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des échelons : je n'osais me fier, pour cet objet , aux branches sèches du figuier, qui me paraissaient trop fragiles, et il ne croissait aucune broussaille dans le voisinage. Sur le rivage il y avait sans doute une quantité de bois échoué de toute espèce, et cependant je n'en trouvai point qui n'eût demandé beaucoup de travail pour le rendre propre à mon but, et ma bâtisse aurait été fort retardée si par hasard Ernest n'avait découvert un nombre de cannes de bambous presque couvertes de sable et de boue : je les tirai de là, et je les nettoyai avec le secours de mes fils; lorsqu'elles furent dépouillées de leurs feuilles , je les examinai, et je trouvai, à ma grande joie, qu'elles étaient exactement ce qu'il me fallait. Je commençai donc à couper avec ma hache ces longs bâtons en pièces de quatre à cinq pieds de long; mes fils les lièrent en trois faisceaux, proportionnés aux forces de chacun, pour que nous pussions les porter à la place de notre demeure. J'en choisis ensuite de plus minces; je Voulais en faire des flèches, dont j'avais besoin pour arriver sur notre arbre. A quelque éloignement, j'aperçus un buisson vert dont les branches pouvaient m'être utiles; mais il fallait l'examiner : nous nous dirigeâmes de ce côté, et, comme il pouyait servir de repaire à quelque animal dangereux, nous préparâmes nos armes à feu. Bill, qui nous avait suivis par hasard, prit les devans et alla à la découverte : à peine étions-nous près du buisson, qu'elle fit quelques sauts, entra comme une furieuse dans la fourrée, et mit en fuite une troupe de flammans (1), qui, avec un élan bruyant, s'élevèrent en

( 1 ) Espèce d'oiseaux de la race des palmipèdes ou oiseaux nageurs; ils doivent leur nom à la belle couleur de feu de leurs ailes. Ils se trouvent dans l'ancien et le nouveau continens : dans le premier, ils ne s'avancent pas au-delà des contrées méridionales; dans le second, on ne les voit pas au-delà de la Caroline. Les Uammans ont des mœurs qui leur sont particulières; ils vivent en famille, fréquentent les bords de la mer ou des marais qui l'avoisinent. On les voit presque toujours en troupes, et, lorsqu'ils veulent pêcher ils se rangent en file, de qui, de loin, les ferait prendre pour un escadron en uniforme rouge, rangé en bataille. Ce goût de s'aligner leur reste même lorsqu'ils se reposent sur la plage;; cependant il arrive aussi qu'on en voit qui sont isolés, ou seulement avec un compagnon, surtout lorsqu'ils s'avancent dans l'intérieur des terres. Soit qu'ils pèchent ou qu?ils se reposent, ils établissent des sentinelles, qui font une espèce d'avant-garde, et si quelque chose les alarme, ils jettent un cri bruyant, qui s'entend de très-loin, et qui ressemble assez au son d'une trompette : la sentinelle s'enl'air. Fritz, toujours prêt à tirer, fit promptement feu sur cette troupe aérienne, et il en tomba deux dans le buisson : l'un était mort; l'autre, légèrement blessé à l'aile, fut bientôt sur ses pieds; et après s'être secoué, voyant qu'il ne pouvait voler , il fit usage de ses hautes jambes, et courut avec une telle vitesse dans le marais, que nous vîmes le moment qu'il allait nous échapper. Fritz, dans la joie de son cœur, voulut aller relever celui qui était resté sur la place; il s'enfonça jus

Tole la première, et tous les autres la suivent; mais lorsqu'on n'est pas vu ou entendu par celui qui est en vedette, il est très-facile d'en approcher et d'en tuer un grand nombre. Le bruit du fusil ne les fait point changer de place, il les rend plutôt immobiles ou stupéfiés; ils demeurent les yeux fixés sur lechasseur,et sans bouger. Partout ils fuient les lieux habités; ils vivent de petits poissons, de coquillages, ou d'insectes qu'ils trouvent dans la vase, où ils enfoncent leurs gros et singulier bec. Ces oiseaux font leur nidàterre, et presque toujours dans les marais; ils amoncèlent la fange avec leurs pieds, et en font de petits monticules d'un pied et demi de haut, fort élargis à la base, et allant en diminuant jusqu'au sommet, où ils pratiquent un petit trou, dans lequel la femelle dépose deux ou trois oeufs au plus, qu'elle couve debout : ses jambes trèslongues sont à terre, ou plutôt dans l'eau, se reposant CbnUle le nid, qu'elle couvre de sa queue. Ses œufs sont blancs, gros comme ceux de l'oie, mais plus allongés: les petits courent avec une singulière vitesse peu de jours qu'aux genoux dans le marais, et il eut assez de peine à s'en tirer : pour moi, averti par son exemple, je courus avec plus de prudence après le fuyard blessé; Bill vint à mon secours; sans elle j'aurais perdu sa trace; mais elle courut devant, fraya le chemin, atteignit le flammant, et le tint en arrêt jusqu'à ce que je vinsse m'en emparer; et ce ne fut pas sans peine : ce gros oiseau fit beaucoup de résistance en frappant de l'aile; pourtant j'en vins à bout.

après leur naissance, et ne commencent à voler que lorsqu'ils ont acquis toute leur grandeur. Leur plumage est d'abord gris-clair, presque blanc ; il rougit à mesure qu'ils avancent en âge : il leur faut presque une année pour l'entier accroissement de leur corps, et ce n'est qu'alors qu'ils commencent à prendre leur belle couleur de feu. Elle paraît d'abord sur l'aile, où elle est toujours plus éclatante; s'étend ensuite sur le croupion, puis sur le dos et la poitrine, et jusqu'au cou, qui est d'une belle couleur rose. Leur chair est un mets recherché, et que l'on compare au goût de la perdrix ; la langue surtout, qui est fort grosse, passe pour le morceau le plus friand. Ils varient en grandeur, grosseur et couleur, mais cette différence tient à l'âge. Lorsqu'ils sont dans leur état parfait, ils ont plus de quatre pieds du bec à la queue, et prés de six pieds jusqu'à l'extrémité des ongles. Leur cou et leurs jambes sont d'une extrême longueur; tout leur plumage est dans la nuance du rouge vif au rose tendre, et cette teinte se retrouve encore dans les jambes et les pieds:

Pendant ce temps-là , le paresseux Ernest s'était étendu commodément sur l'herbe au bord du marais, et nous regardait. Du milieu du buisson partirent des cris de victoire: « Mon père, je l'ai! je l'ai! — Et moi aussi, mon fils. — De superbes oiseaux, mon père, n'est-ce pas? .— Eh! oui, sans doute. Allons, arrive; au sec, au sec! »

Fritz fut bientôt hors du marais , tenant par les pieds son beau flammant mort : le mien, que je voulais, s'il était possible, guérir et conserver vivant, était moins commode à porter; je lui avais attaché les ailes et les pieds avec mon mouchoir, et malgré cela il se débattait encore : je le pris sous mon bras gauche, mon fusil à la main droite, et je sautai de place en place pour rejoindre mes fils; je ne connaissais pas le terrain,et je craignais d'enfoncer dans le marais, qui était très-profond , et où j'aurais très-bien pu rester. Emporté par l'ardeur de la chasse, je n'y avais pas fait attention en allant; au retour , je frémis en voyant les endroits où j'avais passé.

quelques plumes de l'aile sont noires. Les uns ont le bec rouge, d'autres jaune, et tous l'extrémité noire.

( Note du traducteur, extraite du Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle. )

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