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J'arrivai, et je vis qu'il avait dit vrai, quoiqu'en exagérant un peu. Les chiens couraient, le museau ensanglanté, autour de la bête, et quand Turc approchait trop, elle faisait un bruit effrayant, en hérissant ses dards si promptement contre lui, que quelques-uns étaient entrés dans la peau de nos vaillans chiens, et y étaient restés : c'était sans doute la douleur qui les faisait hurler.

Pendant que nous étions à regarder, M. Jack fit un coup de sa tête, qui lui réussit à merveille; il prit un des pistolets qu'il avait mis dans sa ceinture, le banda, et tint le coup si ferme et si près de la tête du porc-épic, qu'il tomba mort au moment où le coup partit, avant que nous nous en fussions aperçus. Jack était au comble de la joie et de la fierté, et Fritz de la jalousie; il était près de pleurer. « Est-ce raisonnable, Jack, lui dit-il, ce que tu viens de faire? Un petit garçon comme toi

qui par sa forme et ses longs tuyaux de plumes implantés sur son corps, ressemble au hérisson; mais sa chair a le goût de celle du porc. Il est de la grosseur d'un gros chat ou d'un lièvre; quand ses piquets sont relevés, il parait beaucoup plus gros : c'est sa seule défense; il se met en boule et présente de tous côtés à l'ennemi ses for midables dents. Il vit de fruits, et dort pendant les six mois d'automne et d'hiver.

faire partir ainsi ton pistolet ! pense donc que tu aurais pu blesser mon père, moi, ou un de nos chiens. — Ah oui, blesser ! n'étiez-? ous pas derrière moi, et les chiens à côté? n'ai-jepas vu cela avant d'ajuster mon coup? me prends-tu pour un imbécile? Celui-là saurait qu'en dire, s'il pouvait parler: du premier coup , paf! roide mort; c'est tirer, cela; tu voudrais bien l'avoir fait, ce coup- là ! » Fritz répondit par un hochement de tête; il était mécontent de ce que son jeune frère lui avait enlevé l'honneur de cette chasse, et il lui cherchait chicane comme le loup à l'agneau. « Allons, allons, mes enfans, dis-je, point d'envie, point de reproches; aujourd'hui à toi, demain à moi, tous pour le bien commun. Le petit Jack a peut-être été un peu imprudent, mais adroit et courageux, et nous ne voulons pas troubler sa victoire. » Alors éclata la joie complète des petits; ils entourèrent le singulier animal à qui la nature a donné une si forte défense en armant son corps de longs piquets. Mes enfans ne savaient comment s'y prendre pour l'emporter, ils voulaient le traîner sur l'herbe; mais toutes les fois qu'ils s'en approchaient, ils poussaient des cris, et revenaient en montrant leurs mains ensanglantées : « Il faudra le laisser là, disaient-ils ; c'est pourtant bien dommage!

— Pas pour un empire, s'écria Jack; il faut que ma mère le voie. » En disant cela, il attachait son mouchoir par un des bouts au cou de la bête, et, tirant l'autre bout, il traîna lestement sa proie aux pieds de ma femme , qui avait été dans de grandes inquiétudes.

« Maman , dit-il, voilà le monstre armé de ses cent mille lances, et je l'ai tiré proprement d'un seul coup de pistolet : c'est excellent à manger; au moins papa l'a dit. »

Ernest commença, avec son sang froid accoutumé, l'examen du porc-épic; après l'avoir long-temps regardé, il dit : « C'est un singulier animal ! il a des dents incisives, et presque les oreilles et les pieds comme un homme.

— Ah ! dit Jack, si tu avais vu comme il a hérissé toutes ses pointes contre les chiens, et entendu le bruit qu'elles faisaient en se choquant les unes contre les autres ! c'est une terrible créature! je l'ai approchée sans crainte, je lui ai fourré quelques balles dans la tête, et le voilà parterre. ;i .' mrdo i .,.,!!i|o:

— Il n'est donc pas si terrible -, dit Ernest, puisqu'un enfant a pu si facilement l'abattre. 'à- Vn enfant 1 » reprît Ja'ck 6"un ïon prqué, et en relevant la tête; il semblait que sa victoire l'eût grandi d'un demi-pied. '. '[

Pendant ce.temps-là nous npus occupions, ma femme et moi , d'ôter apx chiens les piquets et d'examiner leurs blessures; nous allâmes ensuite nous joindre au groupe qui regardait de tous çôtés le porc-épie. Jack en faisait les honneurs, comme s'il Peûfc montré à la foire. « Voyez , disait-il, quelle terrible bête; voyez cés dards comme ils sont longs et durs; voyez ces pieds ; je suis sûr qu'il court comme un lièvre : et pourtant c'est moi qui l'ai tue! Et ce toupet qu'il a sur la tetë, voyez comme c'est plaisant!'

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— C'est pourquoi, dis-je , les naturalistes le nomment porc-épic liupé; mais dis-moi, à présent, mon petit héros, n'as-tu pas craint, en t'approchant de lui, qu'il ne te passât ses piquets à travers le corps?

— Oh non I mon père; je sais bien que ce qu'on dit ,à, cet égard n'est qu'une fable.

— Mais pourtant tu as vu qu'il en a lancé contre les chiens, à qui nous venons'd'en ôter cinq ou six.. ' 1' , , ',, .„.}'j M

r+- C'est que les chiens attaquaient la bête par-derrière, et, comme des Furieux, ils se sont jetés d'eux-mêmes contre les piquets; il n'est pas étonnant qu'ils en aient été blessés: moi, j'attaquais par-devant, et je n'avais rien à craindre. N'est-ce pas que c'est un conte, qu'en fuyant ils lancent leurs dards contre le chasseur et peuvent le tuer? cela n'est-il pas une fable, mon père? . . . ,

— A peu près, mon vaillant petit héros; cependant un accident comme le nôtre peut avoir donné lieu à la propager. C'est une remarqueassez singulière, mais vraie, que l'histoire naturelle, où cependant la vérité devrait être palpable, ait donné lieu à plus de fables que la mythologie. En général, les hommes aimept le merveilleux, et la belle marche de la nature leur a paru trop simple, trop uniforme, ils l'ont chargée dé toutes les singularités (Je Tcur imagination. Mais, dis-moi, Jack, que veux-tu faire de ta chasse? devons - nous la prendre avec nous ou la laisser?' , ; - , .km, . i:.-.

— La prendre , là? prendre ,' mon père i

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