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que c'est qu'un chakal, que vous appelez un renard doré.

Ernest. Tu ne le saurais pas non plus, si papa ne te l'avait pas dit.

— Allons, allons, mes enfans, m'écriai-je, point de dispute. Fritz, tu as tort de te moquer de ton frère, lors même qu'il se tromperait. Ernest, tu as tort d'être si sensible à une légère raillerie, et vous avez tous raison quand vous nommez cet animal chien, loup et renard; il tient de ces trois espèces , et il a vraiment le poil doré. »

Les enfans firent la paix, et il y eut questions, narration, admiration sans fin.

« Enfans, m'écriai-je, celui qui commencera la journée sans adresser sa prière à Dieu n'aura ni bonheur ni succès dans ses entreprises; faisons notre dévotion avant d'aller à l'ouvrage. »Ils se mirent tous à genoux autour de moi. Lorsque j'eus fini les prières, il fut question de déjeuner, car l'appétit des petits garçons s'ouvre en même temps que leurs yeux : cette fois-là la mère n'avait à leur donner que du biscuit, et il était si dur et si sec, qu'ils pouvaient à peine l'avaler. Fritz demanda d'y joindre un peu de fromage, et Ernest segUssa vers l'autre tonneau repêché, que l'on n'avait pas ouvert, et que nous pensions être aussi plein de fromage. Au bout d'un moment il revint auprès de nous; la joie-brillait dans ses yeux. « Papa , me dit-il, si nous avions seulement du bon beurre frais étendu suc notre biscuit, il serait bien meilleur, n'est-ce. pas?

— Oui, dis-je, si, si, avec tes éternels si: ce biscuit avec du fromage vaut mieux que tes si..., qui ne signifient rien.

Ernest. Peut-être qu'ils signifieraient beaucoup si on ouvrait cette tonne.

Le P E B E. Quelle tonne, et que veux-tu dire?

Erhest. Que cette autre tonne est pleine de beurre salé excellent; j'y ai fait une petite ouverture avec un couteau; voyez ce que j'en ai tiré-; »et il nous montra une excellente tartine au beurre.

«Ton instinct de gourmand te conduit fort bien , lui dis-je, et tu as eu bon nez. Allons à Fouvrage; qui veut des tartines ? » Tous entourèrent la tonne; mais j'étais dans l'embarras sur la manière la plus prompte et la plus sûre de l'ouvrir. Fritz pensait qu'il fallait ôter un des premiers cercles pour faire sauter un de» fonds; je lui représentai qu'il fallait bien se garder de relâcher les douves, parce que la chaleur du jour, qui serait très-forte, fondrait tout le beurre, qui coulerait dehors. J'eus l'idée de faire, avec le percet, une ouverture assez grande au fond pour en tirer le beurre dont nous aurions besoin, avec une petite p«lle de bois, qui fut bientôt fabriquée. Cela réussit très-bien; nous eûmes, pour notre déjeuner, une coque de noix de coco pleine de beau beurre salé de Hollande, autour duquel nous nous mîmes par terre, désirant plus que jamais du lait de vache ou de coco pour nous désaltérer. Nous fîmes griller notro biscuit, et, lorsqu'il fut bien chaud, nous y mîmes le beurre, qui nous parut excellent.

Nos chiens nous laissèrent déjeuner tranquillement; ils dormaient à côté de nous: mais pendant leur repos, nous vîmes qu'ils n'étaient pas sortis du combat sans blessures; ils en avaient d'assez grandes en plusieurs endroits , et principalement au cou. Dans la crainte que la chaleur ne les envenimât, je fis laver du beurre dans de l'eau fraîche, et je dis à Jack l'intrépide de les oindre pendant qu'ils étaient tranquilles : il le fit avec compassion et adresse; les chiens se réveillèrent, mais ne bougèrent pas, comme s'ils avaient le sentiment du bien qu'il leur faisait, ensuite ils se léchèrent, et ils furent guéris en peu de jours.

«Il ne faudra pas oublier, dit Fritz, de chercher sur le vaisseau si nous ne trouvons pas pour eux des colliers à pointes, pour préserver nos vaillans défenseurs, s'ils ont encore deschakals à combattre; et je n'en doute pas, à présent qu'ils savent le chemin.

— Ah ! dit Jack, je veux moi-même leur faire des colliers , si maman veut m'aider.

La. Mere. Je te le promets, petit fanfaron; . nous verrous ce que ta bonue tôte inventera.

Le Pere. Oui, oui, petit homme, exerce ta force inventrice, tu ne saurais mieux faire; si tu produis quelque chose d'utile, il y aura pour toi éloge et honneur. A présent il est t temps de nous mettre à l'ouvrage; préparezvous, monsieur l'aîné; vous qui, par votre âge et votre prudence, êtes parvenu à la charge de mon conseiller privé, vous viendrez avec moi sur le vaisseau pour sauver ce qui pourra l'être. Vous autres petits, vous resterez encore sous l'aile de la bonne mère, bien sages,bien obéissans, et vous prierez Dieu qu'il nous ramène heureusement vers vous.»

Pendant que Fritz préparait le bateau , j'arrangeai une perche, avec un morceau de toile blanche à un des bouts; je la plantai sur le rivage, de manière que je pusse la voir du vaisseau, et je convins avec mïi femme que , dans le cas de'quelque danger, ils l'abattraient et tireraient trois coups de fusil en signe de détresse, ce qui nous ferait revenir à l'instant; mais je la prévins que, vu tout ce que nous aurions à faire au vaisseau, il était très-possible que nous fussions obligés d'y passer la nuit, et je lui promis, de mon côté, de leur donner des signaux. Cette femme excellente et courageuse y consentit, malgré le danger qu'il pouvait y avoir pour elle à passer une nuit seule avec ses trois enfans; mais elle préféra s'y résoudre, plutôt que de nous exposer à revenir pendant la nuit, qu'elle nous fit promettre de passer dans Dos cuves, et non pas sur le vaisseau.

Nous ne prîmes avec nous que nos armes et leurs charges. Il devait y avoir sur le vaisseau encore assez de provisions pour nous nourrir; le petit singe seulement fut admis, parce que Fritz était impatient de le régaler avec du lait de vache ou de chèvre.

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