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ebâmes tous, d'ailleurs, dans l'ordre accoutumé; je restai pour fermer la tente , et, après les grandes fatigues du jour, je tombai bientôt, ainsi que les autres, dans un sommeii profond et restaurant. i

A peine commençai-je à jouir de sa dou*ceur, que je fus réveillé par l'inquiétude dea poules perchées sur le faîte de la tente, et par un fort aboiement de nos chiens vigilans. Je courus proniptçinent à leur secours; ma femme et Fritz furent aussi réveillés et alertes : nous prîmes tous les trois des armes, et nous sortîmes de la tente. « Veux-tu aussi fairo feu, chère amie I dis-je à ma femme.

—Oui, sans doute, s'il le faut, répondit-elle, j'oserai tout ce que notre sûreté et celle de nos chers enfans demanderont; mais il vaut peut-être mieux que je vous laisse ce soiu, et que je m'occupe à charger les fusils à mesure que vous tirerez, et à vous les présenter.

— Bien , dis-jo; à présentations courageusement voir à quel ennemi nous avons alfuire. No* chiens continuaient d'aboyer avec force, et il s'y joignait d'autres hurlemens. Noussortîmes de la tente : à notre grand étonnemont, nous aperçûmes bientôt, au clair de la lune, un terrible combat; une douzaine au moins de chakals (i) avaient entouré nos deux braves dogues, qui se défendaient avec un courage inoui. Déjà nos vaillans champions avaient étendu par terre trois ou quatre de leurs adversaires, de sorte que les autres aboyaient timidement autour des chiens, et tâchaient, en les serrant de près, de gagner l'avantage; mais les vigilantes bêtes étaient sur leurs gardes , se tournaient de tous côtés, et ne laissaient pas approcher l'ennemi.

Oh! m'écriai-je, je craignais bien pis que des chakals! nous arrangerons bientôt ces écornifleurs qui nous inquiètent. Voyons, Fritz, tirons en même temps, et visons bien pour ne pas tirer sur nos chiens. Ta mère . commandera; ajuste bien ton ennemi pour ne le pas manquer; le mien ne m'échappera

(i) Le chakal est un quadrupède commun dans l'Afrique et l'Asie. Il tient le milieu entre le loup et le chien, il ressemble aussi au renard pour la grandeur et le poilmais ses jambes sont plus courtes et son poil est d'un jaune vif et brillant; il est connu sous le nom de loup doré. Le cliakal joint à la férocité du loup la familiarité du chien; sa voix est un mélange de hurlement et d'aboiement; il ne va jamais seul, mais toujours par troupes de vingt, trente ou quarante. Ils se rassemblent le soir pour faire la guerre et la chasse à toute espèce de bétail avec beaucoupde voracité. [Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle, ).

pas. Nous fîmes feu; et voilà deux de nos voleurs de nuit étendus sans vie sur le sable; les autres s'enfuirent, et nous en vîmes qui se traînaient péniblement, étant sans doute blessés; Turc et Bill les poursuivirent et les achevèrent. Quand la bataille fut finie, ils se régalèrent, en véritables Caraïbes, dela chair de leurs ennemis : il fallait qu'ils fussent affamés, car les chiens ne mangent pas volontiers les renards, et le chakal en est une espèce plus sauvage et plus méchante que les renards de nos contrées. La bonne mère, voyant que tout était tranquille, nous exhorta d'aller nous recoucher; mais Fritz me demanda la permission de traîner son chakal tué vers la tente, pour pouvoir le montrer à ses frères le lendemain dès le matin. Sur notre consentement , il alla le chercher, et le. traîna avec beaucoup de peine, car il était de la gros- 9 seur d'un grand chien. Je dis cependant à Fritz que si Turc et Bill n'étaient pas rassasiés , ce dernier chakal devait encore leur être accordé pour récompense de leur bravoure.

Nous en restâmes là : le corps du chakal fut posé à côté de la tente, sur le rocher, près des chers petits dormeurs, qui ne s'étaient point réveillés à tout ce bruit; et, sans autre interruption, nous nous endormîmes à côté d'eux, jusqu'à ce que l'aube du jour commençât à paraître, et que le coq, avec son cri perçant, me réveillât, ainsi que ma bonne femme. Pendant que les enfans dormaient encore, je délibérai avec elle sur le plan des travaux de la journée.

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curieux de savoir ce qui l'excitait. Jack parut le premier, avec le petit singe sur ses épaules.; mais quand ce dernier aperçut le chakal, il se sauva avec terreur dans l'endroit le plus reculé de notre gîte, et se retrancha tellement derrière de la mousse et du foin, qu'on voyait à peine son museau. Les petits furent très-surpris en voyant cette grande bête, d'un fauve doré ; qui se tenait là toute droite sur ses pieds de derrière. « Bon Dieu! un loup , je crois, s'écria François en reculant un peu. — Non, non, dit Jack en s'approchant et le prenant par la pate, c'est un chien jaupe, et qui est mort: il ne bouge pas. — Ce n'est ni un loup, ni un chien, dit Ernest d'un ton de docteur; ne voyez-vous pas que c'est un renard doré? — Ha, ha! s'écria Fritz; monsieur le savant professeur, vous ne savez pas ce que vous dites, cette fois; vous avez si bien pu reconnaître l'agouti, et vous ne connaissez pas un chakal, rien que cela, et que j'ai tué cette nuit!

Cette nuit ! en dormant, sans doute? dit Ernest. .< Fritz. Non, monsieur; en veillant pour votre sûreté, j'ai tué ce chakal pendant votre sommeil, et vous ne savez pas seulement ce

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