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« comme aussi lorsque nous voulons expliquer l'une « de ces notions par une autre : car, étant primi« tive, chacune ne peut être entendue que par elle« même*.»

Descartes a dit encore, dans la réponse à Leroy : « Reconnaissant qu'il y avait certaines pensées qui ne « procèdent ni des objets du dehors, ni de la déter« mination de ma volonté, mais seulement de la fa« culté que j'ai de penser, pour distinguer les idées a ou les notions qui sont les FORMES de ces pensées , « je les ai nommées naturelles. Je l'ai dit au même « sens que nous disons, par exemple, que la générosité a est naturelle à certaines familles, ou que certaines a maladies sont naturelles à d'autres. Je n'ai jamais « jugé que l'esprit ait besoin d'idées naturelles qui « soient quelque chose de différent de la faculté qu'il « a de penser.»

Ces quelques lignes sont d'autant plus curieuses, qu'elles offrent l'énoncé du problème auquel Emmanuel Kant dévoua sa vie ; chose qu'on n'a pas remarquée. On peut même dire que Descartes a fait beaucoup plus pour ce problème que Kant lui-même, quand il a dit : «L'existence de Dieu est la première « de toutes les vérités et la seule dont procèdent toutes « les autres. »

Bien distinguer les notions primitives et n'attribuer

* Lellre dix-huilième de l'édition Garnier, el vingt-neuvième du 1er voTume de l'édition in-12.

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chacune d'elles qu'aux choses auxquelles elles appartiennent : tel est le grand problème posé par Descartes et qui devait tomber sous la main puissante du philosophe de Kænisgberg. Ces trois lignes définissent en effet la critique de la raison pure. Kant, dès ses premiers pas, semble prendre pour guide les paroles mèmes du philosophe français. Nul doute, dit-il, que toutes nos connaissances ne commencent par les sens, mais ce n'est point qu'elles en procèdent toutes; car la connaissance est un composé de ce que nous reccvons dans les sensations, et de ce que produit d'ellemême notre propre faculté de connaitre, simplement provoquée par les impressions extérieures. Et bientôt il montre que ces éléments, émanés de notre faculté de connaître, ne sont autres que les notions primitives, les notions à priori, nécessaires, universelles. Ces notions, que Descartes appelait les formes de nos pensées, il les appelle aussi les formes de nos pensées, les formes de nos facultés; et ce mot, qui chez Descartes ne semble qu'un aperçu de son génie plein de hardiesse , va devenir le mot de toute une doctrine nouvelle.

Si Descartes , au lieu d'écrire une simple lettre à Élisabeth , avait écrit un livre pour elle, il eût produit la théorie de Kant avec toutes ses erreurs; car où est la source de ces erreurs ? Dans ces mots de la psychologie solitaire ; En même temps que tout commence par les sens , les notions primitives, nécessaires, universelles émanent de notre seule faculté de connaitre. — Écartez ces mots, et dites : Les notions universelles émanent de la triple conscience que nous avons du moi, du toi, de Dieu; alors tout s'éclaircit. Pour continuer notre comparaison de tout à l'heure, supposez que ce soleil transcendantal dont nous parlions vienne à connaître sa vitesse initiale et la main toutepuissante qui l'imprima; vous verrez disparaitre le scepticisme touchant les réalités extérieures et avec lui le conflit des lois. Alors aussi vous reconnaîtrez toute la valeur de cette proposition qui devait toujours donner à Descartes une si grande supériorité sur Kant, bien qu'elle ne fût encore qu'un principe d'argumentation pris hors de la conscience : « L'exis« tence de Dieu est la première de toutes les vé« rités. »

A ce point de vue, la critique de la raison pure est à refaire; travail d'une haute importance, et rendu facile par les matériaux immenses que le philosophe de Kønigsberg et ses continuateurs ont laissés.

VIL.

Si le temps et l'espace, qui sont les formes de l'existence, ne se manifestaient que par la perception, nous ne devrions chercher l'ordre et l'enchainement que dans la nature sensible; tout serait conditionné par l'expérience des sens; la liberté créatrice se rédui

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rait à un vain mot en contradiction avec toute loi de causalité, et la sanction morale disparaîtrait, car cette sanction est une loi de causalité qui noue la vie présente à la vie future.

Nous savons déjà qu'il n'en est pas ainsi; mais il nous reste à montrer l'origine de nos idées du temps éternel et de l'espace immuable, idées qui fondent nos croyances les plus chères.

A celui qui vivrait isolé dans la scène de sa conscience, le temps semblerait compris entre un premier souvenir et l'idée présente; mais l'homme connait l'homme dans sa conscience, il sait que l'humanité vivait avant et qu'elle pourra vivre après lui; d'où résulte une première extension de l'idée du temps. Nous avons vu cette extension se confondre, dans la conscience, avec la permanence du toi à travers les siècles.

Après cela, l'idée du temps se montre encore à notre esprit comme susceptible du plus et du moins ; après la généralisation la plus étendue de cette idée, on n'arrive pas au temps éternel ; il est même un grand nombre d'hommes qui n'y parviennent jamais. .

Cependant il est des intelligences qui voient le temps au sein de l'éternité, et c'est à vrai dire l'éternité et non le temps qui semble toujours prête à recevoir les générations futures, si les générations présentes venaient à s'éteindre. Comment l'homme arrive-t-il à concevoir cette éternité qui renferme dans

On na

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