il en appelloit au pape futur & à un concile general. Le pape lui répondit doucement:Ce concile eft general, puisque tous les princes y ont été invitez tant seculiers qu'ecclesiastiques ; mais l'empereur n'a pas permis à ceux qui sont sous son obéissance de s'y trouver ; c'est pourquoi je n'admets point votre appel. Puis il commença à raconter combien avant que d'être pape il avoit aimé Frideric, & combien il avoit eu d'indulgence pour lui , même depuis la convocation du concile, en parlant toûjours de lui avec honneur; en sorte que quelques-uns avoient peine à croire qu’on dût porter quelque jugement contre lui. Ensuite le pape prononça de vive voix la sentence de déposition contre Frideric, & la fit de plus lire dans le concile; elle contenoit en substance ce qui suit. Le pape Innocent y rapportoit d'abord les démar- Ibid., vg de

Apoftol. 2. de ches qu'il avoit faites dés le commencement de son seri. Sc. in

Guideris non fexto. pontificat, pour traiter de la paix avec Frideric par Pierre de Colmieu, Guillaume de Modene & l'abbé de S. Fagon; & les promesses de l'empereur jurées en son nom le jeudi saint de l'année precedente 1244.

Tome XVII.

17. Juillet.

&xxrx. n. SS. sonc. p. 644.

[ocr errors]

dont il n'avoit rien tenu. C'est pourquoi, continuë le AN. 1245.

So pape , ne pouvant plus fans nous rendre nous-mêmes 7: 641.6. coupables tolerer ses iniquitez, nous sommes pressez 3. Duchesne par le devoir de notre conscience de le punir. Il re20 S. P. 343. duit ensuite les crimes de Frideric à quatre principaux,

qu'il soûtient être de notorieté publique : parjure, saSup. liv.

crilege, heresie, & felonie. Il prouve le parjure par les contraventions à la paix faite avec l'église, c'est-à-dire avec le pape Gregoire IX. en 1230. & plusieurs autres sermens violés. Le sacrilege par la prise des legats & des autres prelats , qui alloient au concile sur les galeres de Genes. L'heresie par le mépris des censures ,

nonobstant lesquelles il a fait cesebrer l'office divin : (8. 6450 par sa liaison avec les Sarrasins, son alliance avec l'em

pereur Vatace schismatique , à qui il a donné sa fille , & d'autres conjectures, qui fondent un soupçon vehement. La felonie est prouvée par la vexation des sujets du roïaume de Sicile fief de l'église Romaine, la guerre contre l'église même & la cessation du paiement dų tribut pendant neuf ans.

Sur tous ces excés, continuë le pape, & plusieurs autres, après avoir déliberé soigneusement avec nos freres & avec le concile , en vertu du pouvoir de lier & délier que J. C. nous a donné en la personne de saint Pierre, nous dénonçons le prince fusdit , privé de tout honneur & dignité, dont il s'est rendu indigne par ses. crimes, & l'en privons par cette sentence, absolvant pour toûjours de leur serment tous ceux qui lui ont juré fidelité, défendant fermement que personne désormais lui obéïsse comme empereur ou comme roi, ni le regarde comme tel; & voulant que quiconque à l'avenir lui donnera aide ou conseil en cette qualité,

foit excommunié par le seul fait. Au reste ceux que regarde l'élection de l'empereur lui éliront librement An. 1245. un successeur dans l'empire; & quant au roïaume de 17. Juillet. Sicile, nous y pourvoierons avec le conseil de nos freres ainsi que nous jugerons à propos. Donné à Lion le seiziéme des calendes d'Août la troisiéme année de notre pontificat ; c'est-à-dire le dix-septiéme de Juil

let 1245.

Aprés la lecture de cette sentence le pape se leva & p. 540. entonna le Te Deum, & quand il fut chanté le concile se separa. Pendant cette lecture le pape & les prelats p.665. tenoient des cierges allumez, & tous les assistans étoient saisis de crainte, comme si c'eût été un coup de foudre accompagné d'éclairs. Les envoïez de l'empereur frapoient leur poitrine en gemissant amerement. Thadée dit ces paroles de l'écriture : C'est ici Sophon. I. 15 un jour de colere, de calamité & de misere , & ils se retirerent chargez de confusion. Il faut toutefois observer que dans le titre de la sentence le pape dit seulement qu'il a prononcé en presence du concile, mais non pas avec son approbation , comme dans les autres decrets. D'ailleurs le pape pretendoit avoir un droit particulier sur l'empire d'Allemagne, depuis Ot- Sup. liv. Ivi. ton premier, & nous avons vû comme Gregoire VII. . 1,. 9111 & ses successeurs avoient soûtenu cette pretention. Quant au roïaume de Sicile, il est certain que c'étoit un fief mouvant de l'église Romaine. Ainsi la dépofition de Frideric II. ne doit point être tirée à confequence contre les autres souverains : Outre que la puifsance ecclesiastique en general ne s'étend point sur 3. Discours: les choses temporelles, comme je l'ai montré ailleurs. n. 1 · Le pape aiant declaré l'empire vacant, declara aussi

1. 1. LXIII.

1. 11.

« PrécédentContinuer »