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Comme si ce n'était pas assez du conflit Franco-Prussien pour porter à la prospérité des États Européens une atteinte, peut-être irréparable, voilà que la Russie, reprenant la tradition léguée par Pierre Ier, veut provoquer à son tour ce qu'elle appelle un « règlement de compte » et briser les entraves mises à son ambition, par les puissances alliées, après la guerre de Crimée.

Il fallait, du reste, s'attendre à cette complication, elle était indiquée d'avance et découlait naturellement de la situation faite à l'Europe par l'imprévoyance des Puissances Occidentales.

Depuis longtemps, déjà, il était visible que le cabinet de St.-Pétersbourg cherchait une occasion pour modifier, à son profit, le traité du 30 mars 1856. Ce traité qui avait rayé d'un trait de plume la suprématie - tant recommandée par le Czar Pierre-des Russes sur la Mer Noire.

Le moment attendu par l'Empereur Alexandre II semble être venu. Le prince Gortschakoff

dans une récente circulaire déclare carrément que: « des traités enfreints dans plusieurs clauses essentielles et que l'épreuve du temps a condamnés ne sauraient être obligatoires, dans celles de leurs dispositions qui touchent aux intérêts directs de la Russie. »

Pour tenir un langage semblable, il faut évidemment que la diplomatie Russe pense que le moment est arrivé, pour elle, de renouer le fil interrompu de ses traditions.

En conséquence, passant par-dessus ce factum -c'est ainsi que le prince Gortschak off nomme le traité de Paris-le Vice-Chancelier revendique le droit de dénoncer à Sa Majesté Impériale le Sultan la convention qui restreint l'exercice de la souveraineté Russe dans la Mer Noire, en limitant le nombre et la dimension des bâtiments de guerre que les deux puissances riveraines peuvent entretenir dans ces parages.

Il fait plus, il dénonce cette convention avec une légère nuance d'ironie, lorsqu'il ajoute que la Russie «rend à la Turquie la plénitude de tous ses droits.>

Au reste le gouvernement Moscovite se défend de vouloir ressusciter la question d'Orient. Ce qu'il veut, dit le Vice-Chancelier, c'est simplement assurer sa sécurité et sa dignité !!

Ce serait comique si ce n'était odieux.

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Mais ce qui est plus odieux encore, c'est lorsque la circulaire prenant un ton hypocrite dit:

« L'Empereur est prêt à s'entendre avec les Puissances signataires de ce traité en vue d'un arrangement équitable, et propre à assurer le repos de l'Orient et l'équilibre Européen. L'Empereur est convaincu que cette paix et cet équilibre auront une garantie de plus lorsqu'ils seront fondés sur des bases plus justes et plus solides que celles qui résultent d'une position qu'aucune grande puissance ne saurait accepter comme la condition normale de son existence. »

Les bases équitables dont il est question ici, tout le monde les connaît, ce sont celles que le Czar Pierre, indiquait dans ce testament qu'il a laissé à ses héritiers et que l'Europe devrait avoir sans cesse sous les yeux.

Du reste, ce langage ne doit surprendre personne, il est devenu celui de certaines Puissances, et l'on est frappé de son analogie avec celui de M. de Bismarck.

Les Ministres Russe et Prussien emploient les mêmes sophismes; tous deux protestent à chaque occasion de leurs intentions pacifiques, de leur sollicitude pour le repos de l'Europe, et tous deux poursuivent la politique la plus propre à détruire la paix.

C'est au nom de la sécurité de l'Allemagne que

M. de Bismarck et le roi Guillaume mettent aujourd'hui la France à feu et à sang; c'est au nom de la sécurité et de la dignité de la Russie que le Czar et M. Gortschakoff s'apprêtent à rallumer en Orient un incendie dont il serait difficile d'évaluer les ravages.

Le rapprochement est frappant.

Et si nous le faisons, c'est parce que malheureusement il repose sur une base qui n'est plus un mystère pour personne, sur l'existence d'un traité secret entre la Prusse et la Russie.

Cette entente, si fatale à la sécurité de l'Orient, existe depuis 1866, depuis que la victoire de Sadowa a donné à la Prusse la prépotence sur l'Allemagne.

Et qu'on ne vienne pas nier.

Est-ce qu'hier encore le Czar n'a pas élevé au rang de Feld-maréchaux, dans l'armée Russe, le Prince Royal de Prusse et le Prince Frédéric Charles?

Est-ce qu'à chaque victoire des armées Allemandes il n'a pas prodigué au Roi et aux Princes Confédérés les décorations?

Est-ce qu'au premier mot des démarches Russes, le gouvernement Anglais ne s'est pas adressé au roi Guillaume et non au Czar?

Pourquoi? Parce que le gouvernement Britannique, si imprévoyant depuis quelques an

nées, a enfin compris ses fautes, et que la lumière s'est faite pour lui.

Mais le plus coupable de tous les gouvernements, c'est celui qui est tombé sous la honte de la capitulation de Sedan, parce qu'il a préparé et consommé l'alliance de la Russie et de la Prusse.

Si l'ex-Empereur a commis des fautes, combien sont grandes, aussi, celles des ministres de la Grande-Bretagne.

Comment n'ont-ils pas compris que la guerre Franco-Prussienne amènerait fatalement sur le tapis la question d'Orient, et que l'armée de l'Angleterre, pour résister à la Russie, c'était la France!

Pendant que lord Granville et M. Gladstone vantaient leur prudence et leur sagesse, les faits se chargeaient de leur donner une cruelle leçon.

On a peine à comprendre un pareil aveuglement chez des hommes que leur haute position met à même d'être bien informés.

Que va faire la Grande-Bretagne ? Elle arme sa flotte. Mais la Russie est prête et le RoyaumeUni ne l'est pas. Voilà dans quelle impasse la politique Anglaise, si directement menacée dans l'Orient, s'est laissée acculer.

On nous dira que, pour le moment, la Russie n'affiche pas de prétentions exorbitantes. Pour le moment soit!

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