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INTELLECTUELLES. 163 taire dans un milieu rempli de fantômes et pire que le vide.

IV.

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C'est ainsi qu'une saine méthode décidée à n'abandonner jamais la génération naturelle de nos idées, s'enquicrt de leurs titres véritables; tandis que l'idéologie systématique aboutit à de vains ètres de raison, et transforme la théorie de l'intelligence en un dédale de preuves contradictoires et inutiles. Cette méthode seule donne une théorie capable de supporter la vérification historique; vérification qui doit prendre ses termes non seulement dans l'histoire de la philosophie, mais encore, et avant tout, dans l'histoire des croyances vulgaires, depuis la croyance du Patagon jusqu'à celle de François de Sales. Continuons.

Toute qualité suppose une substance : – C'est la seconde des deux vérités qui soutiennent l'édifice de nos connaissances, et sans lesquelles cet édifice tomberait en ruines : de même que le principe de la causalité résulte de la conscience que nous avons du moi et de Dieu conçus comme causes, le principe de la substance résulte de la conscience que nous avons du moi et de Dieu conçus comme substances.

Lorsque nous considérons notre existence, nous voyons en nous telle ou telle qualité; nous avons conscience de notre être et de notre manière d'être; nous

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reconnaissons que l'ètre est le support de la manière d'être, la substance de la qualité. Mais la substance est nôtre, la qualité est nôtre; et il n'y a rien là que d'individuel. Donc, si le sens intime ne nous donnait pas la conscience du toi, l'idée de substance resterait enfermée dans le moi personnel. Pour cette raison, le transport que l'on a voulu faire, jusqu'à ce jour, de cette idée dans le monde extérieur, est tout à fait illégitime; pour cette raison, les fondements de la science sont encore établis sur un sable mouvant, au point de vue philosophique. 1.

Mais au moment où l'oil intérieur s'ouvre pour la première fois, il voit ensemble le moi et le toi, le moi et le toi forces et substances. La substance personnelle et la substance extérieure sont donc connues simultanément, et l'idée de substance apparait, douée de sa valeur subjective et objective, dans le monde des âmes. Cette apparition des premiers jours ne dure pas.

Bientôt la conscience, une et permanente, résume le sentiment des facultés infinies et les sensations; la substance primitivement connue, l'âme, devient le support des affections, des qualités organiques; la substance âme s'enveloppe de langes matériels et devient le support du corps. L'observation et l'histoire attestent que chaque homme passe par un âge de la conscience où l'unité terrestre, qui est âme et corps, ne se dédouble pas, après s'être formée.

Si, par le vice de l'initiation ou par toute autre cause, l'intime énergie reste plongée dans les affections

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et les choses, comment se fail-il donc que toutes ces choses conservent leur valeur absolue de substance? C'est que, si l'âme est connue, Dieu est connu; c'est que, par l'idée de Dieu, l'entendement s'élève, sur-lechamp, à ce principe absolu : toute qualité suppose une substance. — En effet, dès que l'esprit a conçu Dieu, la substance en laquelle tout est primitivement, s'il ne donne pas une substance à part, une substance propre aux qualités dont l'âme se sépare, il sera forcé de les placer en Dieu ; il y aura donc un support à la qualité toujours. Il faudrait nier la qualité pour nier la substance; la qualité sera tout au moins une manifestation immédiate de Dieu. – Si l'idée de substance divine existait seule, le principe de la substance serait le panthéisme; mais en face de Dieu se pose le moi, le moi personnel avec son individualité propre et son indépendance, et dont la conscience préalable est la condition même de la connaissance de Dieu : la conscience pose donc deux ordres de substances indépendantes, DIEU ET LE MOI.

Cette indépendance réciproque conduit notre esprit au développement complet du principe de la substance, et sépare de Dieu le support des qualités matérielles. L'indépendance des deux termes, Dieu et moi, ne permet pas que des qualités si souvent soumises au moi représentent des manifestations immédiates de Dieu; car Dieu est connu, dans la conscience, à l'instar du moi, et le moi se sait parfaitement libre dans ses manifestations. La conscience place donc nécessairement

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