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consens d'être rôti à la place du premier poulet que vous pourrez attraper. — Pauvre Jack ! dit-elle en riant, tu serais bientôt à la broche, et ce serait dommage, quoique tu n'aies pas beaucoup plus de cervelle qu'un poulet, puisque tu n'as pas songé au seul moyen de les prendre. » Elle passa dans sa tente, en rapporta ses deux mains pleines de pois et d'avoine; elle rappela amicalement la troupe emplumée, qui ne tarda pas à se rassembler autour d'elle; elle s'en fit suivre en leur jetant quelques grains , et la conduisit ainsi jusque dans la tente : lorsqu'elle y fut entrée, et occupée à piquer sa nourriture, elle en ferma l'entrée, et, dans ce petit espace , s'empara facilement de ses poules. Les enfans se regardaient en souriant d'un air honteux. « Grâce pour la broche, maman, s'écria Jack, et je vais vous aider à prendre les prisonniers; » il se glissa dans la tente, et réussit à les saisir : les captifs furent attachés par les pieds et par les ailes, mis dans un panier recouvert d'un filet, et placés en triomphe au-dessus de notre bagage. Ernest imagina deux bâtons courbés en forme d'arc sur le panier, et une couverture par-dessus, pour que l'obscurité les fît tenir tranquilles, car

leur caquetage nous empêchait de nous en

lendre.

'- Nous entassâmes dans la tente tout ce que nous fûmes obligés de laisser; elle fut fermée avec soin par des pieux fichés en terre; nous rangeâmes autour les tonnes vides et pleines, comme un rampart, et nous confiâmes ainsi nos richesses à la protection du tiiel.

Enfin notre marche commença : chacun était armé, petits et grands, d'une gibecière sur le dos et d'un fusil sur l'épaule. Les enfans aiment le changement de place; tous étaient de bonne humeur, et la mère autant que les enfans : elle marchait en avant avec son fils aîné, suivis de la vache et de l'âne; les chèvres, conduites par Jack, venaient ensuite; le petit singe était assis sur le dos de sa nourrice, et faisait mille grimaces; après les chèvres venait Ernest, conduisant les brebis; moi j'étais le dernier; j'accompagnais et je surveillais tout : à côté de la caravane, les chiens allaient et venaient de la tête à la queue, comme de braves adjudans. Notre marche était lente, elle avait quelque chose dé solennel et de patriarcal; il me semblait voir nos premiers pères cheminant dans les déserts avec leur famille et leurs richesses. « Eh bien! Fritz, criai-je à mon fils aîné, tu commences à présent la vie de patriarche, comment la trouves tu? — Fort bien, mon père, me répondit-il; toutes les fois que j'ai lu la Bible, j'ai désiré d'être né dans ces temps-là.

Ernest. Pour moi j'en suis enchanté; il me semble que jesuis, non-seulement un patriarche, mais un Tartare, un Arabe, et que nous allons découvrir je ne sais combien de choses nouvelles. N'est-il pas vrai, mon père, que ces peuples que je viens de nommer passent ainsi leur vie à cheminer d'un lieu à l'autre avec armes et bagages?;

Le Pere. Oui, mon fils; et ces peuplades errantes s'appellent nomades} mais elles ont ordinairement des chevaux et des chameaux, avec lesquels on peut aller plus vite et plus loin qu'avec une vache et un âne. Moi, pour ma part, je désire que ce pélerinage soit le dernier. .1 '. ... li .

Laimerr. Dieu le veuille, et j'espère que dans notre nouvelle demeure, et sous nos beaux arbres, nous nous trouverons si bien, qu'aucun de nous ne voudra la quitter; je consens à prendre à ma charge la fatigue de cette journée, sûre que vous m'en remercierez tous.'

Le Père. Je t'assure, ma bonne amie, lui dis-je, que nous te suivons volontiers, et que nous t& remercions déjà de notre bonheur futur; il doublera pour nous tout en pensant que nous te le devons. r> j-: M '.';'!, > \,.\

Pendant cet entretien nous traversâmes heureusement notre pont. Ce fut là seulement que notre cochon vint aussi se joindre à nous, et contribuer, pour sa part, à la beauté de notre procession : il s'était montré si rétif au moment de notre départ, que nous avions été contraints de le laisser; mais quand il vit que nous étions tous partis, il vint se réunir à nous volontairement , quoique par ses grogneries continuelles il nous témoignât qu'il désapprouvait notre émigration; mais nous le laissâmes grogner:' ''!'.. uo ri,p.. yn.\

Bientôt nous fumes menacés d'un embarras auquel nous n'avions pas songé. La belle herbe qui croissait de l'autre côté du ruisseau était une tentation trop forte pour <nosi bestiaux; ils ne purent résister, et ils se mirent tous à courir de côté et d'autre pour la brouter avec volupté; sans le secours de nos chiens, nous n'aurions pas pu les faire rentrer dans la ligne. Nos braves dogues nous furent très-utiles dans cette occasion, et, lorsque chacun eut répris sa place, nous pûmes continuer notre routé; mais de peur de récidive, j'ordonnai de tourner à gauche et de côtoyer le bord de la mèr, où il n'y avait%point d'herbe qui pût nous arrêter.

Mais à peine eûmes-nous avancé quelques pas sur la grève, que nos deux chiens, qui s'étaient arrêtés dans l'herbe, commencèrent à aboyer et à hurler comme s'ils étaient blessés ou qu'ils se battissent contre une bête féroce. Fritz avait déjà mis son fusil en joue, et s'apprêtait à faire feu; Ernest, toujours un peu craintif, se retirait avec sa mère; Jack courait étourdiment après Fritz, son fusil sur le dos; moi-même, dans la crainte que les chiens ne fussent attaqués par quelque animal dangereux, je disposais mes armes pour aller à leur secours. Mais la jeunesse est plus ardente , et, malgré mes exhortations d'avancer avec prudence, mes deux petits curieux ne firent qu'un saut jusqu'à l'endroit où les chiens s'étaient arrêtés; bientôt je vis Jack accourir au - devant de moi en frappant dans ses mains : «Venez vite, mon père, un grand porc épie (1) ! il est monstrueux ! »

(1) Le porc-épic est un quadrupède des pays chauds

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