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L'étude des chartes, et en général des documents datés de lieu, démontre que les mots de la première série gardent la nasale dans tous les dialectes de la France méridionale, tandis que ceux de la seconde la perdent au centre et à l'ouest des mêmes contrées et ne la conservent guère qu'à l'est, et notamment en Provence.

Si maintenant nous appliquons cette observation au texte de Flamenca, nous remarquerons que notre unique ms. conserve fréquemment l'n là où il est démontré par les rimes que l'auteur du poème la rejetait, les exemples abondent plus-chascuns 82-3, ren - fe 890-1, barnessa - pensa 1059-40, païs-fins 1179-80, res-bens 1577-8, dons (donum)-dos (duo) 1671-2, vostre -monstre 2827-8, etc. Pour rectifier ces rimes il suffit de prononcer chascus, re, pessa, fis, bes, dos, mostre, et c'est sans doute ainsi que faisait l'auteur. De cette discordance entre le poète et le copiste résulte la preuve qu'ils n'étaient point du même pays, et, plus particulièrement, que le second était de la Provence ou d'une contrée voisine.

1 Voy. Diez, Grammatik der roman. Sprachen, 2o ed., I, 392-3.

Par suite de la même tendance notre ms. insère parfois I'n en des syllabes où il n'est point étymologique roncinols 2341, puncella 321, 1359, 1387, etc,denfen 3455, pensansa 4203, menssa 5581 1.

Contrairement à l'usage ordinaire, le son mouillé de In n'est qu'assez rarement exprimé par lh, nh: ponhem 79, ésenhamen 87, senhera 92, vergonha 345, deinharan 387. Notre ms. emploie plus fréquemment :

1o il, in, dont l'i se confond avec la voyelle qui précède conseil 48, 239, ergueil 12, 287, pareils 207, mieilz 797, vermeilz 206, voil 11, 303, nuilz 160, 170, atain 864, bain 2001, Alamainna 122, Bretaina 717, compaina 2455, montaina 685, 2454, remainna 123, laines 1470, deinna 53, esteinna 54, reteina 148, enseina 1272, veinna 149, poina 235, 1212, vergoina 5567, 5570, etc.

20 lli, ni: cavallier 816, 847, mollier 43, 1033, compainia 1695, etc.

3o ll, n: tallava 1585, filla 15, 25, 51, meller 30, aparellat 501, cavallers 787, paballos 204; genos 729, ginos 1798, engiena 5529, essenes 879, sener 882, etc.

L's est souvent redoublée, même après une consonne : baissar (pour baisar) 7128, borssa 7063, consseil 1112, 2861, conssira 5148, faissonada 7229, messeisses 7159, penssa 7648 2; et au commencement des mots lorsque le précédent se termine par une voyelle: la ssala 2655, a ssi 4469, e ssagelada 3395, etc. Ce dernier cas est trèsfréquent en provençal comme en français.

1 Voy. la note sur le v. 3455, et Diez, Gramm. I, 392. 2 Voy. Diez, Gramm. I, 496.

L's tombe quelquefois devant t, c, g, p, f: bitenset 3966, totems 53553, recondes 4025, chacuns 996, egartz 6588, deseperar 4248, deseperat 5034, eforset 6731. C'est un accident très-rare en langue d'oc.

S pour tz. Cette permutation est ici très ordinaire ; agras 4818, digas 4816, plas 4560, sias 4435, solas 4595, voilas 4560,aves 4819, deves 3169, 4816, leges 4822, pres 227, sabes 4817, seres 4821, adus 2360.

Notons enfin que le copiste de notre ms. place souvent c au lieu d's acces 5849, cemdiers 5897, cen (sensus) 6304, c'ellas 7084, aici (pour aisi) 118, etc.; et réciproquement: aisi (pour aici) 51, 3512, sencha 5707, sener 883, sentura 7467, ses (cens) 5602, sire (cierge) 3698, etc. C'est une erreur orthographique qui ne tire pas à conséquence.

Les lettres c et g s'échangent parfois; ainsi c pour g: aques 172 (voy. la note), aquesson 4511, casta 222, encanar 4291, esclai 56; 9 pour & gascu 2087, gastia 1287, vengutz 1119.

Je ne sais s'il faut mettre sur le compte du copiste ou faire remonter jusqu'à l'auteur lui-même les formes qu'affecte l'article singulier dans notre ms. En voici le tableau :

MASCULIN.

Sujet

le,

Rég. lo.

FEMININ.
la ou li,
la.

Déjà Raynouard avait noté l'emploi de li au cas sujet sing. de l'article féminin 1, mais on doit remarquer qu'il

1 Voy. Diez, Gramm., I, 392 3.

2 Notices et extraits des manuscrits, XIII, 2e partie, p. 81.

n'est pas constant; on l'observe aux vers 185, 220, 348, 425, 445, 479 (dureil pour dure li ), 544, 795, 848, 890, 1054, 1113, 1351, etc., mais on a au même cas la 116, 298, 317, 467, 1312, etc. L'usage de li pour la est réprouvé par les Leys d'amors (I, 122), qui l'attribuent à certaines parties de l'Auvergne, (II, 214), mais on le retrouve aussi ailleurs 1. Peut-être faut-il rapprocher de cet usage l'emploi accidentel de vostri pour vostra 2818, 2820.

Si maintenant nous recherchons parmi toutes ces particularités celles qui peuvent servir à déterminer la patrie du ms., nous noterons d'une part la persistance de la nasale comme un caractère des dialectes de l'est; d'autre part l'emploi spécial de a pour e, la rareté de la notation lh, nh, la suppression de l's devant certains consonnes, la substitution fréquente de s à tz indiquent un dialecte voisin de la limite française. La conclusion, que je donne comme simplement probable, est que l'unique ms. de Flamenca a été exécuté dans la région nord-est des pays de langue d'oc.

Etudions maintenant la langue de l'auteur. Nous remarquerons tout d'abord qu'il observe avec grand soin les règles de la déclinaison romane; les rimes en font foi, et si on y rencontre quelques infractions, elles doivent assurément être mises sur le compte du copiste. Chez notre auteur la déclinaison est proprement ce que Raynouard appelait la règle de l's, car, selon l'usage consacré par Raimon Vidal de Besaudun 2, il ajoute l's à des mots qui

1 Diez, Gramm., II, 36, en signale un exemple tiré de la vie de saint Honorat.

2 Gramm. prov. publ. par F. Guessard, 2e édit. p. 77.

C

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ne l'ont point étymologiquement: maisos - rescos 1489-90, faissos sofraitos 1587-8, brasons - razons 1617-8, demors defors 6465-6. Ces exemples sont décisifs parce que maisos, faissos, razons, demors, s'appuient sur des rimes où l's est nécessaire. Contrairement à la doctrine du Donat proensal et des Leys d'amors (II, 10 et 212), cor, cœur, reçoit l's au cas sujet du sing., 808, 1518, 1951., Comme chez les troubadours, comme aussi chez les trouvères, amors demeure invariable. Cependant, et parfois en dépit de la leçon du ms., la rime montre que le poëte ne donnait pas l's à compain 658, 865, ni aux mots en aire, eire, ainsi maire-fraire 1219-20, repaire-paire 2366-7. L'élisior. de preire, 2482, conduit à la même conclusion.

I attribue souvent une forme féminine aux adjectifs. communs granda 3555, rivala 4179, simpla 2104, trista 4131.

Il fait un usage excessif des diminutifs: aboreta 6746, aigueta 6828, amoreta 6014, amigueta 4474, 5050, asau tet 3843,4783, basset 5906, boqueta 2571, 4027, botonet 5992, cambreta 3842, corregeta 5852, donzelletta 5119, esteleta 6578, 3414, fadeta 6237, fantaumeta 5256, fresqueta 5419, ginoseta 2622, joveneta 4429, lagremeta 6808, lasset 1056, 3531, 4014, maleta 2248, Margarideta 4475, 4781, matinet 5464, motet 2940, musquet 5992, novelleta 5885, nudeta 6135, ongleta 6809, pauquet 4004, pellissetas 6795, petitet 1507, 3707, 6359, piuzelleta 2621, solet 650, 4601-2, 5537, sotileta 4631, toseta 3259, uisset 673, vinet 5708. On sait que dans certains patois, notamment en Provence, beaucoup

1 P. 10, variante du ms. Riccardi.

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