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. . . . dit avoir eu l'esprit de prophetie. Jean de Parme conduisit si bien sa negociation, que l'empereur An. 1249. & le patriarche envoyerent des apocrisiaires au pape Innocent ; mais ayant été pillés en chemin, ils furent obligés de s'arrêter ; & ensuite de retourner vers leurs maîtres , n'ayant pû arriver auprès du pape, par la difficulté des tems. Enfin la mort du -pape & celle de l'empereur Grec rompirent les mesures que l'on avoit prises pour la réunion. Mais Jean de Parme étoit revenu plusieurs années auparavant, & il étoit auprès du pape dés la fin de I 25 I..

L'empereur Jean Vatace ayant perdu sa premie- XIV. re femme Irene Dascaris , épousa vers l'an 1244. Nicephores Anne' fille bâtarde de l'empereur Frideric , & fæur Blemmyde. de Mainfroi. Elle étoit encore fort jeune, & entre Gregoras. 8.26. les femmes qui vinrent. à sa suite, il y en avoit une Marth. Paris. nommée Marcesine, qui lui tenoit lieu comme de Cang. Famil. gouvernante. Celle-ci également belle & artificieu: Dyze Press Te süt fi-bien charmer l'empereur, qu'il en devint éperduëment amoureux, jusques à lui donner les souliers - de pourpre , & les autres marques de la dignité imperiale; en sorte qu'elle poffedoit seule le cæur du prince; & l'autorité de la cour, & que la jeune imperatrice étoit peu considerée en comparaison.

Un jour Marcesine, autant par curiosité que par dévotion, alla 'au monastere que Nicephore Blemmyde, personnage tres - considerable par fa doctrine & sa pieté, avoit fondé en l'honneur de saint Gregoire Thaumaturge, au lieu nommé Emathie , & done il étoit abbé. Marcesine y vint avec une nom

Iii iij

P. 562.

III ep. 22. 23.

AN. 1 249, sans que,

sans qui le haïssoient mortellement ; mais Pierre prévint leur vengeance & - se cassa la tête contre

une colonne à laquelle on l'avoit attaché, Malef65.131. pini Florentin auteur du temps dit , que Pierre fut

accusé de trahison par envie de son grand pouvoir , & le louë pour sa sagesse & son éloquence. Nous en pouvons juger par ses lettres que nous avons en grand nombre écrites la plûpart au nom de l'empereur Frideric , & qui montrent le mauvais goût

de son fiecle. Parr. Vin. lib. Entres ces lettres il y en a deux de Frideric à saint

Loüis pendant son voyage : la premiere pour favoir de les nouvelles sur le bruit que få fotte avoit été dissipée par une tempête : la seconde, en lui envoyant des vivres & des chevaux , où il témoigne le desir qu'il avoit d'aller en personne à la

croisade, si les affaires que lui suscite le pape ne Matth. Parif. l'en empêchoient. Au mois de May de cette anMaleip.c. née 1249. Hents fils naturel de Frideric & roi de

Sardagne ayant marché contre les Bolognois fut pris en une embuscade & mis en prison, où ils le garderent jusqu'à sa mort , nonobstant les mena

ces de Frideric. Vers le même tems un autre de m. p. ses fils naturels mourut en Poüille, & ces accidens

joints à la trahison de Pierre des Vignes , le toucherent sensiblement. Enfin il fut frappé lui-même de la maladie que l'on nommoit le feu sacré; & se sentant humilié de tant d'adversitez , il offrit au pape des conditions honnestes de paix. Mais le pape les refusa, ce qui lui attira l'indignation de plusieurs nobles, & les rendit favorables à Frideric.

p. 665.

140.

P.Vin. II. ep.

Le An. 1249..

XVI.

à Dam iete.

: Marth. Parif.
1- additam.p.1090.

Le roi saint Louis ayant resolu de passer en Egypte, & d'attaquer Damiete , s'embarqua dans l'islede Chypre , au port de Limesson le jour de l'ascen- Saint Louis sion, treiziéme de Mai 1249. & après avoir été re--..

Gesta Duchestenu quelque tems par les vents contraires , il ar-ne 1: 353. riva devant Damiete le vendredi d'après la Tri- m nité quatriéme de Juin. Dés qu’on l'eût apperçuë , tous les seigneurs se rassemblerent auprès du roi , qui commença à les encourager en ces terines : Mes amis nous serons invincibles si la charité nous rend inseparables. Ce n'est pas sans un coup de providence que nous nous trouvons ici inopinement: abordons hardiment , quelque grande que soit la resistance des ennemis. Ne considerez point ici ma personne , c'est vous qui êtes le roi & l'église : Je ne suis qu'un seul homme, .dont Dieu quand il lui plaira , emportera la vie d'un souffle , comme celle d'un autre. Tout évenement nous eft favorable : fi nous succombons, nous sommes martyrs ; si nous sommes vainqueurs, Dieu en sera glorifié, & la réputation de la France & de toute la Chrétienté augmentée. Il y auroit de l'extravagance à penser que Dieu, qui prévoit tout, m'eût envoyé ici en vain. Il a quelque grand dessein : combattons pour lui , & il triomphera pour nous, non pour notre gloire, mais pour la sienne. Louis étoit alors Joinv.p. 43 dans sa trente-cinquiéme année; d'une taille fi ayantageuse, qu'il paroissoit au-dessus des autres, depuis les épaules. Il avoit tres-bonne mine, principalement · étant armé ; & toutefois le visage doux & affable, les

cheveux blonds , la barbe rasée suivant la mode du tems. . . . .

www.; 2.4.2..we Tome XVII.

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La descente fut resoluë ; mais comme la mer n'est An. 1249.

pas profonde en ce rivage, il fallut quitter les grands vaisseaux & entrer dans les galeres & les barques. Le legat avec sa croix à découvert, étoit dans la même barque que le roi, & elle étoit precedée de celle qui portoit l'oriflame. Et comme on ne trouva pas même assez d'eau pour arriver jusques à terre dans ces bâtimens plats, l'armée Chrétienne , & le roi tout le premier, fauta dans la mer tout armé, & marcha dans l'eau jusques, aux épaules, quoique le rivage fut bordé d'ennemis , qui tiroient inces. samment. Mais les Chrétiens les repousserent, & les forcerent à se retirer. Ils abandonnerent même Damiere pendant la nuit ; & le jour suivant dimanche sixiéme de Juin , les Chrétiens la trouverent vuide, & en prirent possession. Le legat avec le patriarche de Jerusalem, les évêques presens, & un grand clergé, le roi faint Louis & plusieurs autres y entrerent en procession nuds pieds, en presence du roi de Chypre & de quantité de seigneurs , & d'autres personnes. Le legat commença par reconcilier la mosquée , qui dans l'autre prise de la ville, trente ans auparavant, avoit été dediée à la sainte Vierge, en l'honneur de laquelle il y celebra solemnellement la messe ; & le roi se propofa d'établir à Damiete un évêque , comme il y en avoit autrefois & des chanoines. Il resolut d'y passer l'esté, pendant l'inondation du Nil, qui alloit commen

cer, & marcher ensuite au Caire capitale du pais. Baluz.Mifcell. Durant son sejour à Damiete , il en: dora l'église *i 4. . 491.495. cathedrale , lui donnant de grands revenus , tant

dedans que dehors la ville , avec des fiefs pour dix

Sup. liv.
L*XXVII. N. 29.

Mort de Rain

chevaliers. 'L'acte est daté du mois de Novembre de cette année. Mais trois ans après l'an 1252. Da- *

Panor Da AN. 1249. miete étant retournée au pouvoir des infideles , le roi qui étoit encore en palestine donna à l'évêque dépouillé une pension viagere de deux cens livres parisis à prendre sur ses coffres.

Alfonse comte de Poitiers frere du roi qui la- XVII. voit laissé en France se préparoit cependant à lui mand dernier amener du secours. Il se mit en chemin vers la saint Toulouce. Jean de cette année 1249. & se rendit à Aigues- Gelta. p. 358. mortes avec Jeanne son épouse, dont le pere Raimond comte de Toulouse vint les y trouver. Alfonse & Jeanne s'embarquerent le lendemain de la faint Barthelemi vingt-fixiéme d'Août & arriverent à Damiete le dimanche ayant la saint Simon, c'està-dire le 24. d'octobre.

Quelque temps auparavant le comte Raimond Guil. Pod. avoit fait brûler à Agen environ quatre - vingt he- retiques , de ceux qu'ils nommoient croiants, convaincus par leur propre confession ou autrement. Au retour d'Aigues-mortes il fut saisi d'une fiévre à Millau en Rouergue ; & s'avança jusques à un village près de Rodēs nommé Pris , où il demeura allité. Là Durand évêque d'Albi vint le premier le trouver , & le comte se confessa à un fameux hermite nommé frere Guillaume d'Albaronc & reçût la communion de la main de l'évêque avec de grands témoignages d'humilité. Çar lors que le faint Sacrement entra il se leva de fon lit, tout foible qu'il étoit , alla au-devant jusques au milieu du logis & communia à genoux. Quatre autres évêques se rendirent auprès de lui , sçavoir ceux de

Laur. c. 48.

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