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toire contre vous, voulant aussi nous rendre tous coupables de l'avoir écouté avec plaisir ; & par le. An. 1285, moyen de Gregoire votre nonce, qui passoit à Paris, ils ont porté leur plainte contre ce docteur, au roi & à l'évêque de Paris. Le docteur appellé devant l'évêque , a demandé que le nonce fût aussi cité, pour dire de qui il avoit appris ce qu'on lui reprochoit, & representer les memoires qu'il disoit avoir receus contre lui. L'évêque n'osa citer le nonce , ni le nonce comparoîtré en jugement; mais variant en ses discours, & niant ensuite ce qu'il avoit dit d'abord, il se retira subitement de la ville. Enfin l'évêque après plusieurs délais n'aïant trouvé aucune preuve contre Guillaume de saint Amour, qui offrit de fe purger canoniquement devant quatre mille clercs , le déchargea juridiquement de cette poursuite. Ces insultes & plusieurs autres, qui seroient longues à rapporter, nous ont obligé de suspendre jusques à present nos leçons. .

Les docteurs concluent en priant le pape de dé- p. 2917 clarer nulle l'excommunication prononcée par les deux évêques, & leur rendre la liberté qu'ils avoient lors de son avenement au pontificat. Autrement , ajoûtent-ils, fachés que nous transporterons notre école à un autre roiaume, ou bien nous nous retirerons chacun chez nous, pour y jouir de notre Liberté naturelle , plûtôt que de souffrir la servitude de cette société forcée. Alors l'église seroit en danger de tomber dans l'ignorance & l'aveuglement,& d’être ravagée par les heretiques. Nous vous supplions donc, saint Pere, de nous donner

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f. 292.

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te promptement une derniere réponse, sans nous te. AN. I

nir plus long-tems en suspens, afin que nous puis sions pourvoir à nous & à notre école.

Dés l'année precedente l'évêque de Paris envoïa au pape Innocent , un petit livre intitulé Introduction à l'évangile éternel; & le pape Alexandre le fit examiner par trois cardinaux, savoir les évêques de Tusculum & de Palestrine, & Hugues de faint Cher prêtre du titre de sainte Sabine , de l'ordre des freres Prêcheurs. Il fut jugé si mauvais , que le pape manda à l'évêque de Paris de le suprimer , sous peine d'excommunication. La lettre est du vingttroisiéme d'octobre 1255. Mais le douziéme de Novembre, il manda au même évêque de prendre garde que la suppression de ce livre , n'attirât aucun reproche aux freres Mineurs. C'est que Jean de Parme leur general, étoit tenu pour l'auteur de l'Evangile éternel. · Le pape n'eut point d'égard à la remontrance des docteurs de Paris , ni à leur prétenduë separation du corps de l'université; au contraire il écrivit au chancelier de fainte Genevieve, de n'accorder la licence de regenter à Paris en aucune fac

culté à ceux qui refuseroient d'observer la bulle 6. 194. Quasi lignum vita. La lettre est du vingt-cinquié

me de Novembre. Elle fait voir que le chancelier de sainte Geneviéve donnoit alors les licences dans les quatre facultez. Le pape écrivit à même fin aux évêques d'Orleans & d'Auxerre; mais ils remirent l'exécution de ce nouvel ordre, jusques au concile qui se devoit tenir à Paris la même an née,

France.

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Cependant à la priere du roi faint Louis, le pape

An. 1255. Alexandre donna au provincial des freres Prêcheurs

X V. en France, & au gardien des freres Mineurs de Pa- Inquifitioner ris l'office de l'inquisition dans tout le roïaume, ex- Rain. n. 95 cepté les terres du comte de Poitiers & de Toulouse Alfonse frere du roi, dans lesquelles il y avoit des commissaires particuliers pour l'affaire de la foi. Le pape ordonne aux Inquisiteurs, de se faire délivrer les informations, & les autres procedures faites contre les heretiques , par tous ceux qui les ont entre les mains ; & de proceder contre ceux qui seront coupables du même crime, ou seulement diffamés, s'ils ne se soûmettent entierement à l'é glise, & d'implorer, s'il est besoin, le secours du bras seculier. Il leur donne pouvoir d'absoudre les heretiques qui abjureront sincerement , & de faire toutes les procedures necessaires pour l'exercice de leur charge, nonobstant la liberté accordée aux religieux, de ne point recevoir de pareilles commissions. Mais il veut que pour juger les heretiques, ou les condamner à une prison perpetuelle , ils prennent le conseil des évêques diocesains. La lettre est dattée de Rome le treiziéme de Decembre, Cette inquisition generale en France est remarquable, sur tout étant établie à la priere du roi faint Louis. · Vers la fin de cette année 1255. saint Louis re- ,, XVI ceut des nouvelles du cordelier Guillaume de Ru- Guill. de Ru

braquis. bruquis , qu'il avoit envoyé en Tartarie deux ans bra

Haelug to to lo auparavant. Voici la substance de la relation : votre

p. 71. sainte majesté faura que l'an 1253. le septiéme de Bergeron. p. zi Mai, nous nous embarquâmes sur le pont-Euxin

Relation de

que les Bulgares nomment la grande mer; & nous abordâmes à Soldaïa dans la petite Tartarie, le vingt-uniéme du même mois. Nous dîmes que nous allions trouver Sartách, parce qu'on nous ávoit dit qu'il étoit Chrétien, & que nous lui portions des lettres du roi de France : sur quoi nous fümes receus agréablement, & l'évêque du lieu nous dit beaucoup de bien de Sartach, que nous ne trouvâmes pas depuis conforme à la verité. Nous étions cinq personnes, moi , frere Barthelemi de Cremone mon compagnon, notre clerc nommé Goset, porteur des presentes , Homodei notre truchement , & un jeune esclave nommé

Nicolas, que j'avois achepté à C. P. Nous partîH. p.79. mes de Soldaia vers le premier de Juin. Le troiP. 4• siéme jour après nous trouvâmes les Tartares , &

étant entré parmi eux je m'imaginois être venu dans un autre monde.

A l’octave de l'Ascension qui étoit le cinquiéme de Juin , j'eus audiance de Scacataï parent de Baatou, & lui rendis une lettre de l'empereur de C.P. pour obtenir la liberté de passer outre. Scacatai ‘nous demanda si nous voulions boire du cosmos, certain bruvage fait avec du lait de jument, & je m'en excusai pour lors. Or les Chrétiens du pays , Russes, Grecs, & Alains font conscience d'en boire , & leurs prêtres' mettent en penitence ceux qui en boivent : comme s'ils avoient apoftafié. Scacatas me demanda ce que nous dirions à Sartách. Je répondis que nous lui parlerions de la foi Chrétienne. Il demanda ce que c'étoit, diCant qu'il l'entendroit volontiers. Alors je lui ex

pliquai

pliquai le symbole comme je pûs par mon interprête, qui n'avoit point d'esprit, & ne favoit pas s'exprimer. Après l'avoir oui , il secoüa la tête fans dire mot.

La veille de la Pentecôte, des Alains qui sont Chrétiens du rit Grec vinrent à nous. Ils ne sont pas schismatiques comme les Grecs ; mais ils honorent tous les Chrétiens sans distinction. Ils nous apporterent de la viande cuite, nous priant d'en manger, & de prier Dieu pour un d'entre eux qui étoit mort. Je leurs dis qu'il ne nous étoit pas permis de manger de la viande ce jour-là, qui étoit la vigile d'une si grande fête, fur laquelle je les instruisis ; & ils en furent extrêmement rejouis, car ils ignoroient tout ce qui regarde la religion, kors le seul nom de Jesus-Christ. Ils nous demanderent, & plusieurs autres Chrétiens aussi Russes & Hongrois, s'ils pouvoient faire leur salut, étant obligez à boire du cosmos ; & à manger des bêtes mortes d'elles-mêmes, ou tuées par des Sarrasins, cu d'autres infidelles ; qu'ils ignoroient les jours de jeûne, & ne pourroient les observer , quand même ils les connoîtroient. Je les redressai comme je pûs, les instruisant & les fortifiant dans la foi.

Le jour de la Pentecôte huitiéme de Juin, vint à nous un Sarrasin, avec lequel entrant en conversation, nous commençâmes à lui expliquer la foi. Ayant entendu les biens que Dieu avoit faits au genre humain par l'incarnation de Jesus-Christ, la resurrection des morts, & le jugement futur, & que les pechez sont lavez par le baptême : il dit Tome XVII.

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