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Guyane, à Sinnamary, à l'ile d'Oléron, furent » fallait pas songer à rétablir le trône des Bourconsidérés comme émigrés et mis à la disposition bons en France; qu'ils n'y pourraient arriver du gouvernement, qui ouvrit les portes de la » qu'en marchant sur cinq cent mille cadavres ; France à ceux qui n'avaient pas eu d'intelligences » que son intention était d'oublier le passé, et de avec l'étranger. Plusieurs, tels que Portalis >> recevoir les soumissions de tous ceux qui vouCarnot, Barbé-Marbois, etc., furent même, plus » draient marcher dans le sens de la nation; qu'il tard, appelés à des fonctions publiques. D'autres ► traiterait volontiers avec Châtillon, Bernier, malheureux languissaient depuis cinq ans dans » Bourmont, Suzannet, d'Autichamp, etc., mais les cachots de la république. Un bâtiment parti » à condition que ces chefs seraient désormais d'Angleterre les portait dans la Vendée quand il » fidèles au gouvernement national, et cessefit paufrage sur la côte de Calais. Neuf personnes – raient touto intelligence avec les Bourbons ct étaient à bord appartenant à d'anciennes familles » l'étranger. » Cette conférence dura une demide France. C'étaient des Talmont, des Choiseul, heure, et l'on se convainquit de part et d'autro des Montmorency : traînés de tribunaux en tribu- qu'il n'y avait pas moyen de s'entendre'. Malgré paux, de prisons en prisons, ces émigrés allé- le peu de succès des agents des Bourbons, ceux-ci guaient en vain qu'ils n'avaient pas touché le sol crurent qu'il serait encore possible d'engager Bode la France par leur volonté, qu'ils y avaient été naparte à relever le trône et à leur rendre la coujetés par la tempête. La position de ces hommes ronne. Le comte de Lille, depuis Louis XVIII, se était sacrée ; ils se trouvaient sous les lois de l'hos- décida à écrire au premier consul une lettre qui lui pitalité : le gouvernement consulaire les renvoya fut remise par le second consul Lebrun , lequel la hors du territoire de la république.

lenait de l'abbé de Montesquiou, agent secret du Le serment de haine à la royauté fut aboli. On prince à Paris. Elle était conçue en ces ternies : décida qu'on ne célébrerait plus le 24 janvier. Le « Quelle que soit leur conduite apparente, des consul Bonaparte, qui avait sans doute de bonnes » hommes tels que vous, monsieur, n'inspirent raisons pour penser ainsi , trouvait alors tout ► jamais d'inquiétude. Vous avez accepté une sermeni de haine contraire au bon sens, et ap- » place éminente, et je vous en sais gré. Mieux pelait hautement l'anniversaire de la chute de la

» que personne vous savez ce qu'il faut de force royauté, un jour de calamité nationale , une fête » et de puissance pour faire le bonheur d'une sacrilége, un usage immoral et injurieux à la grande nation. Sauvez la France de ses propres

» cendre des morts. Les consuls s'occupèrent en

» fureurs, vous aurez rempli le premier veu de suite de la distribution des commandements mi

» mon cæur. Rendez-lui son roi, et les généralitaires. Moreau alla commander sur le Rbin , » tions futures béniront votre mémoire. Vous scMasséna en Italie, Augereau en Hollande. St-Cyr » rez toujours trop nécessaire à l'état pour que fut nominé premier lieutenant de l'armée d'Italie je puisse acquitter par des places importantes et décoré d'un sabre d'honneur. L'bôtel des Inva- » la delle de mon aieul et la mienne. Signé lides se peupla de statues de guerriers. Mais ici ► Louis. » perce encore l'esprit monarchique du nouvсau Cette lettre, tout en flattant l'orgueil du pregouvernement. On veut renouer la chaîne du pré-Imier consul, éveillait en lui certaines inquiétusent à celle du passé. A côté de Hoche, de Jou- | des. La réponse était difficile : Napoléon n'en lit bert, de Marceau, de Dugommier, de Dampierre, op plaça Turenne et Condé.

Les émigrés furent pris à ces démonstrations; "L'ouverture de M. le comte d'Artois, a dit depuis Napoils crurent leur cause gagnée. Un des principaux Leon, eut plus d'élégance et de recherche. Il dépėcla la du

chesse de Guiche, femme charmante, très-propre par les agents du corps diplomatique avoua même à Na- graces de sa figure à mêler braucoup d'attraits a l'importance poléon qu'il connaissait leur comité à Paris, et de sa négociation. Elle pénétra facilement auprès de madame il s'engagea à le lui désigner, à condition que son Bonaparte, avec laquelle toutes les personnes de l'ancienne

cour avaient des contacts naturels. Elle la recul à déjeuncr à bondeur ne serait pas compromis et que les indi- la Malmaison, el durant le repas, discourant de Londres, de vidus qui faisaient partie de ce comité seraient l'émigration et des princes. madame de Guiche raconta qu'il y

avait peu de jours, étant chez M. le comte d'Arlois, quelqu'un libres de s'éloigner sans danger. Il lui présenta parlant des affaires avait demandé au prince ce qu'on ferait alors deux de ces agents , Hyde-de-Neuville et pour.le premier consul, s'il rétablissait les Bourbons : ce prince

avait répondu : « D'abord counétable et tout ce qui s'ensuit, d'Andigoé. Napoléon les reçut à dix heures du

pe si cela lui plaisait. Mais nous ne croyons pas que cela fût soir dans un des petits appartements du Luxem- » assez; dous éléverions sur le Carronsel une haute et magni

, fique colonne sur laquelle serait la statue de Bonaparte coubourg. Hyde-de-Neuville lui parut un jeune

ironnant les Bourbons. » Madame Bonaparte rapporta à son homme spirituel , ardent, sans passion. D'Audi- époux les propos de la duchesse de Guiche. « As-tu répondu ,

i lui dit Bonaparte, que cette colonne aurait pour piedestal le gné s'offrit à ses yeux en furibond. Le premier

^ cadavre du premier consul? » La nuit suivante la belle disa consul répondit à leurs propositions « qu'il ne clicsse de Guiche recut l'ordre de quitter Paris. )

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point. Peu de mois après, le ruouarque exilé re- considérables. La renommée de Bonaparte les nouvela ses instances.

effraya, un traité fut signé le 17 maj à Montlu« Depuis longtemps, général, écrivait-il , çon, par l'entremise du général Hédouville. Il » vous devez savoir que mon estime vous est ac- portait soumission de Châtillon, de d'Auticbamp, » quise. Si vous doutiez que je susse susceptible et de l'abbé Bernier , chef de l'insurrection de la ► de reconnaissance, marquez votre place, fixez rive gauche de la Loire '. « le sort de vos amis. Quant à mes principes , je Sur la rive droite de la Loire, Bourmont, » suis Français, clément par caractère, je le Froilé, George et la Prévelage étaient à la tête » serai encore par raison.

des bandes du Maine, de la Normandie et de la » Non, le vainqueur de Lodi, de Castiglione, Bretagne. Bourmont et la Prévelaye se soumirent • d'Arcole, le conquérant de rItalie et de l'É- et vinrent à Paris. George et Frollé continuèrent

gypte ne peut pas préférer à la gloire une leurs déprédations. Les communications entre » vaine célébrité. Cependant vous perdez un Brest et Paris étaient interceptées. Ils rançon» temps précieux. Nous pouvons assurer la gloire paient les riches , sous prétexte qu'ils étaient » de la France. Je dis nous, parce que j'ai be acquéreurs de biens nationaux ; les diligences , » soin de Bonaparte pour cela , et qu'il ne le parce qu'elles portaient, disaient-ils, les deniers » pourrait sans moi.

de l'état; et les banquiers, parce qu'ils étaient Général, l'Europe vous observe , la gloire en relation avec les caisses publiques. Tout ce » vous attend, et je suis impatient de rendre la qui vit à Paris du jeu et de la débauche leur » paix à mon peuple. Signé Louis. » fournissait des hommes et des renseignements. Napoléon répondit à Louis XVIII :

Les généraux Gardanne ct Chambarlhac péné« J'ai reçu , monsieur, votre lettre. Je vous re- trèrent dans le département de l'Orne, et sur» mercie des choses honnêtes que vous m'y dites. prirent dans la maison du général Guidal, å

» Vous ne devez pas souhaiter votre retour Alençon, le jeune Frotté, un des chefs les plus » en France; il vous faudrait marcher sur cent adroits et les plus influents dans le pays. Il fut » mille cadavres.

livré par son hôte, et passé par les armes. Bru» Sacrifiez votre intérêt au repos ct au bonheur lard et quelques chefs de peu de valeur conti» de la France : l'bistoire vous en tiendra compte. nuèrent seuls, au moyen de la croisière anglaise,

» Je ne suis pas insensible aux malheurs de à répandre des libelles et à espionner pour l'émi» votre famille, et j'apprendrai avec plaisir que gration. Dans le Murbiban, George, baltu et » vous êtes environné de tout ce qui peut contri- cerné par le général Brune, rendit ses armes, » buer à la tranquillité de votre retraite. » ses canons, et vint à Paris présenter scs low

En effet, et c'est Bonaparte lui-même qui l'a mages au premier consul : il avait sollicité sponraconté, la Prusse ayant fait des tentatives auprès tanément celte faveur , et pourtant il rêvait de lui pour savoir s'il verrait avec peine la rési- encore aux moyens de déchirer le sein de sa dence des princes français sur le territoire prus-patrie. sien, il lui fut répondu que non. La cour de La guerre civile de l'Ouest étouffée permit au Berlin, enhardie par cette réponse, proposa de gouvernement de disposer de plusieurs régiments leur accorder des secours annuels; on y consen- aguerris , qui furent aussitôt dirigés vers l'Italie. lit également, à condition qu'ils renonceraient L'intérieur était pacifié. Pour faire cesser la à toute intrigue. Là s'arrêtaient le pouvoir et la guerre extérieure, Bonaparte, qui voulait faire volonté du premier consul; le rôle de Monck ne oublier l'usurpation de la souveraineté de la nalui convenait nullement. Pour un homme de son tion en se parant d'un caractère de loyauté et de caractère il n'y avait point de place possible à modération propre à lui concilier l'opinion pucôté d'un roi qui lui aurait dû son royaume.

blique, fit auprès du plus acharné de ses enneCependant, malgré ces concessions, la Vendée mis une démarche louable el hardic. Pouvoir et la chouannerie troublaient dix-huit départe- d'un jour, il traile d'égal à égal avec le souvements de la France. Châtillon avait pris Nantes rain héréditaire d'une grande monarchie. Les et s'y était maintenu vingt-quatre heures, les chouans exerçaient leurs ravages jusqu'aux portes

"Le premier était un vicux gentübomme, bon, ioya , sans

esprit, mais plein de vigueur. Il babita alternativement Paris , de la capitale, et pour comble de malheur up

Nautes et ses terres, et obtint quelques gråces du premier congrand nombre de généraux et d'officiers, tra- sul. Le second avait de l'éducation et l'usage du monde , mais hissant la cause libérale , s'entendaient ostensi- son esprit était des plus bornés ; pendant la terreur il avait

servi comme simple hussard dans les troupes de la république. blement avec eux. Le gouvernement crut en con- Le Iroisicnie eutin, honime de peu d'apparence, mais bon séquence devoir ouvrir des négociations avec les predicateur. Fusé , était cure de Saint-Lo, au commencement

l'insurrection. Napoléon le chargea de négocier le concor. chefs vendéens, tandis qu'il les menaçait de forces

del enlig! evèque d'Orléans.

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vieilles habitudes sont violées ; les courtisans que de l'expérience et de l'évidence des faits, indignés osent à peine en manifester leur sur- » et indiquait « comme le gage le plus assuré et prise. Talleyrand sait fort bien que la respon- le plus naturel de la durée de ce changement la sabilité ministérielle interdit au roi d'Angleterre » restauration de l'ancienne dynastie, événetoute correspondance avec les gouvernements » ment, ajoutait-il, qui assurerait à la France la étrangers. Mais Bonaparte veut obtenir la paix possession incontestée de son ancien ferrien frappant un grand coup, ou , s'il ne l'obtient » loire. » pas, prouver du moins à l'Europe que ce n'est Ainsi, quand la France victorieuse est en pospas lui qui la refuse. Le 5 nivóse an VIII (26 dé- session de la rive gauche du Rhin , lorsqu'elle occembre 1799), il adresse au roi d'Angleterre la cupe la Suisse et la Hollande, l'Angleterre ne lettre suivante :

rougit pas de lui proposer la possession incontes« Appelé par le veu de la nation française à tée de son ancien territoire. Quand les chouans et • occuper la première magistrature de la répu- les Vendéens ont déposé les armes et se sont ral

blique, je crois convenable, en entrant en liés au gouvernement consulaire, elle ose lui pro· charge, d'en faire directement part à votre poser la restauration de l'ancienne dynastie? Lord • Majesté. La guerre qui, depuis huit ans, ravage Grenville avoue toutefois qu'il n'entend pas faire • les quatre parties du monde, doit-elle être éter- du rétablissement des Bourbons une condition o nelle ? N'est-il aucun moyen de s'entendre ? absolue. « Sa Majesté britannique, ajoute-t-il, ne

• Comment les deux nations les plus éclairées prétend pas prescrire à la France quelle sera la , de l'Europe, puissantes et fortes plus que l'exi-forme de son gouvernement. » » gent leur sûreté et leur indépendance, peu- Ces propositions étaient inadmissibles. Talley» vent-elles sacrifier à des idées de vaine gran- rand le sentit bien, et, le 14 janvier, il répon

deur le bien du commerce, la prospérité dit : • intérieure, le bonheur des familles ? Comment « Vos insinuations, Excellence, ne sont pas » ne sentent-elles pas que la paix est le premier moins injurieuses pour la nation française et » des besoins, comme la première des gloires ? » son gouvernement, que ne le serait pour l'An

Ces sentiments ne peuvent être étrangers au gleterre et pour Sa Majesté britannique une ceur de Volre Majesté qui gouverne une na- » sorte de provocation vers le régime républi» tion libre et dans le seul but de la rendre beu- » cain, dont l'Angleterre avait adopté les formes • reuse.

» au milieu du siècle dernier, ou une exhortation » Votre Majesté ne verra dans celte ouverture » à rappeler au trône cette famille que sa nais» que mon désir sincère de contribuer efficace- » sance y avait placée , et qu'une révolution en a » ment pour la seconde fois à la pacification gé- » fait descendre. » Le négociateur finissait , au • nérale, par une démarche promple, toute de reste, par proposer l'envoi de plénipotentiaires, » confiance et dégagée de ces formes qui, né- soit à Dunkerque, soit dans toute autre ville fa• cessaires peut-être pour déguiser la dépen- vorablement située pour la promptitude des com» dance des états faibles, ne décèlent dans les munications. ► états forts que le désir mutuel de se tromper. Le 20, réplique du lord Grenville dans les

· La France , l'Angleterre , par l'abus de leurs mêmes termes et avec les mêmes prétentions; puis forces, peuvent longtemps encore, pour le un message du roi soumet la négociation aux deux • malheur de tous les peuples, en retarder l'é- chambres. L'opposition fut vivc, quoique peu

puisement; mais, j'ose le dire, le sort de toutes nombreuse. M. Tierney sommant Pilt de s'exles nations civilisées est attaché à la fin d'une pliquer sans tant de circonlocutions : « Je ne sais, guerre qui embrase le monde entier.

répondit le ministre, si je pourrai le faire en » Signé BONAPARTE. » » une seule phrase, mais je le ferai en un seul Comme on s'y attendait, le roi d'Angleterre » mot : sécurité... Notre garantie en négociation de répondit pas. Son ministre se chargea de ce » ne peut être avec ce Bonaparte, scul organo soin. Par une lettre du 4 janvier, adressée à Tal- » maintenant de tout ce qu'il y a de pernicieux legrand , lord Grenville, reprochant à la répu- » dans la révolution française !... Supposons, au blique l'initiative des hostilités , peignait la lutte contraire, que l'héritier de la maison de Bourcomme si elle était toute de brigandage et de ra- » bon soit réinstallé sur le trône, il aura assez pine de la part de la France, toute de modéra- » d'occupation s'il travaille à guérir les plaies et tion et de désintéressement du côté de l’Angle- » à réparer les pertes en tout genre, produites terre. Il cherchait en vain dans le nouveau » par une convulsion révolutionnaire de dix angouvernement un changement de maximes et » nées... Dans cette supposition il se passera un d'actes, dont la conviction a ne pouvait résulter » temps considérable ayant qu'un tel monarque

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puisse devenir dangereux à l'Europe... Suppo-cilita la solution des démêlés de la république

sons, d'un autre côté, la paix faite, la coali- avec les États-Unis, et fut un premier pas vers „ tion de l'Europe dissoute, et nos armées licen- l'établissement d'un accord parfait entre les deux

ciées, pouvons-nous penser que les moyens gouvernements. Un conseil spécial fut destiné à » extraordinaires que le système de la révolution prononcer exclusivement sur les neutres et les » laisse à la France ne seront pas toujours au pou- armateurs français. Dès le 18 brumaire le colonel » voir du despotisme militaire? Que ce pouvoir Duroc, un des aides-de-camp du premier consul, » ne peut pas de nouveau faire trembler l'Eu- avait été envoyé à Berlin pour s'assurer des dispo» rope ? Pouvons-nous oublier qu'en dix années sitions de la Prusse , seule grande puissance con► ce pouvoir nous a fait plus de mal que toutes tinentale qui depuis 1795 fût restée en paix avec » les guerres que nous présente notre bistoire la république française, malgré les instances des » depuis l'établissement de la monarchie en cabinets de Pétersbourg et de Londres. Duroc, » France?... Et, avec des considérations aussi après avoir assuré Frédéric-Guillaume II des dis» graves, nous pourrions hésiter encore à déci- positions sincères de la France pour la paix, lui » der si la restauration de l'ancienne monarchie témoigna que Bonaparte serait heureux de lui en » ne nous offre pas plus d'espérance de paix et de devoir la conclusion. La réponse fut, suivant l'u» stabilité que la continuation de ce pouvoir ré- sage des cours , conçue en termes généraux ; et la » volutionnaire sous Bonaparte? »

proposition , éludée sous prétexte que les princes Quel langage ! Ainsi, si le ministère anglais re- en guerre avec la France n'ayant donné à la pousse Bonaparte et son pouvoir révolutionnaire, Prusse aucun sujet de plainte, l'équité ne perc'est à cause des moyens extraordinaires que ce mettait pas de prendre parti contre eux. système met à la disposition du gouvernement Un nouvel allié se présente pour la France, français; et, s'il cherche à nous imposer les Bour-c'est Paul, l'empereur de Russie : il congédie de bons, c'est parce qu'il se passera un temps con- son service le corps d'émigrés français sous les sidérable avant qu'ils puissent devenir dangereux ordres du prince de Condé; mais l'Angleterre se à l'Europe. Il est impossible de pousser plus loin hâte de le prendre à sa solde : aucun sacrifice no

à cc cynisme des aveux, et les Bourbons durent lui coûte quand il s'agit de manifester sa haine être peu fattés d'un espoir outrageant, qui ne contre la France. Deux autres grands actes signas'est que trop réalisé plus tard. Les voix, au lent le mois de mars : l'un est la formation des reste, étaient comptées d'avance, et, malgré iles ioniennes en république des Sept-Iles, sous la une énergique opposition, l'adresse proposée en protection de la Russie et de la Porte, les deux réponse au message du roi fut accueillic par cette cabinets les plus absolus et les plus hostiles contre immense majorité dont Pitt disposait par les toutgouvernement démocratique; l'autre est l'élecmoyens que lui avait légués un de ses prédéces- tion d'un pape à Venise, sur le territoire autrichien, seurs, Walpoole.

au milieu des armes de l'empereur, et c'est l'ascenLa même démarche avait été tentée auprès de dant de l'ennemi le plus redoutable de l'empereur, l'empereur d'Allemagne. Mais ici, bien qu'on ne qui l'emporte. Dès 1797, Napoléon, dans ses parût pas disposé à une négociation immédiate, rapports avec le cardinal Mattei, avait laissé perla proposition du premier consul ne fut pas for- cer une disposition hypothétique de concourir à mellement déclinée, et la modération du langage restaurer l'église de France par sa réconciliation autrichien permit de continuer la correspondance avec le saint-siége. Ces considérations furent d'un Moreau proposa au général Kray un armistice certain poids dans l'élection du cardinal Chiaratant pour l'Italie que pour l'Allemagne; mais ce monti, évêque d'Imola , connu par ses vertus et chef refusa de se mêler de l'Italie; l'Autriche, de par la plus célèbre homélie des temps modernes. son côté, ne voulait pas traiter sans le concours Les négociations avec les puissances ennemies de ses alliés. Bonaparte donc, forcé de reprendre ayant complétement échoué, Bonaparte comprit les armes , laissa la voie toujours ouverte à la qu'il fallait se préparer à la guerre, et se pourvoir négociation, et le cabinet de Vienne sut averti d'argent et de soldats : plusieurs lois, plusieurs arque, si plus tard il avait des propositions à faire, rêtés furent rendus à cette occasion. Ce fut alors il pouvait les transmettre par M. de la Valette, qu'on établitla banque de France, les octrois munichargé d'affaires de France à Dresde.

cipaux, l'impôt du timbre, celui des patentes , les Tout en essayant de traiter avec les ennemis, cautionnements de tous les fonctionnaires compBonaparte ne négligeait pas de resserrer les rela- tables. On ordonna une levée extraordinaire de lions d'amitiéqui le liaient aux puissances neutres. conscrits et de quarante mille chevaux; on créa Le 5 janvier, tout embargo mis sur leurs bàli- le corps des inspecteurs et sous-inspecteurs aux ments fut levé sans restriction. Celle mesure fa- . revues ; on chargea Marescot et Aboville de réor,

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ganiser le génie et l'artillerie. Un parc immense » tourez-le de votre confiance; il ramènera la fut formé à Paris : les approvisionnements, les » victoire dans vos rangs. Je me ferai rendre un munitions, tout marchait d'un pas rapide. » compte journalier de la conduite de tous les

Pendant les campagnes de 1795, 1796 et 1797, » corps et spécialement de la 17€ légère et de la la république française avait entretenu sur le 1 » 63° de ligne : elles se ressouviendront de la Rhin trois armées : l'armée du Nord, ayant son » confiance que j'avais en elles. » quartier-général à Amsterdam et composée de Le général dont parlait Bonaparte était Mas vingt mille Bataves environ, et d'autant de Fran- séna , qu'il rappela de la Suisse pour lui confier çais; celle de Sambre-et-Meuse, ayant son quar- l'armée d'Italie. Tout y changea bientôt de face: tier-général à Dusseldorf et commandée par Jour- les corps se réorganisèrent, les subsistances fudan; enfin celle du Rhin, ayant son quartier. rent assurées, et la désertion cessa. En même général à Strasbourg et commandée par Moreau. temps Brune allait sur la Loire commander l'arEn 1799, la France étant maîtresse de la Suisse, mée de l'Ouest; Augereau le remplaçait dans le on forma deux armées : l'une appelée armée du commandement de la Hollande, et les hées du Rbin, l'autre armée d'Helvétie. La première prit Rhin et d'Helvétie, réunies en une seule sous le plus tard le nom d'armée du Danube. Au mois de nom d'armée du Rhin , étaient confiées à Moreau. janvier 1800, la seconde était cantonnée en Suisse, Ce dernier corps, composé de cent cinquante et celle du Bas-Rhin, sous Lecourbe, sur la rive mille vieux soldats , était un des plus beaux qu'ait gauche du Rbin; celle de Hollande, sous Brune, jamais eus la république. Ce fut alors que la provoyait s'embarquer la dernière division du duc clamation suivante fut mise à l'ordre du jour des d'York. Celle d'Italie, battue à Genola, se ralliait armées : en désordre aux Apennips; Coni ouvrait ses « Soldats! en promettant la paix au peuple portes. On prit enfin les quartiers d'hiver : les français, j'ai été votre organe; je connais votre

» Autricbiens dans les belles plaines du Piémont; » valeur, vous êtes les mêmes bommes qui conles Français, de Gênes au Var, dans un pays » quirent la Hollande, le Rbin , l'Italie, et donépuisé. La cavalerie, les charrois y périrent de » nèrent la paix sous les murs de Vienne. Solmisère; les maladies, la désertion dépeuplèrent » dats ! ce ne sont plus vos frontières qu'il faut les rangs; des corps entiers repassèrent le Var. » défendre , ce sont les états ennemis qu'il faut Le désordre était à son comble. Bonaparte se dé- » envahir. Il n'est aucun de vous qui n'ait fait cide à adresser aux troupes la proclamation sui- campagne, qui ne sache que la qualité la plus

» vante :

» essentielle d'un soldat c'est de savoir supporter Soldats, les circonstances qui me retiennent » les privations avec constance; plusieurs années ► à la tête du gouvernement m'empêchent de me » d'une mauvaise administration ne peuvent être ► trouver au milieu de vous : vos besoins sont » réparées dans un jour. Premier magistrat de

grands; toutes les mesures sont prises pour y » la république, il me sera doux de faire con-
• pourvoir. La première qualité du soldat est la » naître à la nation entière les corps qui méri-
· constance à supporter la fatigue et la privation; » teront par leur discipline et leur valeur d'être

la valeur n'est que la seconde. Plusieurs corps » les soutiens de la patrie.
ont quitté leurs positions ; ils ont été sourds à » Soldats ! lorsqu'il en sera temps, je serai au

la voix de leurs officiers : la 17€ légère est de » milieu de vous, et l'Europe se souviendra que
• ce nombre. Soot-ils donc morts les braves de » vous êtes de la race des braves. »
• Castiglione , de Rivoli, de Newmark? Ils eus- Cependant Paul ier, voyant que l'élite de ses
► sent péri plutôt que de quitter leurs drapeaux, armées avait péri en Italie, en Suisse, en Hol-

et ils enssent ramené leurs jeunes camarades à lande; mécontent de la politique de l'Autriche
► l'honneur et au devoir.

et de l'Angleterre, et trouvant dans le consulat » Soldats, vos distributions de vous sont pas des gages de stabilité qu'il cherchait en vain dans régulièrement faites ? dites-vous. Qu'eussiez- le directoire, changeait subitement de conduite, » vous fait, si, comme les 4 et 22° légères, les et, sans abandonner positivement la coalition , • 180 ei 52° de ligne, vous vous fussiez trouvés ordonnait à ses troupes de repasser la Vistule. » au milieu du désert, sans pain ni eau, man- Cetie défection ne découragea pas l'Autriche. geant du cheval du chameau? La victoire Cent quarante mille bommes jetés en Italie sous

nous donnera dn pain , disaient-elles ; et vous, les ordres du seld-maréchal Mélas, menaçaient » vous désertez vos drapeaux !

Gênes, Nice, Toulon, attendant dix-liuit mille • Soldats d'Italie, un nouveau général vous Anglais, vingt mille Napolitains, et se flattant • commande; il fut toujours à l'avant-garde dans d'insurger le midi de la France où les Bourbons » les plus beaux moments de votre gloire; en croyaient avoir de nombrcux partisans. Unc au

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