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meres qui n'éloignent pas de leurs enfants tout ce qui ne les porte pas à la vertu. Elle OCTO. 15.

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de cette modeftie qui tied fi bien aux jeunes perfonnes. L'amour de la parure fuccede à celui de la fimplicité; on veut faire comme les autres, chercher à plaire comme eux; on s'en occupe le jour, on y rêve la nuit ; enfin, à force de vouloir réaliser en foi les prétendus beaux fentiments des Héros des Romans, on s'accoutume à n'aimer que ce que le monde aime & à négliger ce que la Religion prefcrit. Le naufrage fuit de près la témérité que l'on a eue de s'expofer à tant de dangers. Voilà les fruits amers de ces lectures infinuantes & perfides, dont les Parents & les Instituteurs font quelquefois les premiers à donner l'exemple à leurs enfants & à leurs Eleves. Faut-il donc s'étonner fi tous les travaux d'une éducation, faite fouvent à grands frais, se

Thérefe l'avoit éprouvé ce danger ; & plus de vingt ans après, elle déploroit encore les fautes que la lecture des Romans lui avoit fait commettre. Elle ne déploroit pas avec moins d'amertume, celles qui avoient été occafionnées par les mauvaises compagnies. Elle n'avoit cependant fréquenté que peu de perfonnes livrées à la frivolité & au goût du plaifir. C'étoient des perfonnes de fon âge, & de fes plus proches parentes; & malgré toutes les précautions d'un pere attentif & vertueux, peu s'en fallut qu'elle ne se laissât entraîner comme les

terminent par donner à la So-autres. Si le fouvenir de

ciété une foule de fujets médiocres fouvent même corrompus?

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Voulez-vous donc mettre feur innocence à l'abri de la corruption? Prévenez, éloignez le danger. » Empêchez, "dit S. Auguftin, Confeff. 1. » 1. c. 16, qu'ils ne foient en» traînés par ce torrent fatal qui pouffe les enfants d'Eve „ vers cette vafte & péril,, leufe mer dont peuvent » fe fauver à peine ceux qui

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» la traverfent fur le bois de
» la Croix de Jefus-Chrift »;
c'est-à-dire, qui menent une
vie pénitente, & qui fe con-
facrent à la piété par un vé-
ritable efprit de mortifica-
tion.

quelques entretiens mon-
dains, & de la recherche
des vanités fi communes par-
mi les jeunes perfonnes,
faifoit l'objet de fon repen
tir dans un âge plus avancé,
qu'eût-elle dit de fa jeunesse,
fi elle l'eût paffée aux hals &
aux fpectacles, où tout conf-
pire à fafciner les yeux de
la jeuneffe, & à faire gliffer
le vice dans des cœurs inno-
cents?

Saint Chryfoftôme, frap

cite fa mere pour exemple, avouant que toutes fes bonnes qualités firent peu d'imprefOCTO. 15. fion fur fon efprit, en comparaison de ce

qu'elle avoit de défectueux.

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Elle prenoit plaifir à lire des Romans ; ce ,, qui ne l'empêchoit pourtant pas de pren,, dre tout le foin qu'elle devoit à fa famille; & peut-être ne lifoit-elle ces fortes de Livres, que pour faire diverfion à ses douleurs, & pour retenir par cette lecture fes enfants auprès d'elle, de peur qu'ils ne fe perdiffent ailleurs. Cela déplaifoit fi fort à mon pere, qu'il falloit toujours fe tenir fur fes gardes, pour n'en être point apperçu. Je m'appliquai donc à cette dangereuse lecture; & cette faute que l'exemple de ma mere me fit faire, caufa tant de refroidiffement dans mes bons défirs, qu'elle m'en fit commettre beaucoup d'autres...... Je pris d'abord plaifir à me parer; & je fentis naître dans mon coeur le défir de plaire.

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pé du danger que l'on court » précaution à l'égard de nos
dans ces lieux, exhortoit les » enfants, & ne permettons
peres & les meres à en écarter» pas que leurs yeux fe por-
leurs enfants. » Affurément,»tent fur ces affemblées fu-
» leur difoit-il, lorsque nous » neftes: & fi les perfonnes
"voyons un domeftique por- » qui les fréquentent, de-
» ter un flambeau allumé dans » meurent dans notre voisi-
» fes mains, nous n'avons »nage, défendons à nos en-
» rien de plus preffé que de "fants de les voir & de
» lui défendre d'aller dans » converfer avec elles fi
» les endroits où il y a de la » nous voulons empêcher
» paille, du foin, ou toute » que quelque étincelle ne
» autre matiere combustible,
" porte le feu dans leurs
» de peur que fans y penfer, » ames & n'y caufe un
» il ne laiffe tomber une étin-» dommage irréparable, par

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» un incendie général ».

» celle qui embrafe toute la
» maison. Ufons de la même

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,, Mes mains & ma coëffure devinrent l'objet de mes foins; j'aimois les parfums & toutes les autres vanités ; & comme j'étois OCTO. 15. fort curieufe, je n'en manquois pas. Dans ,, tout cela cependant mon intention n'étoit ,, pas mauvaise ; & je n'aurois pas voulu être cause que perfonne eût offenfé Dieu à mon fujet, Plufieurs années fe pafferent "? ainfi dans cet amour extrême de parure & de propreté, fans que je compriffe qu'il y ,, avoit du péché : Mais je vois maintenant combien il devoit y avoir de mal (2). Comme mon pere étoit d'une grande prudence, il ne permettoit l'entrée de fa maifon qu'à mes coufins-germains ; & plût-àDieu qu'il la leur eût refufée, ainfi qu'aux autres Car je conçois à préfent quel eft dans un âge où l'on doit commencer à fe former à la vertu, le péril de converfer ,, avec des perfonnes qui, non feulement ne », comprennent pas combien la vanité du monde eft méprifable, mais qui portent ,, encore les autres à l'aimer. Ces parents n'é,, toient qu'un peu plus âgés que moi : nous étions toujours enfemble : ils m'aimoient extrêmement, & prenoient beaucoup de plaifir à caufer avec moi : ils me parloient du fuccès de leurs inclinations & de leurs folies; je les écoutois avec intérêt ; & voilà la cause de mon malheur.

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Si j'avois à donner confeil aux peres & ,, aux meres, je leur recommanderois furtout de ne laiffer voir à leurs enfants, à cet

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(2) Chap. 2.

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âge, que des perfonnes dont la compagnie ,, pût leur être utile, rien n'étant plus effentiel , parce que nous fommes naturellement plus portés au mal qu'au bien. Je le fais par ma propre expérience; car je ne profitai point des bons exemples d'une de ,, mes foeurs qui étoit fort fage & fort ver,, tueufe au lieu que je reçus beaucoup de préjudice des mauvaises qualités d'une ,, parente qui venoit fouvent me voir..... ,, Lorsque ma liaison avec elle commença, ,, j'avois quatorze ans, & je crois même un ,, peu davantage...... Jufques-là, il me fem

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ble que je n'avois point offenfé Dieu mortellement; fa crainte avoit toujours été gravée dans mon coeur; mais je craignois ,, encore davantage de manquer à ce que l'honneur du monde exige. J'avois, pour la confervation de ce faux honneur, un atta

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"" chement extrême ; & cependant je ne m'ap-
,, percevois pas que je l'expofois de plufieurs
manieres, en ce qu'au lieu de me fervir des
vrais moyens de le conferver, je me bor-
,,nois feulement à bien prende garde de ne
,, pas tomber tout-à-fait.

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Mon pere & ma four voyoient avec peine l'amitié que j'avois pour cette parente, & ils me la témoignerent plufieurs fois : mais comme ils ne pouvoient gueres lui défendre l'entrée de la maifon, leurs fages remontrances furent inutiles; & mon adreffe qui étoit grande, particulierement pour le mal, ,, me fourniffoit les moyens de les tromper.... Je fouhaiterois que mon exemple pût fervir aux peres & aux meres, pour les faire veiller attentivement fur leurs enfants. Les

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converfations de cette parente me change,, rent tellement, que l'on ne reconnoiffoit prefque plus en moi aucune des inclinations ,, vertueufes que j'avois reçues du Ciel; elles avoient fait place aux mauvaises qualités de cette parente, & d'une de fes amies.... ,, Ayant ainfi perdu la crainte du Seigneur, il ne me reftoit plus que celle de manquer à mon honneur ; ce qui me donnoit bien des inquiétudes. Mais comme j'avois naturellement de l'horreur pour les chofes déshonnêtes, je fus toujours très-éloignée de ce qui pouvoit nuire à ma réputation, ,, ne cherchant qu'à paffer le temps en des ,, converfations agréables. Il eft vrai qu'en ,, ne fuyant pas les occafions, on s'expofe à perdre fon innocence, & que je courus, ,,rifque de perdre la mienne. Heureusement Dieu m'en garantit par un effet de sa bonté, quoique pourtant ma conduite ne pût être fi fecrete, que mon honneur n'en fouffrît quelque atteinte & que mon pere n'en prît quelque foupçon,,.

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Il s'apperçut en effet que Thérese n'avoit plus la même piété, & que ce relâchement venoit de la liaison intime qu'il y avoit entre elle & fa parente. En homme prudent & en bon pere, il voulut éviter l'éclat d'une rupture forcée. Il profita du mariage de fa fille aînée , pour mettre Thérefe au Couvent fous prétexte de ne pas la laiffer seule dans fa maison, à l'âge de quinze ans.,, Mon pere, ,, reprend Sainte Thérefe, m'aimoit fi tendrement, & moi j'étois fi diffimulée, qu'il étoit bien loin de me croire auffi mauvaise ,, que je l'étois. Ainfi je ne perdis point fes

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OCTO. 15.

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