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verselle comme l'évêque l'est de son église particu- An To liere. Qu'il peut changer tout ce que les conciles ont décidé n'être que de droit positif & en dispenser selon les occurences. Car , ajoûte-il, les peres assemblez dans les conciles ne peuvent rien ftatuer sans l'autorité du pape, sans laquelle on ne peut même assembler de concile. Ces maximes touchant l'autorité du pape étoient nouvelles , & la derniere est manifestement tirée des fausses decretales.

Quant au travail des mains, quelques moines, Dist. 171 dit saint Thomas, ont été anciennement dans cette c.z. erreur, de dire que le travail étoit contraire à l'abandon parfait à la providence, & que le travail recommandé par saint Paul sont les auvres spirituelles. C'est contre cette erreur que saint Augustin a Sup. liv. écrit son traité du Travail des moines, d'où quel 3.ñ 34 ques-uns donnant dans l'excés opposé, ont pris occasion de dire , que les religieux sont en état de damnation s'ils ne travaillent de leurs mains. Nous montrerons au contraire , que les religieux sont en état de salut même sans ce travail. Le travail des mains est de precepte ou de conseil. Si ce n'est qu'un conseil, personne n'y est obligé s'il ne s'y est engagé par vou : donc les religieux dont la regle ne le prefcrit pas, n'y sont point obligés. Si c'est un precepte les feculiers y sont obligez comme les religieux ; & en effet quand saint Paul disoit : Que celui qui ne 2.Theff. 11s veut point travailler ne mange point, il n'y avoit point encore de religieux distinguez des seculiers. . De plus faint Paul ne recommande le travail qu'en es trois cas : pour éviter le larcin, pour ne point desi- toru Jer le bien d'autrui , pour guerir l'inquiétude & la 8. Tome XVII.

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Eph iy. 28. 1. Theff. iv.

2. Thef u.

1. Cor. ix.

CO

6. 16.

P. 73

An. 125. curiosité. Donc ceux qui peuvent subsister de quel

que maniere que ce soit, sans tomber dans ces inconveniens, ne sont point obligés à travailler. Or

les religieux à qui le ministere de la prédication est De op. mon. confié en peuvent subsister, puisque le seigneur a

ordonné que ceux qui annoncent l'évangile vivent de l'évangile : & les moines oisifs contre lesquels écrivoit saint Augustin, n'étoient point ministres de l'église. Enfin le travail des mains doit ceder à des occupations plus utiles , telle qu'est la prédication : les apôtres étoient inspirés , mais les prédicateurs d'aujourd'hui sont obligés de s'instruire par une étude continuelle.

Guillaume de Saint-Amour prétendoit qu'il n'est pas permis à celui qui a du bien de s'en dépouiller entièrement sans pourvoir à sa subsistance, soit en entrant dans une communauté rentée, soit en se proposant de vivre du travail de ses mains. Il fit fur ce sujet un petit traité intitulé : De la quantité de l'aumône , pour montrer qu'elle doit avoir des bor

nes, & que ne se rien reserver c'est tenter Dieu, 6.6. s'exposant au peril de mourir de faim , ou à la neSup. liv. cessité de mandier. Saint Thomas dit que c'est re

nouveller les erreurs de Jovinien & de Vigilence , qui blâmoient la pratique des conseils évangeliques, & en particulier la vie monastique.Ce n'est pas seulement , dit-il, dans la pauvreté habituelle que consiste la perfection de l'évangile , c'est-à-dire dans le détachement interieur des biens que nous possedons réellement ; mais dans la pauvreté actuelle & le dépoüillement effectif de ces biens;& cette perfection ne demande pas qu’on possede des biens

XX11. n. S.

en commun , ou qu’on travaille des mains. Ici il

· 1257, montre bien que les moines les plus parfaits de * l'antiquité renonçoient aux biens même possedés en commun , mais il n'ajoûte pas qu'il vivoient de leur travail sans rien demander à personne. · Il soutient ensuite qu'il est permis à un religieux de vivre d'aumônes aprés avoir tout quitté pour Jesus-Christ. Que les predicateurs envoiés par les cizi superieurs ecclesiastiques peuvent recevoir leur subsistance de ceux qu'ils instruisent : qu'ils peuvent même la demander & mandier quoique valides, & qu'on doit leur donner preferablement aux autres pauvres. Il suppose que les religieux rentez peuvent vivre de leurs revenus sans travailler , en quoi il paroît faire plus d'attention au relâcpement des moines de son temps qu'à la regle de saint Benoît. Il prétend que Jefus-Christ a mandié son pain quand il a dit a Zachée: Descendez promptement je dois Lue xlari loger aujourd'hui chez vous. Il apporte l'exemple de saint' Alexis , dont l'histoire n'est d'aucune autorité ; & des pelerinages en demandant laumône que l'on imposoit pour penitence , suivant la nouvelle discipline & contre l'esprit de l'ancienne. Il dit que la mandicité n'inspire la flaterie & la bassesse servile qu'à ceux qui demandent par cupidité & pour s'enrichir , non à ceux qui se contentent du necessaire : que loin de nuire aux autres pauvres, ils leur procurent par leurs exhortations & leurs conseils des aumônes abondantes. Il met grande difference entre la mandicité forcée & la volontaire, & prétend que celle-ci n'expose pas aux mêmes perils que l'autre. Les mandians valides condamnez par

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les loix ne sont d'aucune utilité au public ; mais AN. 1257• l'aumône donnée aux religieux qui prêchent, est

plûtost une recompense dủë à leur travail, qu’une liberalité. Et les prélats ne font point de tort aux peuples en leur envoiant ces prédicateurs extraordinaires , puisque s'il en coûte plus au peuple, il en reçoit aussi plus d'utilité spirituelle. Le plus mauvais effet de cette dispute est d'avoir rendu odieux aux religieux le travail des mains , & leur avoir fait croire que la mandicité est plus ho

norable. 2. 8 9. doc. Saint Thomas répond ensuite aux reproches ma

lins que l'on faisoit aux religieux mandians : sur la pauvreté de leurs habits , sur les affaires dont ils se mêloient par charité, leurs frequens voyages pour procurer le salut des ames , leurs études pour prêcher plus utilement. On leur reprochoit encore des actions de soi indifferentes, que l'on interpretoit en mal. De se faire valoir eux & leur inftitut & prendre des lettres de recommandation : de résister à leurs adversaires , les poursuivre en justice & les faire punir : de vouloir plaire aux home mes , se réjouir des grandes choses que Dieu faisoit par eux , & de frequenter les cours des rois & les maisons des grands. De plus leurs ennemis s'efforçoient de décrier leurs personnes en diverses manieres ; & avoient pour but de les détruire aba solument. Ils relevoient & exageroient leurs défauts : ils les accusoient de chercher la faveur du monde & leur propre gloire : ils les traitoient de faux apôtres & de faux prophetes : ils leur imputoient les maux que l'église souffre dans toute la

to 13. 14.

c.

a 20. 21. doico

12578

2. Tim. Jili

Opufc. to. 2.

Tuite des temps , disant qu'ils sont les loups , les Ars
voleurs & ceux qui s'insinuent dans les maisons.
Ils leur attribuoient aussi les maux que l'on craint 2.Ti
pour les derniers temps de l'église , voulant per-
fuader que ces temps sont proches & que ces reli-
gieux sont les envoiez de l'Antechrist : enfin ils
š'efforçoient de rendre suspectes leurs prieres , leurs
jeûnes & les autres cuvres manifestement bonnes.
Saint Thomas montre l'injustice de tous ces repro-
ches, & finit ainsi cet ouvrage beaucoup plus solide
& mieux suivi que celui de Guillaume de Saint-
Amour.

Nous avons plusieurs traitez de saint Bonaven- XLITT: ture sur ce sujet , dans lesquels il emploie les mêmes Lettre de s

Bonaventure, preuves que saint Thomas , insistant comme lui sur Or la puissance du pape, & foûtenant que de lui est éma- p.edit. Parisi née toute autorité ecclesiastique. Toutefois nous

nous p. 352. yoions par son propre témoignage , que le relâchement étoit dés-lors considerable chez les freres Mineurs. Car nous avons une lettre de lui en qualité de general de l'ordre adressée à tous les provinciaux & tous les custodes, où il dit : Cherchant les causes de ce que la splendeur de notre ordre s'obseurcit, je trouve une multitude d'affaires pour lesquelles on demande avec avidité de l'argent, & on le reçoit sans précaution, quoique ce soit le plus grand ennemi de nôtre pauvreté. Je trouve l'oisiveté de quelques-uns de nos freres , qui s'endorment dans un état monstrueux entre la contemplation & l'action. Je trouve la vie vagabonde de plusieurs , qui pour donner du soulagement à leurs corps sont à charge à leurs hôtes , & scandalisent au lieu d'édi

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1647

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