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«Voyez, papa, me dit Ernest, si ce ne sont pas là de ces bons œufs de tortue dont Robinson se régalait dans son île? Voyez, ils sont comme des boules blanches, enveloppés d'une peau comme un parchemin mouillé , et nous les avons trouvés dans le sable , près de la mer.

— C'est cela même, mon cher Ernest, lui dis-je; mais comment avez-vous fait cette belle découverte? Cela se lie avec toute notre histoire , me dit ma femme; car j'ai aussi une histoire à raconter , lorsque tu voudras bien m'entendre.

Le Pere. Eh bien , chère amie , prépare ton omelette, tu nous donneras ton histoire pour le dessert : en attendant, je vus délivrer entièrement la vache et l'âne de leur attirail marin; ils doivent en être impatiens. Allons, jeune peuple, venez m'aider. » Je me levai, et tous me suivirent avec joie sur le rivage, où nos animaux étaient encore. Nous eûmes bientôt mis en liberté la vache et l'âne, qui sont de bonnes bêtes; mais quand vint le tour du vilain porc grognard, la chose ne fut pas si facile. Dès que nous eûmes détaché la corde, il nous échappa par un mouvement si brusque et si prompt, que nous ne pûmes le re

tenir; il prit le large , et ni moi ni mes fils nous ne fûmes assez lestes pour le rattraper*. Ernest eut l'idée de lâcher après lui les deux chiens, qui le prirent aux oreilles. Nous arrivâmes à demi sourds des cris affreux qu'il poussait : il se laissa ôter assez paisiblement son corset de liége. Nous chargeâmes toutes ces dépouilles sur le dos de l'âne, et nous revînmes vers la cuisine; mon paresseux Ernest était enchanté d'avoir un serviteur quadrupède pour porter les fardeaux.

Pendant ce temps-là , la bonne mère avait préparé l'omelette, et mis le couvert sur la tonne de beurre , avec des assiettes de bel élain et des services d'argent brillant, qui avaient très-bonne façon : le jambon au milieu, l'omelette vis-à-vis du fromage, formaient un repas dans les règles. Les deux chiens, les poules, les pigeons, les brebis et les chèvres, se rassemblèrent peu à peu autour de notre grand couvert, ce qui nous donnait tout-à-fait l'air de souverains de la contrée. Il ne plut pas aux oies et aux canards d'augmenter le nombre de nos sujets curieux; ils se trouvaient mieux dans leur élément, et restèrent dans une mare , où ils trouvaient en abondance une espèce de petits crabes qui leur

fournissaient une nourriture friande , et nous débarrassaient du soin de pourvoir à leur entretien.

Quand nous eûmes fini notre repas, je fis présenter par Fritz une bouteille de vin de Canarie, que nous avions conquise dans le caveau du capitaine : alors je priai la bonne mère de commencer l'histoire qu'elle nous avait promise de ses faits et gestes pendant notre absence; je lui versai une tasse de coco à demi pleine de la précieuse liqueur. Elle commença son mémorable récit comme ou le verra dans le chapitre suivant.

CHAPITRE VII.

Second voyage de découverte, par la mère de famille.

Tu prétends être curieux de savoir ce que j'ai à te raconter, me dit ma bonne petite femme avec un malin sourire, et tu ne m'as pas laissée prononcer un seul mot de la soirée; mais plus long-temps l'eau s'est ramassée, et plus long-temps elle coule : maintenant donc que tu veux bien m'écouter, je vais m'en donner à cœur-joie; mais cependant, pour ne pas t'impatienter trop long-temps, je vais sauter à pieds joints le premier jour de votre absence, où rien ne fut changé à notre train accoutumé, excepté mes inquiétudes sur votre course, qui m'attachaient sur le rivage de notre place de débarquement , d'où je pouvais voir le vaisseau; mais ce matin , après avoir remarqué avec joie votre signal , et y avoir répondu avec reconnaissance, je cherchai, avant que mes petits fussent levés, une place ombragée pour me reposer, et je n'en pus trouver une seule : il ne croît pas un seul arbre sur cette plage stérile, et l'unique endroit ombragé était derrière notre tente. Alors je me mis à réfléchir profondément sur notre situation. Il est impossible, dis-je à part moi, de rester plus long-temps à cette place, où nous sommes grillés toute la journée à l'ardeur d'un soleil dévorant, et où je n'ai d'autre abri pour m'en garantir qu'une misérable tente, dans laquelle la chaleur est encore redoublée : courage donc! pendant que mon mari et mon fils aîné sont en activité sur le vaisseau pour le bien général, je veux de mon côté être active, courageuse, et travailler avec mes fils cadets au bien de la famille; je veux aller à mon tour de l'autre côté du ruisseau, visiter cette contrée dont Fritz et mon mari m'ont dit tant de merveilles , et voir si je ne trouverai pas une place agréable, ombragée, où nous puissions nous établir. Je vous attendis encore quelques momens; mais ne voyant sur la mer aucune apparence de retour, je résolus, après un repas plus court qu'à l'ordinaire , de hasarder un voyage pour aller à la découverte d'une habitation commode.

» Pendant la matinée, Jack s'était glissé de l'autre côté de la tente, où le chakal de Fritz

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