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glises. Ils ne vendront plus leurs filles pour les donner Ar en mariage, d'où il arrivoit quelquefois que le fils épousoit la veuve de son pere, comme faisant partie de la succesion. Ils observeront dans leurs mariages les degrez de parenté suivant les loix de l’église , & n'auront pour heritiers que leurs enfans legitimes. Aucun d'eux ne fera mourir son fils, ou sa fille, de quelque maniere que ce soit; mais fitôt qu’un enfant sera né, ou dans les huit jours au plus tard, ils le feront porter à l'église & baptiser par le prêtre , en le plongeant trois fois dans l'eau. Tout ceci est remarquable , particulierement les trois immersions. Le reglement continuë : Et parce qu'ils ont été long-tems fans prêtres & sans églifes, d'où il est arrivé que plusieurs sont allez en enfer, faute d’être baptisez , & qu'il en reste encore plusieurs ' qui ne le sont pas : ils se feront baptiser dans un mois , sinon ils sont convenus que l'on confisquera les biens des parens, qui par mépris n'auront pas fait baptiser leurs enfans dans ce terme : ou des adultes qui auront opiniâtrement refusé le baptême en étant requis , & ils seront challez eux-mêmes nuds en chemise hors des terres des Chrétiens , de peur qu'ils ne gâtent les autres par leurs mauvais discours. Tout ceci est bien éloigné de l'ancienne discipline pour la préparation au baptême.

On désigne ensuite les lieux où les Neophytes doivent bâtir des églises ; savoir treize en Pomeranie, fix en Varmie, trois en Natanie, le tout dans la Pentecôté prochaine , & ils promettent de les fourair de calices , de livres, d'ornemens & des au

Tome XVII.

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tres choses necessaires. A leur défaut les chevaliers: devoient les faire bâtir, à leurs dépens , je dis des: neophytes. Les chevaliers promirent aussi de doter ces églises & de fournir à l'entretien des curez en attendant qu'ils pussent recevoir les dixmes, que les neophytes promirent leur apporter chez eux. Ce reglement fut fait en la presence de Henri évêque

de Culm , que le legat avoit appellé expres , & il est Chr. Prul datté du feptiéme de Fevrier 1249. Henri étoit de di,jert. p. 222. l'ordre des Freres Prescheurs & avoit succedé au

moine Christien premier évêque de Culm. En 1251.il changea les chanoines seculiers de fa cathedrale en chanoines reguliers. Il mourut le premier jour de. Juillet 1 254.

En France le cardinal legat Eude de. ChâteauCondamna- 'roux avant que de partir avec le roi pour la ter

** re - sainte, termina une affaire commencée depuis Echard. Sum- long-temps , savoir la condamnation du Talmud $: Thi, vind. des Juifs. Vers l'année 1236. un Juif de la RochelP. 583.

le fort. savant en Hebreu , suivant le témoigna-ge des Juifs mêmes , se convertit & au baptême fut ·nommé Nicolas. Il alla trouver le pape Gre-goire I X. la douziéme année de son pontificat ,

c'est-à-dire l'an 1238. & lui découvrit qu'outre la p. 592. loi de Dieu écrite par Moïse , les Juifs en ont une

autre qu'ils nomment. Talmud, c’est - à - dire doctrine, que Dieu même, à ce qu'ils disent , a enseignée à Moise de vive voix, & qui s'est conservée dans leur memoire , jusques à ce que quelquesuns de leurs sages l'ont redigée par écrit, de peur qu'elle ne tombất dans l'oubli , ce qui compose un volume plus gros fans comparaison que le tex

tion du Talmud. '

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te de la Bible. Or ce livre contient tant d'erreurs & de blasphêmes , qu’on a honte de les rapporter, & & qu'ils feroient horreur à qui les entendroit; & c'est la principale cause qui retient les Juifs dans leur obItination.

Sur cet avis le pape écrivit aux archevêques de France une lettre en datte du neuviéme de Juin 1239. où il dit: Nous vous mandons que le premier samedi du carême prochain , le matin quand les Juifs seront assemblez dans leurs synagogues , vous fassiez prendre tous leurs livres par notre autorité, chacun dans votre province; & les fassiez garder fidellement chez les freres Prêcheurs , ou chez les Mineurs , implorant, s'il est necessaire , le secours du bras seculier. De plus vous ordonnerez à tous ceux qui auront des livres Hebreux, tant clercs que laïques, de vous les remettre ; sous peine d'excommunication. La même lettre fut envoyée aux archevêques des royaumês d'Angleterre , de Castille & de Leon. Le pape écrivit de même aux rois de France, d'Angleterre, d'Arragon, de Castille , de Leon, de Navarre & de Portugal, & en particulier à l'évêque de Paris, pour le charger de faire tenir à leurs adresses toutes ces lettres, qui lui devoient être remises par le Juif Nicolas de la Rochelle. En même temps le pape donna commission au prieur des freres Mineurs à Paris , pour contraindre les Juifs à donner leurs livres, & faire brûler ceux qui contiendroient des erreurs.

Avec ces lettres le pape envoyoit trente-cinq ar- p. 584ticles extraits du Talmud , qui avec plusieurs autres erreurs furent verifiés sur les livres en presen

40.

ce de Gautier archevêque de Sens , des évêques de

Paris & de Senlis, & de frere Geofroi de Blevel de po 596. l'ordre des Prêcheurs , chapellain du pape , & alors

docteur regent à Paris , de quelques autres docteurs en theologie, & des docteurs mêmes des Juifs , qui

reconnurent que ces propositions étoient dans leurs p. 587 livres. Ils avouerent celles-ci entre autres. Que dans

leurs écoles on eftimoit plus l'étude du Talmud, que celle de la bible; & qu'on n'appelleroit point

docteur celui qui sauroit la Bible par cœur, s'il ne Levit. 23.24. savoit le. Talmud. Que les docteurs pourroient se:

dispenser du commandement de sonner de la trompette le premier jour du septiéme mois, & de porter des palmes le quinziéme , fi ces "jours arrivoient au sabat., de peur de le profaner en por:

tant par les ruës une trompette ou une palme. p. 583. Que Dieu. se maudit trois fois toutes les nuits ,

pour avoir abandonné son temple , & reduit les Juifs en servitude. Qu'aucun Juif ne sentira le feu d'enfer, ni aucune peine en l'autre monde , plus de douze mois. Les corps & les ames de tous les méchans seront reduits en poudre, & ne souffriront

plus d'autre peine , excepté ceux qui se sont revolp589. tés contre Dieu., & ont voulu être Dieux, l'en

fer de ceux-là sera éternel. Dieu tient école tous les jours, en instruisant des enfans, & se jouë avec Leviathan.

Ayant soigneusement examiné ces livres des Juifs; on reconnut qu'ils les éloignoient , non seulement du sens spirituel de l'écriture, mais encore du sens litteral, pour la détourner à des fictions & à des fables. Après cet examen , & suivant la délibera

625.

cion de tous les docteurs en theologie & en droit ca-
nonique , tous les livres des Juifs que l'on pût recou-
vrer alors de toute la France furent brûlez, jusqu'à
la quantité de vingt chartées , quatorze en un jour, p. 5833
& fix en un autres

Le pape Innocent IV. étant monté für le faint siege, écrivit au roi saint Louis sur ce sujet le onziéme to. 11. ep. 15. P: de Mai 1244. louant le zele qu'il avoit déja mon- Rain. 1344 tré, & l'exhortant à continuer de faire examiner, M. 41. condamner & brûler par tout son royaume, les livres des Juifs, qui contenoient des erreurs & deş blasfêmes. Ensuite le même pape donna une commission plus particuliere au cardinal Eudes, son legat en France, qui étant chancelier de l'église de Paris , avoit eu part à cette condamnation. Il lui ordonna de fe faire representer le Talmud, & les autres livres des Juifs ; & après les avoir examinés foigneusement, les tolerer en ce qui ne seroit point contraire à la religion Chrétienne , & les rendre aux Echard.p.-sgeza docteurs des Juifs. Sur quoi le cardinal craignant : que le pape ne se laissât surprendre à leurs artifices & à leurs mensonges, lui écrivit une lettre , ou il expose tout ce qui s'étoit passé. en cette affaire sous Gregoire IX. puis il ajoûte : Ce seroit un grand p. 598. scandale, & un opprobre éternel pour le faint fiege, fi on toleroit par son ordre , & si on rendoit même aux docteurs des Juifs des livres brûlez si justement & fi folemnellement, en presence de l'université, du clergé & du peuple de Paris. Cette tolerance paroîtroit une approbation ; car, comme dit saint Jerôme, il n'y a point de si mauvaise doctrine qui ne contienne quelque verité., & tous

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