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DES

DEUX MONDES

LXXXII° ANNÉE. – SIXIÈME PÉRIODE

TOME DOUZIÈME

PARIS

BUREAU DE LA REVUE DES DEUX MONDES

RUE DE L'UNIVERSITÉ, 15

1912

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AU

(1)

COUCHANT DE LA MONARCHIE

X2)

LA GUERRE D'AMÉRIQUE. – LE CONFLIT

AUSTRO-PRUSSIEN

Tout le ministère de Necker, du premier jour jusqu'au der. nier, est dominé par la politique extérieure. On ne peut ni clairement comprendre, ni apprécier sainement son administration, si l'on n'a présent à l'esprit le grand fait qui explique la plus grande partie de ses actes, qui lui fait, comme j'ai dit précédemment, restreindre ou ajourner certaines réformes nécessaires, qui lui dicte également certaines résolutions dont il faudra bientòt parler. La clé de sa conduite, pendant ses cinq années d'exercice du pouvoir, se trouve dans les constantes, dans les graves préoccupations causées par la guerre d'Amérique. Sans m'écarter du plan et du dessein de cette étude, — consacrée aux efforts suprèmes tentés pour rénover la monarchie française et éviter la Révolution menaçante, — sans m'égarer dans le détail des pourparlers diplomatiques et des opérations guerrières qui remplissent la période à laquelle nous sommes arrivés, il me faut cependant rapporter brièvement comment cette guerre, si anciennement prévue, si longtemps différée, devint enfin inévi. table, et quelle répercussion elle eut, tant sur la politique inté

(1) Copyright by Calmann-Lévy 1912. (2) Voyez la Revue du 1'' mars.

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rieure du royaume que sur les destinées futures de la dynastie bourbonienne.

I

L'insurrection du Nouveau-Monde contre la domination britannique, quand la nouvelle en vint en France, y secoua l'opinion avec une subite violence. Les humilians souvenirs de la guerre de Sept Ans avaient laissé, un peu partout, un ardent désir de revanche. L'idée d'exercer cette revanche sur la nation que l'on appelait alors « l'ennemie héréditaire » et de venger la perte de tant de belles et de riches colonies, en arrachant une ancienne et fructueuse conquête de ces mêmes mains qui nous avaient ravi les Indes, le Canada, la plus grande partie des Antilles, brusquement cette idée surgit dans l'âme française et s'y implanta fortement. Il s'y mêlait, en outre, une sympathie confuse pour les séduisantes théories de liberté, d'égalité humaine, au nom desquelles les treize États réclamaient leur indépendance, pour les principes philosophiques que proclamait, à la face de la terre, leur fameux manifeste : « Nous regardons comme des vérités évidentes que tous les hommes ont été créés égaux et qu'ils ont reçu de leur Créateur certains droits indéniables... C'est pour assurer ces droits que les gouvernemens ont été établis, tirant leur juste pouvoir du consentement des couvernés... »

Rancune patriotique, instinct guerrier, élan vers des doctrines qui paraissaient alors aussi audacieuses que nouvelles, tout conspirait à provoquer dans les diverses classes de la nation française une excitation, sourde encore, qui devait croître d'heure en heure. « Je vous ai toujours assuré, écrira dès le premier jour un des nouvellistes du temps, du désir du Roi de conserver la paix; mais la nation, qui ne pense pas aussi sagement que son chef, ne rêve et ne parle que guerre. »

Les gouvernans, Louis XVI en tête, se montraient, en effet, ou du moins la plupart d'entre eux, moins ardens

que

les gouvernés. Durant les derniers mois du ministère Turgot, on s'était déjà occupé, dans le Conseil d'Etat, des affaires d'Amérique. Certains ministres, assure-t-on, avaient paru dès lors enclins à prendre le parti de la colonie révoltée, dans l'espoir d'affaiblir la puissance britannique. Turgot s'y était opposé de

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